
Comment raconter l’histoire de sa mère? Comment surtout trouver les mots et les silences pour dire l’extraordinaire destin de celle qui, venue d’Algérie après un passage au Maroc, aimait par-dessus tout Luis Mariano et
Autant en emporte le vent? La vie des mineurs borains, revue et revécue par une Scarlett O’Hara insoumise, libre, drôle et tragique à la fois.
C’est une histoire à la fois tragique et drôle, comme toutes les vies en somme qui tanguent entre le rire et les larmes. C’est l’histoire d’une femme, grande et belle, une tête de noire, de peau brûlée, ou alors d’Indienne… c’est exactement ça, une Indienne. De ces peuplades qui sont au plus près de la terre, des animaux et d’elles-mêmes. C’est la mère : les enfants la surnomment Nuage gris! Et puis, il y a le père qu’on appelle Jacques Dufilho parce que, de l’acteur, il a la prestance et le regard et l’énigmatique attitude. Un Jacques Dufilho qui aurait connu la mine et ses poussières, un peu cassé, un peu fourbu et le regard brouillé par tant de nuits passées sous la terre.
Et puis, il y a Cathy la boche et Henri le nazi et le chat dont on arrache les ongles et le terrible Père Lashaf, le paternel de Momo Lashaf, grand artiste du ballon rond, qui a joué au Standard de Liège, rien de moin! Et puis, il y a Rudi Junior aux beaux yeux bleus.
Et surtout la cité de l’Héribus dans le Borinage, qui est rien moins qu’un théâtre à ciel ouvert. Comment s’étonner que Jamila Drissi, fille de Nuage gris et de Jacques Dufilho, soit devenue comédienne et qu’elle fasse revivre aujourd’hui tout ce petit monde autour de la figure centrale de sa mère, insoumise et rebelle, libre dans ce western du Centre?
Un spectacle tout en nuances qui ne choisit pas son camp, entre rire et larmes, et qui nous laisse plein de tendresse pour toutes les enfances du monde…
Récit et Interprétation : Jamila Drissi
Mise en scène : Soufian El Boubsi