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Catégorie ► Racisme/xénophobie
L’idéologie raciste: genèse et langage actuel
Colette Guillaumin
Paris, Gallimard, 2002, 378 p.
Il n’est ici pas question d’une condamnation morale convenue, mais d’une œuvre de sociologie. L’essentiel, en effet, n’est pas l’objet de la croyance raciste - l’inégalité des êtres ou les particularités génétiques et morales -, mais la croyance elle-même, la volonté de distinguer son identité propre de celle d’autres groupes en fonction de signes distinctifs, individuels et collectifs. Ce livre naît d’une insatisfaction générale de l’auteure par rapport aux études classiques sur le racisme. Selon elle, ces études reproduisent la pensée raciste en n’interrogeant pas les modes de construction sociale des catégories qui permettent de penser la race. En effet, elles considèrent les groupes raciaux comme donnés, et limitent les phénomènes racistes aux attitudes hostiles contre ces groupes. En ce sens, elles prennent comme référence implicite la construction majoritaire, dominante, des groupes racisés et du racisme.
 
Or, selon l’auteur, l’idéologie raciste fonctionne tout à fait différemment de ce que ces études présentent: d’une part, elle s’exerce de façon similaire contre les divers groupes victimes du racisme, qu’il s’agisse des noirs, des juifs, des arabes, mais aussi des ouvriers ou des femmes. D’autre part, l’idéologie raciste se situe en deçà de l’hostilité, elle commence dès le travail de catégorisation du groupe racisé. La raison en est que le racisme ne se situe pas dans un rapport à “l’autre réel”, mais à la construction symbolique de la différence. Le racisme est tout entier du côté de la création imaginaire de cette différence. Peu importe alors que la différence racisée ait un substrat biologique (sexe physique, couleur de peau etc.) ou non (judéité, classe sociale), du moment que dans l’univers symbolique il y a croyance en la différence de nature entre soi et l’autre. Puisqu’elle se situe dans un univers symbolique particulier, l’idéologie raciste n’est pas un invariant de la nature humaine, et doit être analysée dans son déploiement historique. Si le rejet de l’autre peut se produire dans de nombreuses situations sociales et historiques, le racisme est une forme particulière de ce rejet, apparue dans le monde atlantique dans des circonstances précises. L’auteure la fait naître au XIXe siècle: elle naît au moment d’une conjonction particulière, en lien indissociable avec le projet colonial, comme adaptation des discours de la domination aux conditions de la modernité. L’idéologie raciste est en effet centrée sur le maintien de la domination sociale.