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Juin 2019 | n° 347
Les mots de la migration. Champ de bataille et inventivité
Des associations n’hésitent pas à parler d’arsenal communicationnel quand elles décodent et contrent les discours de haine sur les migrants où des émetteurs de tout crin affolent le langage pour mieux fausser la raison. Sur ce champ de bataille sémantique sont en jeu la dignité de l’autre, son respect, son humanité.
De façon plus optimiste, laissons s’ouvrir le champ de notre créativité, comme le fait La Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, en osant des néologismes sympas comme vnous ou amigrants.

Sommaire
[Édito] Campagne 2.0
Sarah BELLET
La flambée du populisme de droite, du racisme, de la xénophobie et les dérives que cela engendre… Voilà ce que traduit la percée du Vlaams Belang, devenu deuxième parti le plus important du pays. Cette montée de l’extrême droite ne date pas d’hier et ne concerne certainement pas que la  Belgique; nous en débattions dans le précédent Imag et lors du Dialogue interculturel "Populiste toi-même !", le 9 mai.
[Panoramique] Du pouvoir, fantasmé ou pas, des mots
Laura Calabrese
De quoi les mots migrant, réfugié, expat sont-ils le symptôme ? Si le mot juste pour parler du monde ou de ce que nous croyons être le monde n’existe pas – car ce serait l’illusion que la langue est figée – le mot injuste est une réalité à décoder et à contrer. Démonstration par l’exemple.
Dire tout sans tout dire
Renaud Maes
Cet article s’attache à décrire le procédé de légitimation du discours de haine en se fondant sur deux exemples : Alain Destexhe et Theo Francken. Ces figures sont significatives par le nombre de personnes qui reproduisent leurs billets, statuts et autres tweets, par l’attention médiatique dont elles font l’objet et par le fait qu’elles produisent aussi une littérature hors des réseaux sociaux, sous forme d’ouvrages qui connaissent un succès plus ou moins important.
Critiquer le sens imposé
Josiane Boutet
Décortiquer le choix des mots et leur sens en fonction du contexte n’est pas réservé aux linguistes mais nous concerne tous, que ce soit par exemple en tant que consommateurs ou que citoyens. Simplement parce que les faits sociaux ont besoin du langage pour exister, et que ce langage a, parmi ses fonctions, celle de pouvoir nous faire agir.
Renan à propos des « Arabes »
Anaïs Carton
« L’Arabe du moins, et dans un sens plus général le musulman, sont aujourd’hui plus éloignés de nous qu’ils ne l’ont jamais été. » Prononcée en 1862, cette phrase1 du philologue français Ernest Renan s’inscrit dans la formation du discours orientaliste du XIXe siècle. Elle reflète comment la perception scientifique de l’identité et de l’altérité islamique s’est construitesur une dimension binaire et conflictuelle.
Eclairer le vampire
Olivier Starquit
Entre juillet 2013 et mai 2016, la Centrale Générale des Services Publics où je coordonne le service formation a jugé opportun de publier chaque mois dans la Tribune, son organe syndical, une chronique épinglant ce que nous avons appelé un mot qui pue, soit un mot qui, par son usage, peut induire une vision du monde. Notre postulat était en effet de dire, à l’instar d’Orwell et de Klemperer1 (et de bien d’autres figures tutélaires), que les mots ne faisaient pas que refléter le réel, ils le créaient aussi. Dans la vie politique et syndicale, le choix des mots n’est jamais anodin.
Sous la méritocratie, les inégalités
David Guilbaud
Le discours méritocratique a acquis une place centrale dans les débats relatifs à la justice sociale et aux principes pouvant fonder cette dernière. Ce discours affirme que « quand on veut, on peut » : en d’autres termes, que la réussite scolaire et donc sociale est accessible à ceux qui « s’en donnent les moyens » et fournissent les efforts nécessaires. Pourtant, nous savons depuis longtemps que les inégalités d’origine sociale pèsent très fortement sur les destins scolaires, que le système scolaire tend à reproduire ces inégalités d’origine et que cette situation ne s’améliore pas, voire s’aggrave. Le cas de la France, peu éloigné de la situation en Belgique.
Vigilance sémantique
Nathalie Caprioli
Ils ont leurs mots, ceux qu’ils défendent et ceux qu’ils rejettent délibérément. À leur façon, journalistes, experts au sein d’associations, et militants pèsent le poids des mots, révisent parfois leur choix au gré du contexte politique. Quels sont leurs critères de sélection ? Pour quel équilibre – entre la précision du propos et son impact (voire son influence) sur le public visé ? Aujourd’hui, quels termes leur causent problème ?
Qui perd le nord ?
Sybille de Pury et Lotfi Nia
Les migrations récentes vers l’Europe posent de nouvelles questions sur la compréhension dans l’accueil des migrants. La recherche menée par Lotfi Nia sur son travail d’interprète aux consultations du Centre Osiris de Marseille a amené la linguiste Sybille de Pury à revenir sur son étude réalisée dans les années 19903 à partir des consultations en ethnopsychiatrie Parode Tobie Nathan au Centre Georges Devereux.
La leçon de Victor Klemperer
Laurence AUBRY
Depuis le cœur de l’expérience totalitaire nazie, le philologue allemand d’origine juive Victor Klemperer scruta les déformations de la langue allemande par les nazis, y décrypta le péril, et chercha à saisir les ressorts de son influence. Aussi devina-t-il une raison linguistique à l’énigme de l’adhésion rapide des masses.
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