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Novembre 2010 | n° 287
Dessine-moi la neutralité !
Que signifie en substance la neutralité de l’État et de ses agents ? Quelle(s) définition(s) donner à ce concept flou et ambigu ? Entre neutralité des apparences (telle une autre virginité) et impartialité, les nuances ne manquent pas. Analyse utile de juristes, regards d’un formateur d’une chercheuse sur leur pratique à la fois « neutre et engagée », apport de l’anthropologue du fait religieux constituent ce dossier.

Sommaire
[Édito] Dessine-moi la neutralité !
Jamila Zekhnini & Nathalie Caprioli
Que signifie en substance la neutralité de l’État et de ses agents ? Quelle(s) définition(s) donner à ce concept flou et ambigu ? Entre neutralité des apparences (telle une autre virginité) et impartialité, les nuances ne manquent pas. Un professeur d’histoire dans une école de quartier à Schaerbeek avoue que les décrets de 1994 et de 2003 définissant et organisant la neutralité de l’enseignement en Communauté française ne le «tracassent pas trop». Car, à ses yeux, la neutralité ne s’impose pas; dans sa pratique d’enseignant, elle va de soi… tout comme la subjectivité. Après tout, nous ne sommes pas des objets! «La neutralité, c’est laisser entendre la voix de tout le monde, même de ceux qui ne sont pas dans la classe. Par exemple, lorsque j’aborde le chapitre des Grandes Découvertes, j’explique, même si ce n’est pas prévu dans le programme, que cette période est loin d’être positive pour ceux qui ont été «découverts». Être neutre c’est précisément évoquer aussi le point de vue des Indiens et le lourd tribu qu’ils paieront.»
Droit des religions en Europe
Dounia Bouzar
Malgré les différences d’histoire et de système constitutionnel, tous les pays européens ont institué la neutralité de l’État – même si cette dernière ne se construit pas partout de la même façon - pour tenter d’assurer la liberté de conscience de tous leurs citoyens. Quel est dès lors l’état actuel du droit relatif à la relation entre l’État et la religion en Europe ?
Où mettre le curseur ?
Dounia Bouzar
L’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe dans ses recommandations a rappelé [1] que les autorités civiles et religieuses « doivent être des partenaires valables dans les efforts pour le bien commun ». Elle invite ainsi les gouvernements à « protéger les traditions culturelles et les différentes fêtes religieuses » ainsi qu’« à favoriser l’expression culturelle et sociale des religions » [2]. Mais dans quelle mesure les États européens et leurs citoyens prennent-ils en compte ou ont-ils conscience de l’impact de l’histoire chrétienne sur la production des normes dans la société ? Le cas français, pas très éloigné du nôtre, et québécois.
« Être neutre et engagé… Un oxymore? »
Fatima Zibouh
On pose souvent la question de la compatibilité entre le fait d’être « neutre » et d’être en même temps « engagé », comme si cela présuppose une antilogie. Tout d’abord, qu’entend-on par le qualificatif neutre ? On confond souvent le terme avec « impartialité ». À quelques subtilités près, les deux termes sont comparables et signifient l’absence de parti pris accompagnée d’une distanciation par rapport à l’objet. Dès lors, l’antonyme du qualificatif neutre pourrait justement être celui… d’engagé. Examinons cela de plus près en abordant de façon plus spécifique le rôle joué par le chercheur engagé dans les débats de société.
L’impartialité vue de Strasbourg
Entretien avec Vincent Berger
La Convention européenne des droits de l’Homme ne définit pas ce qu’est la pensée, la conscience ou la religion. Cela laisse aux juges de la Cour européenne de Strasbourg un grand rôle d’interprétation pour les droits qui en découle. Des droits interdépendants nécessitant une délicate mise en équilibre. Les démocraties européennes ont opté pour des modèles différents : comment la jurisprudence traduit-elle le devoir de neutralité attendu de chaque État ? Un éclairage proposé par Vincent Berger, jurisconsulte de la Cour depuis quatre ans.
Travailler avec la relativité
Marc André
Le principe du casse-tête chinois c’est toujours celui de la case libre, cet espace qui permet de faire bouger les pièces du système et de chercher la solution. De même dans un changement de vitesse il y a ce fameux point mort, la position qui permet de débrayer et de passer d’une vitesse à une autre. L’action interculturelle propose cet espace, ce pas de côté par rapport aux appartenances et aux identités, cette marge de manœuvre stratégique qui n’a rien d’une neutralité à laquelle nous ne croyons d’ailleurs pas.
Une science totale des religions et des laïcités
Entretien avec Eric Vinson
Parce que les individus et la société ont besoin d’y voir plus clair en la matière, Eric Vinson, chercheur français, prône une « science des religions et des laïcités » à même d’étudier ces dernières dans leur spécificité et leur globalité.
[Bon tuyau] Si tu veux, tu peux?
La rédaction
Un fascicule pédagogique vient rehausser le reportage, réalisé en 2007 par l’asbl Former pour Emanciper, sur les inégalités sociales et scolaires à Bruxelles. L’adage « si tu veux réussir, tu peux » y devient « tu peux réussir, si tu es aidé et si tu bénéficies du temps et des ressources nécessaires ». Un projet de société qui nous concerne !