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Catégorie ► Racisme/xénophobie
Les exécuteurs
Des hommes normaux aux meurtriers de masse
Harald Welzer
Paris, Gallimard, 2007, 354 p.

Cet ouvrage a une approche originale. L’objectif est de comprendre comment des individus normaux se sont livrés sans état d’âme à des massacres systématiques et à des violences extrêmes. Prenant comme archétype les opérations génocidaires menées par les nazis, l’auteur souligne combien ces exécuteurs ne ressentaient pas de culpabilité en évoquant leurs actes et aussi comment, après-coup, ils s‘efforçaient de se présenter comme non-responsables. La majorité d’entre eux n’était pas, disaient-ils, guidés par la haine.

 

Les massacres de masse et les exactions qui les accompagnent n’ont pas été commis par des êtres pathologiques, mais par des hommes normaux qui se sont ensuite réintégrés sans difficulté, s’ils avaient échappé à une sanction, dans la société. Ils ont élaboré une conception particulière de la responsabilité morale. Intégrés dans un dispositif social cohérent, ils ont assimilé l’importance du changement d’un élément essentiel, l’appartenance sociale ou ethnique. Ce décalage a modifié la lecture de la réalité. Le nazisme a ancré cet aménagement dans une théorie des races et le Rwanda, par exemple, dans l’appartenance ethnique. La distinction entre appartenants et non-appartenants permet la mise en place d’une idéologie d’exclusion qui peut aller de la persécution et de la spoliation à l’extermination pure et simple. Le terme récent de “nettoyage” rend bien compte du retournement de l’interdiction de tuer en devoir de tuer.

 

L’analyse de l’auteur est intéressante car elle s’appuie sur des mécanismes sociaux. Dans ces contextes, la violence exercée sert aussi à différencier des groupes. Des exemples aussi récents que les guerres d’ex-Yougoslavie montrent que les valeurs d’une culture européenne imprégnée d’humanisme sont un rempart bien fragile lorsque les structures sociales et politiques se délitent.