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Septembre
2008, n° 265
L’histoire encaisse
Plaider en faveur d’un enseignement
de l’histoire de l’émigration et de l’immigration
oblige à se poser la question : que deviennent ses archives
? Pour rassembler et conserver ces précieux documents, nul
musée n’existe à ce jour en Belgique -malgré
des intentions politiques qui ressurgissent de temps à autre
depuis plus de six ans, un peu comme le canard du Loch Ness : beaucoup
en parlent, personne ne le voit... En attendant, certains centres
de documentation gèrent ces documents à leur manière,
avec peu de moyens mais beaucoup d’efforts de mise en réseau.
De plus, des projets de centres d’archives (notamment avec
l’ouverture du Centre culturel maghrébin – Espace
Magh à Bruxelles, annoncée pour le 6 décembre)
émergent ici et là pour garder « les traces
des grands-parents ». Pointons en particulier le travail rondement
mené par le Centre de documentation de l’émigration
espagnole qui a réuni et traité à Madrid des
kilos de presse militante, d’affiches, de photos (dont certaines
illustrent les articles de ce dossier) et nombreux documents provenant
non seulement du Centre Garcia Lorca, véritable référence
culturelle et sociopolitique pour Bruxelles, mais aussi d’organisations
situées dans la région liégeoise, à
Gand, à Charleroi ou à Vilvorde. […]

SOMMAIRE
Nul n’est tricoté pure laine
Entretien avec Anne Morelli
L’histoire des émigrations et immigrations
est au confluent d’enjeux politiques, scientifiques et pédagogiques.
Le tour de la question avec Anne Morelli, professeure de critique
historique à l’ULB qui plaide, depuis plus de vingt-cinq
ans, pour un enseignement de l’histoire des migrations.
Recomposition d’un « nous »
Alexandre Ansay
Un jour, peut-être, les pouvoirs publics belges
joindront leurs efforts pour donner naissance à un lieu consacré
aux mémoires de l’immigration. Mais que cet accouchement
semble difficile ! À cet égard, il semble que
la crise institutionnelle que traverse l’État belge
ne constitue pas un contexte des plus favorables à la réalisation
d’un tel projet.
L’histoire aux historiens ?
Pierre Tevanian
« Le passé c’est le
passé ! », « Laissons l’histoire
aux historiens ! »… Derrière ces
remontrances, aussi tautologiques que contestables, pointe la même
arrogance, la même surdité volontaire, les mêmes
implicites et effets politiques : un verrouillage du débat
public sur l’héritage colonial et esclavagiste de l’Europe,
qui permet de réaffirmer une hiérarchie des mémoires
et, par métonymie, une hiérarchie des peuples.
Sauvetage en cours
Anne Frennet-De Keyser
Peu de choses ont été faites à
l’heure actuelle pour sauvegarder les archives de l’immigration
marocaine en Belgique, mais il est réconfortant de voir que
des initiatives, nombreuses et originales existent en la matière.
Cet article ne prétend pas être exhaustif, mais il
tente de faire le point sur les projets existants.
Cas d’école
S. Alba Monteserín & A. Fernández
Asperilla
À Madrid, le Centre de documentation de l’émigration
espagnole, compte, dans la Fondation 1° de Mayo, des archives
et une bibliothèque spécialisée sur les migrations,
où l’on peut consulter des références
bibliographiques sur les migrations internationales et générales,
des statistiques sur les migrations en Espagne, des références
sur l’émigration espagnole politique et économique,
notamment vers la Belgique.
Sans archives, pas d’histoire
Entretien avec Ludo Bettens et Anne Fiévet
Quel est le rôle des centres de documentation
et d’archives dans notre société ? Quelle
image en avons-nous ? Un tas de papiers jaunis ou poussiéreux,
répondent les archivistes eux-mêmes. Redorer leur blason
et développer des réseaux entre centres, voici deux
priorités soulignées par Ludo Bettens et Anne Fiévet.
