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Avril 2012 | n° 302
Sur le podium des solidarités
Il existe une justice sociale qui en appelle à l'égalité des chances. Et c'est au nom de cette dernière que des projets politiques, animés de bonnes intentions, vont prétendre accroître les opportunités des moins bien lotis pour qu’ils puissent concourir à armes égales en vue d'accéder, selon leur capacités, aux places convoitées. Nous avons voulu bousculer l'évidence avec laquelle s'impose aujourd'hui cette notion d'égalité des chances, en explorant ses fondements, et en l'ouvrant à des questionnements qui font place aux enjeux de solidarité.

Sommaire
[Édito] Sur le podium des solidarités
Alexandre Ansay
Ne nous reste-t-il que des chances ? Faut-il se résoudre à envisager notre monde, celui dans lequel nos enfants sont appelés à grandir comme un espace concurrentiel voué à des individus aux prises avec une lutte pour la conquête de la rareté ? Il existe dans ce monde-là un souci pour la justice sociale qui en appelle à l'égalité des chances, et c'est au nom de cette dernière que des projets politiques, animés de bonnes intentions, vont prétendre accroître les opportunités des moins bien lotis de façon à ce que ces derniers puissent concourir à armes égales en vue d'accéder, selon leur talents et capacités, aux places convoitées.
Les chances et les places | Forces et faiblesses de ces deux conceptions de la justice sociale
Alexandre Ansay
A bien des égards, l’égalité des chances apparaît comme l’horizon majeur de légitimité auquel se réfèrent les politiques publiques contemporaines. Les politiques de la ville, dont le décret de la Cocof relatif à la cohésion sociale, n’échappent pas à la règle. Elles prétendent distribuer, sur des territoires déterminés à l’aide d’une géographie dite prioritaire, des chances aux plus vulnérables, ceux-là mêmes qui devront trouver leur place dans une société de plus en plus concurrentielle. Sous cette perspective, ces politiques instituent dans leur modalité organisationnelle des formes de contractualité par lesquelles les opérateurs associatifs se voient confiés des missions de service public délégué, auxquels il revient d’œuvrer au renforcement des capacités individuelles des personnes.
[+] Les chances et les places | Forces et faiblesses de ces deux conceptions de la justice sociale
Alexandre Ansay
 

SUPPLÉMENT AU DOSSIER
 
A bien des égards, l’égalité des chances apparaît comme l’horizon majeur de légitimité auquel se réfèrent les politiques publiques contemporaines. Les politiques de la ville, dont le décret de la Cocof relatif à la cohésion sociale, n’échappent pas à la règle. Elles prétendent distribuer, sur des territoires déterminés à l’aide d’une géographie dite prioritaire, des chances aux plus vulnérables, ceux-là mêmes qui devront trouver leur place dans une société de plus en plus concurrentielle. Sous cette perspective, ces politiques instituent dans leur modalité organisationnelle des formes de contractualité par lesquelles les opérateurs associatifs se voient confiés des missions de service public délégué, auxquels il revient d’œuvrer au renforcement des capacités individuelles des personnes.
Article en supplément au dossier
Les champs et les sapes
Jean Blairon et Emile Servais
Notre travail se situe en contrepoint de l'article d'Alexandre Ansay qui ouvre ce dossier et auquel l’Agenda interculturel nous a demandé de réagir ; notre titre, qui constitue une quasi-anagramme du livre de François Dubet "Les places et les chances" sur lequel s'appuie l'auteur, entend montrer que nous allons tenter de déplacer la question du "modèle de justice" vers celle du "modèle de lutte et d'action".
[+] Égalité des chances et cohésion sociale
Edouard Delruelle
 
