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Octobre 2012 | n° 306
Granules et racines
Dans leurs "valises invisibles", des migrants des quatre coins du globe ont emporté leurs propres médecines traditionnelles. Comment se transmettent leurs savoirs thérapeutiques et leurs pratiques ? Quelle est leur place dans le système de soins de notre pays ? Anthropologues, juriste, praticiens et patients ouvrent quelques pistes de réponses et d’autres interrogations.

Sommaire
[Édito] Granules et racines
Jamila Zekhnini
Saviez-vous que l’abbaye de Villers-la-Ville s’est dotée cette année d’un jardin médicinal (70 variétés) conçu d’après les traités botaniques de Hildegarde de Bingen (1098-1179) à qui l’on doit un livre de médecine, Causae et Curae (Les Causes et les remèdes), remettant ainsi les vertus thérapeutiques de la nature à l’honneur ? Qui sait encore que les fleurs de l'aubépine sont appréciées pour leurs qualités de régulation du rythme cardiaque ; que jusqu'à la fin du XIXe siècle, on utilisait encore l'écorce de saule, jusqu’à ce que les laboratoires Bayer parviennent à synthétiser l'acide acétylsalicylique, substance active de l’aspirine ? Le nom d'aspirine a d'ailleurs été donné par son origine : une plante spirée.
Médecines d’hier et d’aujourd’hui en dialogue
Jean-Dominique Michel
Toute action médicale, thérapeutique ou soignante relève de conceptions du monde et de systèmes de croyances propres à chaque société et à chaque époque. Les médecines non conventionnelles connaissent aujourd’hui un succès grandissant en Europe et en Occident. Un fait social qui modifie le champ de la santé, accentué par la circulation croissante des personnes, des savoirs, des pratiques et des techniques d’ici et d’ailleurs.
Droit et médecines non-conventionelles en Europe
Isabelle Robard
Isabelle Robard est docteur en droit, avocate au Barreau de Paris et chargée d’enseignement en faculté de droit. Elle œuvre en Europe pour l’intégration des médecines non-conventionnelles dans les systèmes de santé. Elle fut auditionnée par la Chambre des représentants belges et remit un rapport qui contribuera au changement du droit belge. Ses travaux de droit comparé ont servi de référence dans divers pays et au Parlement européen, aboutissant au vote de la résolution du 29 mai 1997. Son expertise a permis également des changements en droit français.
[+] L’hypnose au service de la chirurgie
Entretien avec M.E. Faymonville
 
SUPPLÉMENT AU DOSSIER
 
Dans l’inconscient collectif, la représentation de l’hypnose reste associée à celle de l’hypnotiseur de foire, illusionniste par excellence. Au CHU de Liège, pionnier en matière d’hypnose, c’est depuis 1992 que certaines opérations chirurgicales se pratiquent sans anesthésie générale. Le professeur Marie-Elisabeth Faymonville est anesthésiste et chef du Service d’algologie et soins palliatifs. C’est elle qui a introduit et développé avec succès l’hypno sédation en chirurgie plastique pour ensuite en élargir le champ d’application. Elle nous explique que l’hypnose est une capacité innée de l’individu, un processus par lequel on induit par suggestion un état de conscience modifiée, révélant par là même les potentialités du cerveau humain. Des dizaines de milliers patients ont été opérés sous hypnose en Belgique. Une approche qui mériterait d’être plus répandue.
Article en supplément au dossier
Au carrefour des choix thérapeutiques des usagers
Olivier Schmitz et Laurence Kohn
Dans toutes les sociétés, coexistent différents systèmes de prise en charge du malheur biologique dont la légitimité varie en fonction des circonstances politico-historiques, des rapports de pouvoir entre les groupes sociaux, ou du travail culturel de leurs membres. Les pratiques non conventionnelles (PNC) constituent d’excellents révélateurs de l’évolution de notre système de santé, caractérisé par une remise en question relative et une dilution du pouvoir traditionnel du médecin, à laquelle répond une réapropriation tout aussi relative des lieux de décision par les usagers.
[+] Au carrefour des choix thérapeutiques des usagers
Olivier Schmitz et Laurence Kohn
 
SUPPLÉMENT AU DOSSIER
 
Dans toutes les sociétés, coexistent différents systèmes de prise en charge du malheur biologique dont la légitimité varie en fonction des circonstances politico-historiques, des rapports de pouvoir entre les groupes sociaux, ou du travail culturel de leurs membres. Les systèmes de santé se présentent en effet comme des "systèmes complexes adaptatifs" (Plsek et Greenalgh, 2001), dont certaines orientations peuvent être induites de l’expérience positive de certains individus que reproduisent alors d’autres individus. Les pratiques non conventionnelles (PNC) constituent ainsi d’excelents révélateurs de l’évolution de notre système de santé, caractérisé par une remise en question relative et une dilution du pouvoir traditionnel du médecin, à laquelle répond une réapropriation tout aussi relative des lieux de décision par les usagers.
Article en supplément au dossier
Quand la maladie arrive à pied…
Entretien avec Vincent Baudoux
On l’appelle médecine traditionnelle chinoise ; et pourtant, elle n’est chinoise que pour ceux qui ne sont pas Chinois. Ce n’est pas parce qu’elle est millénaire qu’elle est efficace ; et pourtant, si elle n’avait pas été profitable, on aurait dû l’abandonner depuis longtemps… Vincent Baudoux, 43 ans, exerce l’acupuncture depuis dix ans. Pour mieux saisir sa source, il nous invite à un détour par la philosophie chinoise, au dehors de toute fascination exotique et de préjugés ethnocentriques.
"Les guérisseurs de la foi"
Jamila Zekhnini
Chaque année, des Occidentaux atteints de maladies diagnostiquées incurables par la biomédecine vont au bout du monde pour avoir recours à des guérisseurs spirites. Et parfois, des guérisons étonnantes se produisent. Qui sont ces guérisseurs qui opèrent à partir de leur foi ? Comment aborder ces pratiques qui, de notre point de vue, semblent surréalistes voire controversées ? Le documentaire "Les guérisseurs de la foi" résulte de dix années de recherche et d’expérience de terrain aux Philippines. Il nous invite à entrer dans l’univers riche de sens des guérisseurs spirites et à tenter de saisir les enjeux de leurs pratiques.
Héléna et Jamal le guérisseur
Nathalie Caprioli
Il n’a rien d’un sorcier tiré d’un quelconque imaginaire exotique ; il ne possède ni don surnaturel ni pouvoir magique. C’est juste un homme normal, qui exerce un boulot normal, et qui, à côté, bénévolement, fait profiter des patients de ses connaissances familiales, transmises de génération en génération dans le Rif marocain. Il ne soigne que deux maladies, le vitiligo et le psoriasis, en s’en remettant toujours à Dieu. Héléna l’a consulté durant l’été 2011.
Des exorcismes aussi dans le catholicisme européen
Anne Morelli
Le récent procès des exorcistes musulmans, dont les séances avaient mal tourné et entraîné la mort à Schaerbeek en 2004 de la jeune Latifa Hachmi, a pu donner l’impression que la croyance en des pratiques pour faire sortir des démons d’un corps est aujourd’hui le seul fait des musulmans. Il n’en est rien. Pour les catholiques aussi, la croyance au diable est obligatoire, il s’agit d’un "dogme", qui n’a rien de facultatif. Pour faire sortir le démon d’un corps, l’Eglise catholique a réactualisé et rappelé ses pratiques d’exorcisme dans un rituel publié il y a une dizaine d’années, en 1999.
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