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Octobre 2013 | n° 316
Hypocrisies langagières
Le "politiquement incorrect" est une notion fourre-tout, que l’on entend souvent associée à la complainte "on ne peut plus rien dire !", voire aux justifications de discours franchement racistes. Le "discours politiquement correct" peut aussi être utilisé en combinaison avec la langue de bois, pour laquelle il constitue un outil précieux, puisque ces "euphémismes pudiques" cachent le sens plus qu’ils ne le changent. Comment désembourber notre expression de ces pièges à pensée ?

Sommaire
[Édito] Hypocrisies langagières
Céline Remy
 
Petite histoire d’une précaution oratoire
Céline Remy
"Langue de bois" et "discours politiquement correct" ne sont pas des termes interchangeables. Bien qu’on leur oppose, à tous les deux, le franc-parler, la sincérité, l’audace voire le cynisme, ils sont apparus dans des contextes différents, pour répondre à des besoins différents. Si leur fond philosophique est le même, celui d’une maîtrise du langage personnel pour satisfaire une norme collective, langue de bois et politiquement correct trouvent leurs origines dans des blocs opposés de la guerre froide : le premier à l’Est, le second à l’Ouest, basé sur l’utopie humaniste contemporaine.
Formatage des esprits et novlangue moderne
Dominique Breton
Le novlangue, créé par George Orwell dans 1984, est sans doute la meilleure description fictionnelle du formatage des esprits par le langage. C’est sur un principe similaire de manipulation du lexique et de brouillage des référents (tant au niveau individuel que collectif) que repose fondamentalement le novlangue contemporain, amalgamant les différentes modalités et fonctions de deux phénomènes discursifs majeurs : la "langue de bois" et le "DPC" ou "discours politiquement correct".
Ateliers d’écriture cynique
Delphine d’Elia et Judith Hassoun
Au CBAI, l’expérience des "conférences gesticulées" de Franck Lepage (de la coopérative d’éducation populaire Le Pavé) a fait des petits. Cet appel puissant à une désintoxication du langage nous a poussés à proposer un atelier anti-langue de bois dans nos formations. Les objectifs : éveiller son sens critique face aux discours convenus, dérouiller l’expression afin d’appeler un chat un chat, et "vérifier collectivement que nous ne sommes pas dupes individuellement".
Les paradoxes du politiquement correct  
Daniel Vander Gucht
Sur notre "vieux continent", et singulièrement dans les nations qui prônent l’assimilation plutôt que le multiculturalisme comme modèle d’intégration, l’imposition du politiquement correct semble participer pour l’opinion publique d’une forme de censure intolérable. Cette manière de brider notre franc-parler instaurerait ainsi une "pensée unique" qui paverait la voie à un régime totalitaire à la Big Brother. Aux États-Unis d’Amérique, pas moins attachés que nous à la liberté d’expression garantie par le premier amendement de leur constitution, ces pratiques passent pourtant pour progressistes et émancipatrices.
Décoloniser la langue
Entretien avec Michel Bernard
Un atelier d’écriture basé sur les œuvres d’Aimé Césaire et de Frantz Fanon, pour comprendre les lignes de force des deux auteurs et les intégrer dans sa propre écriture : c’est ce que proposera "Le coin bleu" le 30 novembre. Les objectifs : chercher à écrire au plus près de son être, plier la langue à son vouloir-dire, décoloniser l’écriture des aliénations. Entretien avec l’auteur, philosophe et metteur en scène à l’origine de ce projet, Michel Bernard.
Que veut l’anti-politiquement correct ?
Faysal G. Riad
En France comme ailleurs, l’expression "politiquement correct" s’emploie généralement comme quolibet permettant à un argumentateur réactionnaire de disqualifier toute thèse adverse. Presque personne ne se dit "politiquement correct" à proprement parler : pour le raciste, le sexiste, l’homophobe, le politiquement correct c’est toujours, de manière informelle, cette prétendue "chape de plomb", cette idéologie écrasante qui serait brutalement et arbitrairement imposée à tous de manière indistincte par cet autre, ce triste sire qui défend l’égalité, combat les injustices et n’aime pas les discriminations.
La cyberhaine en un clic
François Deleu
Depuis 2006, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme travaille sur la problématique de la cyberhaine. Si à l’époque le phénomène pouvait paraître nouveau et n’engendrait qu’un nombre minime de signalements, aujourd’hui, tout surfeur a déjà été confronté au discours de haine sur Internet et le nombre de signalements transmis au Centre a augmenté considérablement.
Une cohésion sociale politiquement correcte ?
Jacqueline Fastrès et Jean Blairon
Que peut-on et ne peut-on pas dire sur nos politiques de cohésion sociale ? Si la nature "correcte" ou "incorrecte politiquement" d’un discours varie en fonction du contexte de l’énonciation, qu’en est-il de la forme choisie ? Certains modes d’expression, telle l’allégorie picturale, sont-ils plus tolérés que d’autres, permettant de dire plus, ou de faire passer la critique plus facilement ? Des allégories d’hier peuvent-elles nous aider à dire les réalités d’aujourd’hui ?
L’amer à boire
Marc André
Sur ses différents terrains, l’action sociale est organisée par des politiques, des décrets, des dispositifs ou encore des projets. Dès lors, pour les travailleurs sociaux (c’est-à-dire les personnes qui ont réussi à décrocher un emploi dans l’un ou l’autre de ces dispositifs), le "politiquement correct" c’est souvent la langue de bois de l’organisation ou du dispositif qui les emploie. Le "politiquement correct", c’est le vocabulaire obligatoire qu’ils doivent utiliser pour obtenir des subsides, rédiger des rapports, décrire et évaluer leurs actions. Sans forcément en être dupes…
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