SUPPLÉMENT AU DOSSIER
 
Les organisateurs de la 4e rencontre du CRAcs (Centre régional d’appui à la cohésion sociale) ont choisi pour thème de réflexion « Les places ou les chances ? Deux modèles de justice sociale à l’épreuve du terrain ». Ils m’ont demandé d’être l’aiguillon critique de cette rencontre, et pour ce faire, de prendre comme pierre de touche le livre de François Dubet, Les places et les chances. En m’invitant à réagir à ce livre, je soupçonne les organisateurs d’avoir voulu me tendre un piège, puisque ce livre défend le modèle « classique » de justice sociale qu’il appelle l’égalité des places, mais critique surtout très vertement son modèle concurrent, le modèle de l’égalité des chances axé sur la diversité et la lutte contre les discriminations. Là était le piège pour moi : à la direction du Centre pour l’égalité des chances, travaillant depuis quatre ans dans le domaine de la lutte anti discrimination, comment allais-je réagir à cette critique en règle du modèle dit « libéral » de l’égalité des chances ?
Article en supplément au dossier
Liberté réelle pour tous
Entretien avec Philippe Van Parijs
Philosophe, économiste et linguiste. Professeur à l’UCL, à la KUL et à Harvard. Philippe Van Parijs a fondé le BIEN, Basic Income European Network (Réseau européen de revenu de base). C’était en 1986 à Louvain-La-Neuve. Vu le succès croissant auprès de Brésiliens, de Sud Africains ou de Mexicains, au grand étonnement avoué de son promoteur, le mouvement s’est mondialisé en 2004, toujours sous le sigle BIEN, mais devenant le Basic Income Earth Network. L’allocation universelle veut rendre possible la liberté réelle pour tous.
Bruxelles : douloureuse mise à l’épreuve du modèle des chances
P. Marissal, J. Unger, G. Van Hamme
Si d’autres auteurs reviennent dans ce numéro de l’Agenda interculturel sur une description détaillée des caractéristiques de deux modèles de justice sociale (modèle de l’égalité des places et modèle de l’égalité des chances), nous posons ici l’hypothèse que le modèle d’égalité des chances se heurte à l’intensité des inégalités sociales (ou de place) et aux logiques de reproduction sociale qui lui sont associées. A travers des exemples dans les domaines de l’emploi et de l’enseignement à Bruxelles, nous illustrons l’illusion que représente le modèle de l’égalité des chances sans un resserrement significatif des inégalités sociales.
Dialectique des chances ou mirage de l’égalité | L’exemple des écoles de devoirs
Vanessa Vindreau
Comment les écoles de devoirs se situent-elles aujourd’hui dans un modèle qui continue à creuser les écarts de réussite entre ceux qui sont déjà entrés dans le système et les autres ? Quels sont les constats observés ? Quels sont les leviers possibles à leur portée pour infléchir la tendance ? N’est-il pas temps pour les écoles de devoirs de réaffirmer l’importance de privilégier le travail sur les processus individuels et collectifs d’apprentissage au détriment des tâches à réaliser pour le lendemain ?
[+] Les Écoles de devoirs en mutation ?
Entretien avec Véronique Marissal
 
SUPPLÉMENT AU DOSSIER
 
Sous le vocable "Ecole de devoirs" (EDD) se retrouvent les associations qui proposent des activités de soutien scolaire, même si leur offre de service est beaucoup plus variée et diversifiée, avec pour finalité la lutte contre l’échec scolaire. Véronique Marissal, coordinatrice des Ecoles de devoirs en Région bruxelloise décrit, de manière provocante, leur évolution dans le temps : "Progressivement, nous sommes passés de projets utopiques basés sur l’éducation permanente où il s’agit d’outiller enfants et parents afin qu’ils puissent comprendre leur environnement et trouver leur place, revendiquer leurs droits, comprendre, participer à des associations, à des projets de gestion de l’échec scolaire".
Article en supplément au dossier
Des clés pour comprendre, des moyens pour agir
Nathalie de Wergifosse
Quel sens pouvons-nous donner actuellement à la formule "Egalité des Chances" dans un contexte sociétal marqué notamment par la mise en concurrence des individus les uns avec les autres ? Telle est la question à laquelle je tenterai de répondre.
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