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Juin 2011 | n° 294
Travailleurs de l’ombre
La flexibilisation du marché de l’emploi est une réalité en Belgique, comme ailleurs: un marché de l’emploi de plus en plus flexible, avec le risque d’une protection sociale minimale. Dans ce contexte, les personnes étrangères, immigrées, en situation régulière ou non, constituent une main-d’œuvre particulièrement vulnérable. Elles occupent des secteurs désertés par les nationaux, parce que moins rémunérés, parce que moins prestigieux. Ce que d’aucuns appellent les délocalisations sur place.

Sommaire
[Édito] Travailleurs de l’ombre
Massimo Bortolini
L’immigration remplit traditionnellement deux fonctions : combler les déficits de main-d’œuvre dans certains secteurs de l’économie, et assurer l’équilibre démographique pour permettre le financement du système de sécurité sociale, et en particulier les pensions. L’Union européenne et la plupart des Etats occidentaux tiennent le même discours : à terme, il faudra permettre à un nombre important de personnes de migrer, afin de remplir ces deux fonctions. Ce sont les migrants « qualifiés » qui seront privilégiés. Immigration choisie. Carte bleue/Blue card.
La course à l’indécence
Entretien avec Andrea Rea
Le marché du travail subit de nombreuses transformations tout comme le rôle de la main-d’œuvre immigrée qui s’inscrit dans un contexte actuel d’accroissement de la compétitivité entre les entreprises, mais aussi de généralisation de la flexibilité du temps et de l’organisation du travail et du précariat. L’heure est aux salaires les plus bas et à la protection sociale et juridique la plus faible. Dans quelle mesure l’État joue-t-il encore le rôle de protecteur des droits des travailleurs, migrants, irréguliers ou clandestins? Andrea Rea est directeur du Groupe de recherche sur les Relations Ethniques, les Migrations et l’Égalité (GERME). Il retrace un brin de l’histoire de ces travailleurs immigrés ou migrants, chaînon incontournable dans l’économie belge.
Flexi-in-Security
Jakob Hurrle
Avec le CBAI et trois autres organisations partenaires d’Allemagne, de Pologne et de Suède, le Multikultural Centre Prague (MCP) a mis sur pied, en avril 2010, un projet comparatif sur le thème de la protection sociale des travailleurs migrants sur le marché européen de l’emploi. Une exposition du reportage photographique, issu de ce projet, parcourt les pays partenaires. Elle est en Belgique jusqu’à la fin 2011. Mais qu’est-ce que le projet Flexi-in-Security?
Ils sont parmi nous
Entretiens
Comme témoins pour le reportage photographique Flexi-in-Security, nous avons choisi quatre personnes assez différentes, même si leurs parcours sont proches. Elles vivent en Belgique depuis plus de dix ans et ont, aujourd’hui et parfois depuis peu, un statut de résidence légal. Nous avons pensé que cela leur donnait un recul pour appréhender leur vie de migrant: ce qu’elle a changé, ce qu’elle a permis, ce qu’elle a gâché. Trois hommes, une femme. Ils viennent du Tchad, du Népal, d’Ukraine, de Cuba... l’Afrique, l’Asie, l’Europe et l’Amérique. Ils ont fui seuls ou en famille. Ils ont choisi le pays ou pas. Ils savaient où ils arrivaient ou pas. Leur point commun: ils ont décidé de rester ici, d’y espérer, malgré des parcours, parfois chaotiques et des conditions de vie et de travail pénibles.
Les trottoirs de Dixmude
Nathalie Caprioli
N’ayant le droit ni d’être sur le territoire ni de travailler, les personnes sans papiers n’ont d’autre solution pour gagner leur vie que d’être employées au noir. À Bruxelles, boulevard Dixmude, pas loin du canal, ces hommes et femmes attendent tous les jours le particulier ou la PME qui viendra les embaucher pour quelques heures. Description du tableau vivant vu par les protagonistes, la police, l’inspection sociale, et des associations d’accompagnement de travailleurs immigrés clandestins et de victimes de la traite des êtres humains.
Protection des droits des travailleurs migrants
Mikaël Franssens
Les droits sociaux des ressortissants de pays tiers travaillant au sein de l'Union européenne sont régis par des textes de l'Union européenne, du Conseil de l'Europe (notamment la Convention européenne du 24 novembre 1977 relative au statut juridique du travailleur migrant), des Nations unies (notamment le Pacte international du 16 décembre 1966 relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, PIDESC), de l'Organisation internationale du travail (dont les conventions s'appliquent à tous les travailleurs, en ce compris les migrants en séjour irrégulier). Survolons ici les directives clés de l'Union européenne.
Contrôlés. Et après?
Entretien avec Michel Aseglio
Le Contrôle des lois sociales est un service à la fois centralisé (il dépend du Service public fédéral Emploi Travail et Concertation sociale) et déconcentré en 24 bureaux régionaux. À Bruxelles, en 2009-2010, les contrôleurs des lois sociales ont trouvé quelque 1 000 clandestins lors de leur inspection de chantiers ou d’entreprises. Qu’arrive-t-il ensuite à ces travailleurs sans papiers au noir? Explications de Michel Aseglio, directeur général en fonction depuis 2003.
Sans papiers mais pas sans mental
Nathalie Caprioli
Leur quotidien est un effort permanent, gouverné parfois par un estomac creux. Objectif : travailler pour se nourrir, éventuellement pour se loger. Mais dans quelle mesure vivre dans une double précarité – être sans papier et travailler dans des conditions dégradantes qui portent atteinte à la dignité humaine – affecte-t-il la santé mentale et génère-t-il des maladies psychosomatiques?
[Bon tuyau] Vivre ensemble, selon Cohen-Emerique
Marc André
La psychosociologue Margalit Cohen-Emerique vient de publier l’ouvrage “Pour une approche interculturelle en travail social”qui constitue la synthèse, à la fois théorique et pratique, de plus de trente ans de recherche dans le domaine des relations interculturelles. C’est au milieu des années nonante que sa trajectoire rencontra celle du CBAI…