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Catégorie ► Racisme/xénophobie
Aux origines des théories raciales
De la Bible à Darwin
André Pichot
Paris, Flammarion, 2008, 519 p.
À l’origine des théories raciales, l’auteur place deux sources principales : l’une d’elles est la Bible, l’autre est Darwin, ou plutôt les “darwinismes”. Placer la Bible et Darwin aux origines des théories raciales, c’est disculper Gobineau, auquel l’auteur n’attribue qu’une importance mineure. De même, il ne croit pas à la valeur de Darwin et de sa théorie. Pas plus ne croit-il à la vertu morale des abolitionnistes - l’abolition de l’esclavage est présentée par le livre comme une simple manœuvre en vue de la libéralisation du marché du travail… Tout le livre reprend ainsi une même antienne : les racistes n’étaient pas ceux qu’on croit ; en tout cas, la “vraie” religion ou la “vraie” science ne seraient pas étrangères aux fondements des théories raciales.
 
L’auteur entreprend de déboulonner les idoles religieuses et scientifiques et présente quantité de “faits” qu’il voudrait démonstratifs. Il retrace les interprétations nombreuses et souvent fantaisistes qui furent données du récit des premiers temps bibliques. Une grande partie de ces résultats ont montré l’importance de la théologie dans les débats raciaux. Il montre de quelle manière les textes chrétiens ont été mobilisés dans les différents débats sur la race, les identités ethniques, les préjugés raciaux et les sentiments anti racistes. Les Juifs occupent une grande part dans cet ouvrage. À plusieurs reprises, l’auteur montre que les Juifs ne sont pas des anges, mais qu’ils ont pris part à l’histoire : certains commerçants ont eu des esclaves dans les colonies ; certains sionistes ont été attentifs à la jeunesse et la vigueur des colons. De fait, les Juifs sont au centre de la troisième partie du livre, comme un peuple “obsédé de pureté raciale”. La “thèse de la supériorité juive” aurait été, la première, “racialisée” par les Juifs eux-mêmes et l’antisémitisme n’aurait eu qu’à lui emboîter le pas en produisant des caricatures du type racial juif. L’auteur attribue ici aux Juifs un rôle “précurseur” dans la théorisation “racialisée” de leur identité : il n’y a pas loin, de là, à penser qu’ils ont eux-mêmes ouvert la voie à une forme renouvelée et biologisée, d’antisémitisme. Finalement, le préadamisme et l’hygiène raciale juive sont présentés comme deux versions équivalentes de l’idée d’une supériorité juive, éventuellement produite en réaction à l’antisémitisme ambiant, mais surtout “traduite dans le langage biologique alors à la mode”.
 
Enfin, tout le livre suggère que la science, immergée dans un contexte social, ne peut avoir la moindre valeur extra sociale. Tout semble provenir de la société et y revenir, si bien que toute science se mesure à l’idéologie qu’elle traduit et aux impacts sociaux qu’elle entraîne : la génétique, mauvaise à cause de l’eugénisme ; l’évolution, mauvaise à cause du libéralisme et du racisme.