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Déc. 2011/Jan. 2012 | n° 298-299
Être juif : des identités multiples
Les Juifs vivent dans nos contrées depuis le XIIIème siècle, connaissant des vagues de migration successives au gré de l’histoire, des exclusions sociales aux expulsions et massacres. Parmi les pages sombres, le nazisme a exterminé quasi la moitié des juifs de la "Belgique docile", en référence au livre paru en 2007 et signé Rudi Van Doorslaer (dir), Emmanuel Debruyne, Frank Seberechts et Nico Wouters.
Aujourd’hui, l’immigration s’est tarie, et la majorité s’est intégrée à la société. Intégrée mais pas assimilée. Car, à quelque communauté qu’ils appartiennent, des libéraux aux orthodoxes, les Juifs ont à cœur de défendre leur identité, leur culture, ou leur religion, dont nous pourrions dire qu’il existe autant de définitions que de Juifs.

Sommaire
[Édito] Être juif : des identités multiples
Nathalie Caprioli
Conversation surprise dans un train : “Ta famille vit à Toronto, à Seattle, à Ouaga, à Rixensart... Vous êtes partout ! Comme les Juifs !”
La comparaison est bien trouvée. En effet, selon les chiffres de l'American Jewish Year Book [1], il y avait en 2008 un minimum de cent Juifs dans chacun de 93 pays. Au total, 13 millions se répartissent comme suit: 5,4 millions en Israël et dans les Territoires palestiniens occupés, et 7,7 dans la diaspora. 97,5 % de cette diaspora vit dans 15 pays : au top, les Etats-Unis avec plus de 5 millions de Juifs, et au dernier rang la Belgique avec une communauté de 30 500 personnes (soit 0,3 % de la population belge).
Huit siècles d’immigration juive en Belgique
Jean-Philippe Schreiber
L’immigration juive en Belgique s’est tarie depuis plusieurs décennies. Certes. Mais elle fut un phénomène constant, depuis le Moyen âge, avant de prendre sa véritable dimension entre 1880 et 1940. La dynamique de ces courants migratoires ne forgea pas une communauté monolithique, aux intérêts convergents, mais des communautés fort diversifiées, aux visages contrastés. Elle se caractérise en outre par une très grande fluidité entre le centre et la périphérie de ces communautés, de sorte que le lien entre les individus et les institutions des communautés juives ont de tous temps fluctué entre adhésion et éloignement — même si la population juive d’Anvers répond pour l’essentiel à des caractéristiques très particulières, uniques en Europe. Enfin, les identités juives et les manières d’être juif sont multiples : on ne peut dès lors parler d’immigration juive que pour des raisons de commodité, tant les itinéraires personnels et familiaux ont varié et ont produit des réalités qu’on ne peut réduire à la religion ou à l’ethnicité.
La communauté juive de Belgique
Caroline Sägesser
Cette brève présentation pourrait également s’intituler Les communautés juives de Belgique, au pluriel, car la population juive de Belgique est diverse dans ses convictions, tant religieuses que politiques, ses pratiques, et son affiliation – ou non – à des institutions communautaires variées. Elle a cependant, dans son immense majorité, la conscience d’une identité collective unique, et d’une appartenance à ce qu’on appelle fréquemment "La Communauté".
Repères pour comprendre les identités juives
Floriane Chinsky
Comment définir le peuple juif ? Chacun peut proposer sa définition et tenter de nous persuader qu’elle est la bonne. Telle n’est pas l’approche des sociologues. Nous savons bien que le judaïsme accepte de multiples définitions, que les acteurs sociaux se partagent entre ces définitions, les recombinent parfois, et les stigmatisent parfois aussi. Comment s’orienter dans ce qui peut sembler un labyrinthe inextricable ? Pour ne pas nous perdre, suivons le fil d’Ariane de l’histoire, qui nous donne les clefs du paysage juif actuel.
L'antisémitisme, un outil de propagande sioniste ?
Manuel Abramowicz
Pour les organisations de la communauté juive de Belgique, l'antisémitisme est plus que jamais présent dans notre pays. Les Juifs seraient en permanence en danger. Entre réalité et exagération, n'existerait-il pas une stratégie visant à instrumentaliser ce racisme au profit de la propagande sioniste néoconservatrice ?
Tradition désacralisée
Entretien avec Delphine Szwarcburt
Le Centre communautaire laïc juif (CCLJ) est une association constitutive du Centre d’action laïque (CAL). Ses membres appartiennent au peuple juif, sans adhérer à la religion juive. Leurs convictions s’appuient sur la volonté de transmettre leur tradition et de lutter contre l’assimilation et la disparition de leur culture. Mais elles restent compliquées à faire comprendre, au sein même de leur propre communauté. Un éclairage avec Delphine Szwarcburt, maître de cérémonies laïques au CCLJ.
Oser les questions qui fâchent
Entretien avec Aicha Haddou & Nadine Iarchy
Quand elles s’engagent, c’est pour faire avancer le débat, notamment sur des malentendus et contentieux urgents à traiter entre Juifs et musulmans dans notre société. Impliquées dans un récent dialogue interreligieux entre dix femmes juives et musulmanes, Nadine Iarchy (Anversoise de 65 ans) et Aïcha Haddou (Bruxelloise de 39 ans) nous expliquent comment elles osent le politiquement incorrect sans blesser la sensibilité de l’autre.
Panorama des périodiques juifs
Massimo Bortolini
Dans son "Répertoire des périodiques juifs parus en Belgique de 1841-1986", Daniel Dratwa indique qu’entre 1841 et 1958, on dénombre 235 périodiques juifs, il indique également que ce relevé est incomplet et que l’on approche, sans doute, les 300 titres. En 1986, il en répertorie 377, dont seuls une vingtaine continuent de paraître. Qu’en est-il aujourd’hui ? Ce texte n’a d’autre ambition que de donner un panorama des périodiques juifs paraissant actuellement.
Madame le Rabbin
Entretien avec Floriance Chinsky
En 2005, quand Floriane Chinsky devient la première femme rabbin en Belgique, les médias parlent de "révolution pour le judaïsme belge". Où en est cette "révolution", six ans plus tard ? Floriane Chinsky nous retourne le miroir : "Les médias ont tendance à interviewer les femmes sur des questions de femmes et les hommes sur des questions générales. Ce sera un progrès social quand les femmes seront interviewées en tant qu’êtres humains, simplement."
La valeur de l’engagement
Entretiens avec P-J. Unger, H. Goldman, V. Teitelbaum & A. Mihály
Se mettre au service d’une cause ne se fait pas en apesanteur. Partant de ce constat, nous avons posé une question ouverte, complexe et intime à quatre Bruxellois choisis pour leur parcours : en quoi les valeurs juives et l'appartenance à la communauté étayent-elles, ou non, leur engagement citoyen ? Quatre opinions singulières, où alternent questionnements, tiraillements, et convictions.
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