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Novembre 2013 | n° 317
Échanges économico-sexuels en milieu tempéré
En rue comme en vitrines, la grande majorité des personnes prostituées sous nos latitudes sont des migrantes. La prostitution apparaît comme une modalité de migration économique, mais elle peut aussi constituer une forme d'exploitation dans les cas de traite d’êtres humains. Forcées ou non, certains voient dans les relations sexuelles monnayées une aliénation du corps des femmes par les hommes combinant domination masculine et économique. D’autres mouvements insistent sur les besoins et la parole des premières concernées.

Sommaire
[Édito] Échanges économico-sexuels en milieu tempéré
Céline Remy
En rue comme en vitrines, la grande majorité des personnes prostituées sous nos latitudes sont des migrantes. De fait, la prostitution apparaît comme une modalité de migration économique, souvent envisagée comme circulaire (c’est-à-dire temporaire, avec un retour au pays en perspective). Elle peut aussi constituer une forme d’exploitation lorsque les conditions de travail sont inhumaines et/ou coercitives.
Prostitution et crime organisé : une histoire structurante
Kolë Gjeloshaj
L’exploitation de la prostitution est une des activités traditionnelles des organisations criminelles les plus structurées. Elle n’est pas une affaire de seconde catégorie ou anodine : de par les dispositions qu’elle nécessite, elle peut être une activité structurante pour les groupes criminels, et même constituer le cœur ou l’élément fondateur des groupes organisés les plus puissants. Elle est dans tous les cas une activité traditionnelle et permanente.
Entre Nous
Entretien
Dans les locaux d’Entre2 à Yser, nous rencontrons une travailleuse sociale de l’asbl, Marie Linsmeau, et sa directrice Christine Lemmens. Grâce à la confiance qu’elles ont su construire avec leur public, elles nous présentent Sara et Anila, deux jeunes femmes prostituées à Bruxelles qui acceptent de nous livrer leur témoignage. À quatre, elles nous offrent un regard pluriel sur un phénomène qu’elles appréhendent chacune à leur manière.
Cohabitation, frictions et règlements
Moussa Dioum
La prostitution de rue est souvent associée aux coins les plus défavorisés de la ville : gares, ports, zones délaissées. De fait, dès qu’un quartier monte en cote, ses nouveaux riverains aisés s’emploient à en chasser la prostitution qui atteint à leur image et emporte avec elle tout un lot de désagréments. Plus que les travailleuses, ce sont les clients qui sont majoritairement pointés du doigt. Promenade en ville pour un aperçu des griefs exprimés et des mesures prises.
Prostitution et migration : une histoire conjointe
Françoise Guillemaut
Depuis la fin des années 1990, dans un contexte de plus grande visibilité des migrations, la présence de femmes migrantes dans la prostitution alerte les médias, l’opinion publique, les décideur-e-s politiques, etc. Or, l’histoire de la prostitution et des migrations ne se comprennent qu’ensemble, l’histoire de la répression des migrant-e-s et de la répression des prostituées également. Au terme de 15 années de travaux de recherche sur la prostitution et la consubstantialité des rapports de genre, d’origine ethnique et de classe, nous devons constater l’existence, entre travail domestique et travail du sexe, d’une "alternative sans choix" pour les migrantes non-européennes.
Un choix de société
Entretien avec Pascale Maquestiau
Pascale Maquestiau est formatrice en "genre et droits reproductifs et sexuels" au sein de l’ONG Le Monde selon les femmes. Interpellée par les féministes d’Amérique latine sur l’urgence à prendre une position abolitionniste en matière de prostitution (1), elle prend le parti d’aller au-delà du "pour ou contre". Elle a notamment présidé un groupe de travail qui s’est penché sur la question de la prostitution au sein du Conseil des femmes francophones de Belgique. Levée d’un voile sur des réalités occultées par les représentations et les discours faisant passer les valeurs de dignité humaine au second plan des préoccupations éthiques. Une découverte de taille : la prostitution n’est que la pointe de l’iceberg.
Mission d’état
Entretien avec Sarah De Hovre
L’asbl PAG-ASA est un des trois centres spécialisés de Belgique pour l’accueil et l’accompagnement des victimes de traite des êtres humains (TEH), parmi lesquelles de nombreuses victimes d’exploitation sexuelle. Créée à la suite de la Commission Parlementaire Traite des Êtres Humains en 1994, la structure remplit un des engagements de l’État belge, signataire de plusieurs conventions internationales. Sans les centres spécialisés, il y aurait probablement encore moins de poursuites pour traite des êtres humains, car ce sont eux qui offrent le cadre sécurisant grâce auquel les victimes osent porter plainte.
La prostitution masculine, invisible et pourtant bien réelle
Françoise Bocken et Katia Senden
Diluée dans le milieu festif gay ou dans l’espace public, elle pourrait passer inaperçue pour un œil non aguerri. Cependant, la prostitution masculine existe bel et bien. Depuis 2009, l’association Alias offre un soutien psycho-médico-social aux hommes prostitués à Bruxelles. Après quatre années d’existence, l’équipe a déjà été en contact avec plus de 350 hommes prostitués, un public issu de tous horizons et souvent fragilisé. Tant la configuration géographique du milieu de la prostitution masculine que l’approche des hommes prostitués diffèrent fortement de la prostitution féminine.
Un travail à reconnaître ou une violence à abolir ?
Irène Kaufer
Pour les féministes, la prostitution est l’un des principaux points de friction. Au point que c’est le seul terme auquel le "Dictionnaire critique du féminisme" [1] consacre deux articles séparés, les auteures n’ayant pu se mettre d’accord sur une définition commune. Les bilans des réponses officielles (pays réglementaristes et abolitionnistes) sont eux-mêmes sujets à controverses. Tour d’horizon.