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Mouvements migratoires et dynamiques des quartiers à Bruxelles
Etude Sur la toile 23/03/2016 12:03 Imprimer Réagir
Mouvements migratoires et dynamiques des quartiers à Bruxelles
Les dynamiques des quartiers sont au centre des préoccupations sociales et politiques dans les grandes villes, particulièrement à Bruxelles. Pour faire face à la fracture socio-spatiale croissante entre quartiers pauvres et riches, la réponse politique des autorités régionales a été de privilégier, depuis le début des années 1990, une action ciblée sur les territoires paupérisés de la Région, en particulier à travers la politique des contrats de quartier.

Ces politiques s’appuient sur l’idée que la concentration géographique des difficultés sociales les renforce, notamment en matière d’accès à l’emploi, au travers de discriminations ou de stigmatisations socio-territoriales. Favoriser la mixité sociale dans les quartiers paupérisés est dès lors vu comme une voie possible d’atténuation. Mais l’évaluation de l’impact des politiques territorialisées ne peut se limiter à un suivi d’indicateurs sociaux à travers le temps, car les évolutions locales dépendent à la fois du devenir des populations « sédentaires » au long de la période étudiée et des mouvements de population vis-à-vis du reste de la ville, du pays ou du monde. Compte tenu de l’intensité des processus migratoires à Bruxelles, adopter une approche réellement dynamique est dès lors indispensable.

Dans le numéro 97 de Brussels Studies, Gilles Van Hamme, Taïs Grippa et Mathieu Van Criekingen, géographes à l’Université libre de Bruxelles, ont cherché à mieux comprendre les dynamiques locales en portant leur regard sur les mouvements migratoires à l’échelle des quartiers. Basée sur les données de la Banque Carrefour de la Sécurité Sociale (BCSS), leur démarche a non seulement pu mesurer les dynamiques sociales mais aussi évaluer le poids des mouvements migratoires dans ces dynamiques.

Leurs travaux permettent de dresser cinq constats. Premièrement, une part non négligeable des habitants quitte les territoires paupérisés de la ville. Deuxièmement, ces déplacements résidentiels ont lieu majoritairement vers des territoires adjacents moins pauvres, vers l’ouest ou le nord-est de la Région. Troisièmement, l’immigration se concentre dans les parties centrales denses de la ville, et celles issues des pays pauvres ou intermédiaires dans les quartiers les plus pauvres de ces parties centrales. Quatrièmement, même si les migrations résidentielles vers la grande périphérie ne montrent pas de véritables signes d’essoufflement, celles depuis le croissant pauvre n’en représentent qu’une fraction modérée. Cinquièmement, le quadrant sud-est aisé de la ville apparaît très largement en dehors de ces dynamiques migratoires, n’accueillant ni une immigration extérieure importante, ni la mobilité résidentielle depuis les quartiers pauvres.

Les territoires les plus précarisés de la ville, dits du « croissant pauvre » (de Schaerbeek à Forest en passant par Molenbeek), sont donc à la croisée de mouvements migratoires divergents, marqués en particulier par l’arrivée de nouveaux immigrés issus de pays pauvres ou intermédiaires et le départ de populations résidentes. Néanmoins, l’analyse montre aussi que ces quartiers ne peuvent être entièrement réduits à une fonction de transit étant donné qu’une partie importante de leur population y demeure aussi de manière durable.

Face à cette situation critique dans le centre et à l’ouest de la Région, force est de constater que le sud-est (Uccle, Watermael-Boitsfort, Auderghem, Woluwe-Saint-Pierre…) connaît une croissance démographique moindre, du fait d’une pression migratoire modérée et d’une natalité plus faible en raison d’une pyramide des âges vieillie. Ce constat appelle, aux yeux des auteurs, une réponse volontariste en matière de politique du logement aussi dans le sud-est de la Région, voire surtout en périphérie puisque les dynamiques des quartiers bruxellois doivent être comprises à l’échelle métropolitaine. Ce serait là une manière de ne pas faire porter toute la charge de la pression démographique sur les quartiers centraux et de ne pas creuser davantage encore la fracture socio-spatiale.
 
 
 

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Mouvements migratoires et dynamiques des quartiers à Bruxelles (PDF - 12,9 Mo)

Gilles Van Hamme, Taïs Grippa & Mathieu Van Criekingen - Brussels Studies n° 97