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Catégorie ► Racisme/xénophobie
L’humanité au pluriel
La génétique et la question des races
Bertrand Jordan
Paris, Le Seuil, 2008, 226 p.
Dans cet ouvrage, l’auteur revient sur tous ces aspects de la “question des races” et les éclaire par les dernières découvertes de la génétique. Il montre, dans une première partie historique, comment les races furent définies dès le 17e siècle, selon les continents et la morphologie des individus, puis comment, jusqu’à nos jours, les données scientifiques sont utilisées par certains pour affirmer l’existence des races et leur inégalité. Il montre aussi comment, au cours du 20e siècle, la perception de la race a évolué dans une nation d’immigrants comme les États-Unis. À partir du milieu des années 1950, en réaction au nazisme, la différence entre les populations humaines devient culturelle: les sciences biologiques sont désormais utilisées au service d’une argumentation antiraciste et anti inégalitaire. Un tel discours antiraciste fondé sur la science, et sur la génétique en particulier, est cependant très risqué: “Vouloir prouver scientifiquement que tous les hommes sont égaux, c’est s’exposer à être démenti par une étude qui démontrerait des différences d’aptitudes physiques ou mentales entre individus ou entre groupes, et du coup remettrait en cause leur égalité”.
 
Et c’est ce que montre la simple observation: les humains ne sont pas identiques et égaux du point de vue génétique. Il y a incontestablement une inégalité des groupes humains devant les maladies: certains groupes sont plus résistants au choléra, au paludisme, d’autres sont plus exposés au diabète… Pour autant, ces différences conditionnent-elles la personnalité, le comportement ou l’intelligence?
 
L’auteur présente avec clarté les données actuelles de la génétique qui permettent de définir des groupes humains, telles les SNP (ou Snip), ces différences ponctuelles d’un seul nucléotide dans une séquence d’ADN constituée de milliers de nucléotides. En analysant un grand nombre de ces Snip dans l’ADN d’un individu, il est possible de le rattacher à un groupe géographique. Mais, parce que l’Homme est une espèce récente et qu’il n’est jamais resté très longtemps isolé sur un territoire restreint, ce ne sont pas des “races” qui sont ainsi définies, mais des groupes d’ascendance, dont les contours restent flous et la diversité interne très grande.
Ces techniques d’analyse du patrimoine génétique de chacun se perfectionnent et s’automatisent. Elles sont désormais disponibles pour le grand public: chacun peut rechercher par la génétique, moyennant finance, son origine ancestrale. Cette approche, particulièrement développée aux États-Unis en direction des populations afro-américaines ou amérindiennes, peut renforcer l’idée d’une séparation génétique des races mais en même temps, “elle bat en brèche la notion de race pure en montrant à quel point nous sommes tous des “métis””. Suivent des réflexions sur la relation entre “race” et maladie, sur l’idée (commerciale!) de médicament “ethnique” et les aptitudes particulières à une “race”.
 
La pluralité humaine, telle qu’on peut l’appréhender avec les techniques les plus modernes, est plus grande et plus subtile qu’on ne voulait le croire…