fil rss

Catégorie ► Racisme/xénophobie
L’Afrique de Sarkozy: un déni d’histoire
Sous la direction de Jean-Pierre Chrétien avec Pierre Boilley, Achille Mbembe, Ibrahima Thioub et Jean-François Bayart
Paris, Karthala, 2008, 203 p.

Un an après le discours controversé (juillet 2007) de Nicolas Sarkozy à Dakar, cinq universitaires français et africains reviennent sur les déclarations du président français et fustigent “ un déni d’histoire “ basé sur “ une vision manichéenne, raciale et paternaliste “ de l’Afrique. Chacun des auteurs a choisi son angle d’attaque; la place de l’Afrique dans l’histoire universelle, la persistance de l’imaginaire colonial, les pesanteurs de la tradition raciste à l’égard des Noirs, l’absence remarquable de l’Afrique dans le contenu de l’enseignement en France et la richesse du débat historiographique en Afrique.

 
Toutefois, ce discours de Dakar est venu rappeler les débats qui ont agité l'Europe dans son ensemble et la France, en particulier, suscitant “ un réveil de la mémoire du colonialisme, parallèlement aux débats internes sur l'immigration “. “ Il s'inscrit dans un regard "culturel" et en fin de compte "racial", porté par la France sur les Africains depuis des siècles. “ Avec Sarkozy, sur ce plan comme sur celui des rapports avec l'Elysée et les gouvernements africains - la Françafrique, pour tout dire - “ Y a pas rupture “, estime Jean-François Bayart, s'exprimant à la manière du bon Nègre au rire Banania.
 
Ainsi la politique africaine est toujours soumise au regard biaisé et vaguement méprisant de l’homme blanc qui sait bien au fond, que tous ces noirs ont besoin de l’assistance occidentale. Et pourtant, il suffit d'écouter un peu les spécialistes pour découvrir une histoire riche, complexe, diverse, intense, bref l'histoire d'un continent où marchent des hommes...debout.
 

Chaque auteur a tenu à répondre à deux impératifs: décrypter ce que révèle le fait même que ce discours ait pu être tenu, et rappeler la dimension historique dans laquelle s’inscrit le destin, ancien et présent, des peuples africains. Car, pour reprendre une formulation d’Aimée Césaire, ce qui prime, ce n’est pas le “devoir de mémoire”, mais le “droit à l’histoire”.