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Nourriture qui rassemble, nourriture qui sépare
Agenda interculturel Actualités 20/12/2018 14:12 Imprimer Réagir
Nourriture qui rassemble, nourriture qui sépare
 
Depuis la nuit des temps, l’homo abilis se rassemble autour d’un feu. Pour se réchauffer et tenir à distance les fauves carnassiers. Mais avant toute chose, en vue de procéder à la cuisson des viandes et des céréales, la famille ou le clan proche se retrouve autour du foyer et partage un repas. A certaines occasions, le cercle s’élargit à un autre clan, voire à des clans voisins susceptibles d’être hostiles. Le repas partagé est donc une manifestation à la fois symbolique et tangible de l’acceptation de l’autre. Ainsi que le gage d’une paix que chacun espérera durable.
 
Aujourd’hui encore, hospitalité et partage d’un repas – ou d’une simple boisson – président aux bons usages de la toute grande majorité des communautés humaines. Pas de convention ou de contrat qui ne soit négocié ou célébré par un repas ou un drink ! Le partage alimentaire reste donc le signe manifeste – voire la condition nécessaire – de tout échange et partage entre humains, soit qu’il s’agisse d’une volonté intrinsèque de chaleur humaine, soit qu’il s’agisse d’intérêts bien compris. C’est d’ailleurs certainement cette préoccupation double – et à vrai dire difficilement dissociable – ce qui en fait tout l‘intérêt en termes de cohésion sociale et de vivre ensemble.
 
Mais les sociétés humaines ont également développé des modes alimentaires distinctifs visant à différencier leurs appartenances en prescrivant à leurs membres des normes spécifiques. Ceci non seulement en fonction des aliments qui se seront révélés être disponibles localement, mais également en vue de préserver en soi un facteur identitaire collectif estimé comme indispensable.
 
Le manger ensemble en tant que volonté collective qui, tout à la fois, rassemble et sépare reste donc une manifestation paradoxale au même titre que nombre d’autres activités humaines.
 
François Braem, anthropologue