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La mixité sociale dans l’action publique urbaine à Bruxelles
Etude Sur la toile 25/02/2013 11:02 Imprimer Réagir
La mixité sociale dans l’action publique urbaine à Bruxelles
En une quinzaine d’années, la mixité sociale est devenue un mot d’ordre généralisé de l’action urbaine à Bruxelles comme ailleurs en Europe. Ce mot d’ordre fait référence à une utopie déjà bien présente à la fin du 19ème siècle, celle d’une ville caractérisée par la cohabitation harmonieuse des divers groupes sociaux. Quelles sont les transformations sociales et politiques qui ont conduit à ce regain d’intérêt pour la mixité sociale dans les quartiers "en difficulté"? Que nous apprend-il des représentations et des valeurs contemporaines? Et quelle fonction joue-t-il dans l’action urbaine bruxelloise en particulier?

C’est à ces questions que tente de répondre le numéro 65 de Brussels Studies, la revue scientifique éléctronique pour les recherches sur Bruxelles. Son auteure, Emmanuelle Lenel est assistante en sociologie à l’Université Saint-Louis - Bruxelles. Elle y réalise une thèse de doctorat sur les dynamiques ordinaires de mixité sociale dans les quartiers en "revitalisation" à Bruxelles. En complément de son travail de terrain, elle développe ici une analyse sémantique qui porte sur le lexique dominant, les notions associées aux mots et les registres du discours sur la mixité sociale dans un panel de documents tels que le Plan Régional de Développement, le Plan de Développement International, les programmes de la Politique des Grandes Villes, les Contrats de quartier, les programmes de la Société de développement pour la Région de Bruxelles-Capitale, le Décret "cohésion sociale" mais aussi les programmes électoraux 2009 des partis ECOLO et PS ou les déclarations du Ministre-Président de la Région.

L’auteure de l’article y explique la place centrale de la mixité sociale dans le discours sur l’action urbaine à Bruxelles par les connotations positives de la notion, mais aussi en raison de transformations sociales et politiques conjointes qui ont porté sur le devant de la scène le "problème" des territoires vulnérables comme principale source d’inégalités. Le fait multiculturel, la ségrégation socio-spatiale, l’exclusion et la philosophie politique de l’action intégrée ont fait de certains quartiers bruxellois l’objet de l’incantation à la mixité sociale, alors qu’elle semble nettement moins invoquée pour les "beaux quartiers". Telle que présentée dans les discours, la mixité sociale apporte des bénéfices (mais lesquels exactement ?) et il est du ressort des individus d’en tirer parti pour assurer leur ascension sociale. Sur le plan du discours politique, cette sémantique de l’intégration par le bas réunit la gauche, sans être contestée par la droite.

Mais entre les lignes, l’analyse du discours fait aussi ressortir que le "problème" des quartiers vulnérables, c’est d’être peu attractifs pour des ménages plus fortunés et des investisseurs, en raison de leur dégradation matérielle et d’un délitement présumé de l’ordre social. En ce sens, ne peut-on pas voir aussi dans l’appel à la mixité, concentré sur les quartiers populaires, une légitimation de la volonté d’y redéployer investissements et ménages à plus haute capacité de contribution à l’impôt, ce dans un contexte d’effritement global du financement de Bruxelles par la voie fiscale directe? Mais le rapprochement des groupes "vulnérable" et des classes dites moyennes n’est pas sans danger. Certaines concurrences se mettent en place, notamment sur le marché du logement. Et, implicitement, les valeurs et les pratiques de consommation des plus favorisés (financièrement et/ou culturellement) tendent à devenir la norme du quartier, ce qui n’est pas sans poser des problèmes de cohabitation… que plus de mixité aidera à régler?
 
 
 

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La mixité sociale dans l’action publique urbaine à Bruxelles (PDF - 221 Ko)

Emmanuelle Lenel, Brussels Studies n° 65