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Catégorie ► Racisme/xénophobie
Le Front national : entre extrémisme, populisme et démocratie
De Michel Wievorka
Charenton-le-Pont, La Maison des Sciences de l’Homme, 2013, 87 p.
Le Front national était extrémiste à la naissance : jusqu'à quel point l'est-il encore ? Qui aurait dit, en 1972, en période de croissance et de plein emploi, que le rassemblement hétérogène de quelques groupes d’extrême droite se dénommant "Front national"  aboutirait cinquante ans plus tard, en 2012, en temps de crise, de chômage et d’inquiétudes généralisées, à un parti de droite capable de peser durablement dans le jeu politique français, au point de constituer une menace, peut-être mortelle, pour la droite classique ? La trajectoire de ce parti, durant le dernier demi-siècle, n’a pas été linéaire. Cela tient tout à la fois aux évolutions de la société française, et à celles du Fn lui-même, à commencer par le changement de génération que symbolise l’arrivée à sa tête de Marine Le Pen succédant à son père, Jean-Marie Le Pen au début de l’année 2011. Comprendre l’installation durable de cette force politique elle-même en changement implique d’analyser les transformations sociales, politiques, économiques et culturelles de la France : la sortie chaotique des Trente Glorieuses et les transformations qu’elle entraîne au sein du système politique notamment. Et cela exige d’examiner en profondeur les changements permettant au Fn de coller aux attentes d’un électorat, qui lui-même évolue : ce ne sont pas toujours les mêmes qui, depuis trente ans, votent pour lui et, si son argumentation comporte des constantes, à commencer par le thème de l’immigration, elle repose également sur des innovations. Surtout, l’évolution du Fn doit beaucoup, ces dernières années, aux efforts de ses dirigeants pour le débarrasser des idéologies d’extrême droite qui l’ont fondé, et pour le démarquer de l’antisémitisme qui fut souvent sa marque de fabrique.Se défaire de ce qui fut longtemps une composante essentielle de son idéologie pour devenir un parti respectable présente un coût, et modifie en profondeur son offre politique. Cet essai examinera ce qu’il en est. Mais une autre perspective doit être envisagée : celle d’une transformation de la droite classique se ralliant à l’idéologie du Front national, y compris dans ses dimensions raciste et xénophobe. Populisme ou extrémisme ? L’histoire et la sociologie du Front national procèdent à bien des égards de ces deux catégories. Celle de populisme est aujourd’hui privilégiée, du moins dans les médias.Alors, quel avenir pour ce "deuxième FN" ? Disposant de peu d’ancrages locaux conséquents, le vote FN est diversifié et ses sources, multiples, peuvent se combiner. En effet, entre un sentiment fort de décomposition sociale et la volonté de préserver un cadre de vie distant de l’immigration, le FN attire aussi bien des pauvres et des laissés-pour-compte que des quadras installés dans l’existence. D’un point de vue thématique, l’immigration, l’insécurité et les élites restent à l’honneur. Désormais, avec l’islam, le FN considère l’immigration sous un angle religieux et plus seulement national ou culturel. L’insécurité est aussi constamment convoquée, de même que la critique traditionnelle des élites et des politiciens Estimant que le FN ne peut exister que dans l’ambivalence "diabolisation-dédiabolisation", l’auteur conclut que le FN dispose d’atouts majeurs. Et si cette dédiabolisation intégrale n’est pas encore acquise, elle constitue désormais un horizon possible : en effet, le FN apparaît comme la seule expérience politique que les Français n’ont pas encore testée.