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Catégorie ► Racisme/xénophobie
Autochtone imaginaire étranger imaginé : retour sur la xénophobie ambiante
d’Alain Brossat
Bruxelles, Le Souffle, 2012, 302 p.
On se demandera dans cet essai comment l’étranger est devenu, dans nos sociétés, une fantasmagorie du pouvoir et, plus généralement le point de cristallisation d’un dispositif psychique collectif peuplé de mauvais rêves. Il n’y sera donc pas question des phénomènes migratoires, de la place des étrangers dans une société comme la nôtre, des questions d’interculturalité liées à leur présence. On y envisagera plutôt l’étranger comme une construction discursive dans laquelle se rencontrent et se condensent des enjeux de savoir, de pouvoir et de vérité ; des enjeux qui apparaissent d’autant plus cruciaux, vitaux, qu’ils semblent engager notre existence collective dans la dimension de l’identité, de la subjectivité, et du présent (qui sommes-nous, qu’en est-il de nous aujourd’hui, qu’allons-nous devenir ?).
Pourquoi la question de l’étranger parmi nous est-elle aujourd’hui une véritable obsession du discours politique, pourquoi est-elle constamment placée sous le signe dramatique de l’urgence et de l’exception – comme si de son "règlement" dépendait notre survie comme nation, comme collectivité ? Pourquoi la supposée question de l’étranger est-elle devenue un moyen d’intensification perpétuelle du domaine politique –mais, constamment, par le pire des biais ? C’est l’étrangeté même de ce pli du discours des élites gouvernantes qui doit être déchiffrée, car ici se forme une "scène" : celle où se nouent le gouvernement des vivants et les puissances de l’imaginaire. Ce qui se découvre lorsqu’on examine les formes contemporaines de gouvernement sous l’angle de la question de l’étranger-parmi-nous, c’est à quel point tout ce domaine est placé sous le signe des constructions imaginaires, sous l’emprise de fantasmagories qui colonisent et obscurcissent l’entendement de nos politiques.