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Février 2012 | n° 300
Les Printemps arabes vus d’ici
Justice sociale, liberté, démocratie, égalité, dignité. Ces revendications universelles ont secoué, et secouent encore, le monde arabe. Nous avons tenté de lire les révolutions arabes du point de vue des diasporas, en nous concentrant en particulier sur les communautés tunisienne, libyenne et marocaine. Le tour de la question sera loin d’être complet, mais permettra de mettre en évidence combien l’onde de choc fut forte sur les consciences.

Sommaire
[Édito] Les Printemps arabes vus d’ici
Nathalie Caprioli
Justice sociale, liberté, démocratie, égalité, dignité. Ces revendications universelles ont secoué, et secouent encore, le monde arabe. Janvier 2011, le peuple tunisien s’affranchit de la peur. Les citoyens des deux rives sont greffés à leur télévision et connectés aux réseaux sociaux, peut-être frustrés de ne pas être présents physiquement. Ils ont compris, le monde a compris, que ce soulèvement était parti pour durer. On entend soudain parler de régions inconnues des catalogues touristiques : comme Kasserine, là où avaient déjà éclaté les « émeutes du pain » il y a vingt-huit ans, là où la répression a été particulièrement féroce il y a un an.
Révolutions arabes et migrations
Catherine Wihtol de Wenden
Les migrants tunisiens et libyens quittant leur pays en plein printemps arabes ont-ils fait vaciller Schengen, le pilier de la politique européenne de l’immigration et de l’asile ? Que vont devenir les accords bilatéraux qui faisaient de la Tunisie et de la Libye des pays "garde-frontières" de l’Europe ?
Fierté libyenne
Entretien avec Aziz Albishari
La diaspora libyenne de Belgique n’est pas bien lourde. On parle de 150 personnes, vivant principalement à Bruxelles, Anvers ou Charleroi : beaucoup de médecins parmi les plus anciens migrants, ayant renoncé à rentrer au pays après leurs études ici; et beaucoup d’hommes, parmi les plus jeunes, travaillant dans le commerce de voitures d’occasion. Sans oublier un boulanger… et Aziz Albishari (46 ans). De mère belge et de père libyen, ce député au parlement de la Région Bruxelles-Capitale et ancien formateur au CBAI, nous raconte comment, du jour au lendemain, il a été emporté dans un tourbillon émotionnel. Passant de l’effroi de perdre sa famille, à une fierté d’être libyen jamais ressentie auparavant.
Émergence de nouveaux militants
Entretien avec François Burgat
François Burgat est politologue, directeur de recherche au CNRS et à l’IFPO (Institut français du Proche-Orient). Spécialiste des mouvements islamistes contemporains – son livre "L’islamisme en face" en est à sa troisième édition mise à jour -, parfait arabisant, il a résidé plus de dix-huit ans au Maghreb et au Proche-Orient. Il pose un regard pointu sur le rôle joué et à jouer par les diasporas, ainsi que sur l’organisation d’un nouveau champ politique arabe, où la référence islamique tient plus à un lien identitaire que sacré ou religieux.
Cyberdissidence : du vacarme au bouhaha
Entretien avec Sofiane Bel Haj
Belgo tunisien de 28 ans, Sofiane Bel Haj a mené sa révolution via Facebook, à partir de 2005, depuis son kot à Ixelles. Anonyme, courageux, peut-être un brin idéaliste (sa page s’intitule "I have a dream : une Tunisie démocratique !"), en tous cas lucide. Dans le silence plombé par la dictature de Ben Ali, Sofiane Bel Haj et d’autres dizaines de cyberactivistes ont provoqué un vacarme assourdissant.
Participer à la démocratisation : un droit et un devoir
Nathalie Caprioli
Une association est née : indépendante, intergénérationnelle (même si le noyau dur compte des "étudiants" arrivés en Belgique dans les années 1970), plutôt dérangée par des slogans unanimistes du genre "Nous sommes tous des Tunisiens", et au contraire portée par des membres qui veulent partager leur expertise pour soutenir la société civile en Tunisie, tout en s’impliquant en tant que citoyens belges. Rencontre avec quatre d’entre eux.
Regards croisés de Belgo marocains
Samir Benelcaid
Le Printemps arabe a occupé une grande partie de l’espace médiatique mondial en 2011 et c’est peu dire. La communauté marocaine en Belgique, qui compte environ 300 000 personnes, a suivi avec plus ou moins d’intérêt les événements qui ont touché plusieurs pays arabes. Cette communauté n’est bien évidemment pas monolithique et on y trouve des groupes politisés, militants, partisans et pour la grande majorité sans activisme connu. Cependant, la chute de régimes dictatoriaux et la formidable marche en avant n’ont pas laissé indifférents la plupart d’entre eux.
Histoire de pluralisme
Entretien avec Ali Aouattah
Dans le monde arabo musulman, l’islam représente un socle, sans toutefois s’imposer forcément dans tous les discours intellectuels de la sphère sociopolitique. Licencié en islamologie et docteur en psychologie, Ali Aouattah nous fait la démonstration du pluralisme des idéologies politiques à travers son livre qui analyse et compare multiples penseurs arabes du XXe siècle ayant décliné des revendications de justice, de démocratie, de liberté.
[Recherche] Quand les Suisses partaient travailler à l'étranger
Xavier Claus
À l’heure actuelle, lorsqu’on associe les termes "migration" et "Suisse", on pense directement au grand nombre d’étrangers présents sur le sol helvétique. Pourtant, avant d’être ce pays prospère, la Suisse a été pendant très longtemps, et ce jusqu’au deuxième après-guerre, un pays d’émigration. En effet, il ne faut pas oublier que ce pays a dû régulièrement faire face à des difficultés économiques et sociales. Petit pays avec une surface agricole cultivable limitée, sans accès direct à la mer et de nombreuses variations d’altitudes, la Suisse a souvent eu recours à l’émigration pour éviter des désastres humains.
[Bon tuyau] Images citoyennes
La rédaction
Le court-métrage "Douche froide" est le fruit du projet "Les jeunes passeurs d'images citoyennes" entrepris par le CPCP (Centre permanent pour la citoyenneté et la participation) et la commune d'Yvoir. Le but : créer des liens sociaux entre les résidents d’un camping, les demandeurs d'asile du centre d’accueil de la Croix-Rouge et les autres habitants de la commune, qui se croisent sans se rencontrer.