Un passé qui ne passe pas
Hédi Saidi
Pourquoi ce « non lieu » de
la mémoire de l’immigration ? Pourquoi cette question,
longtemps refoulée, suscite-elle la parution d’autant
d’articles de presse et d’ouvrages qui font découvrir
à « monsieur tout le monde » que la
France est un pays d’immigration « qui s’ignore »
et un ex-Empire colonial ?
Les origines du citoyen de souche
Rabah Kaddouri
Le discours sur l’immigration, qu’il
soit politique ou sociologique, établit presque systématiquement
la distinction entre les citoyens de « souche »
et les citoyens d'« origine », et cela indépendamment
des années qui passent. Le statut d’immigré
semble être héréditaire ; et dès
lors parler « d’enfants » ou de « jeunes »
immigrés, de la quatrième ou cinquième, génération
devient une chose allant de soi.
Liens entre histoire et mémoires
Nathalie Tousignant
Historienne, je consacre l’essentiel de mes
recherches à la colonisation et aux questions liées
à l’histoire et aux mémoires en jeu dans l’analyse
de ce phénomène et ses répercussions dans nos
sociétés contemporaines. En ayant accepté le
défi d’aborder quelques questions méthodologiques
liées à ces problématiques, je tenterai d’expliquer
en quoi l’histoire et les mémoires sont si souvent
dans un rapport ambigu voire conflictuel. Des exemples récents
permettent d’illustrer ces tensions.
Bon tuyau
Traverser la ville, traverser l’histoire
« Patrimoine, icône au quotidien »
est un film de 34 minutes accompagné d’un livret pédagogique,
conçus avec une énergie et une motivation réjouissantes.
De quoi inspirer un projet sur la découverte du patrimoine
dans une classe secondaire.
Du neuf dans nos rayons
Catherine Harris
- Enseignement de l’histoire et diversité
culturelle : « Nos ancêtres ne sont pas les Gaulois
», François Durpaire, Paris, Hachette/CNDP, 2002,
159 p.
- Génériques et sa revue Migrance
- Souviens-toi de ta noblesse. La pratique de l’autolouange
ou l’accouchement du cœur : une méthode pédagogique
inédite, Marie Millis, Paris, Le Grand Souffle, 2007,
183 p.
- La musique en colère, de Christophe Traïni,
Paris, Presses de Sciences Po, 2008, 122 p.
- Mobilités étudiantes Sud-Nord. Trajectoires
scolaires de Marocains en France et insertion professionnelle au
Maroc, sous la direction d’Etienne Gérard, et
al., Paris, Publisud, 2008, 379 p.
- Naissance de la bonne conscience coloniale : les libéraux
français et britanniques et la question impériale
(1770-1870), de Jennifer Pitts, Paris, L’Atelier, 2008,
383 p.
- Migrations et populations issues de l’immigration en
Belgique. Rapport statistique & démographique 2007,
sous la direction de Nicolas Perrin, Bruxelles/Louvain-la-Neuve,
CECLR / Groupe d’étude de démographie, 2008,
166 p.
- Le livre blanc de la femme migrante, coordonné
par Maria Miguel-Sierra et al., Bruxelles, La Voix des femmes, 2008,
67 p.
- Management interculturel : stratégie, organisation,
performance, d’Olivier Meier, Paris, Dunod, 2008, 305
p.
- La quête de la reconnaissance : nouveau phénomène
social total, sous la direction d’Alain Caillé,
Paris, La Découverte / MAUSS, 2007, 303 p.
- La clause de l’Européenne la plus favorisée
: le meilleur de l’Europe pour les femmes, de Gisèle
Halimi, Paris, Des femmes-Antoinette Foulque, 2008, 361 p.
- Une démocratie asphyxiée : l’état
des droits de l’homme en France, sous la direction de
Jean-Pierre Dubois, Paris, La Découverte/La Ligue des droits
de l’homme, 2008, 118 p.
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