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Janvier-Février 2021 | n° 355
Soignants, soignés. Plaidoyer pour les médiateurs
Dans ce dossier qui associe santé et interculturalité, nous avons accordé une large place aux pratiques des intermédiaires interculturels – médiateurs et interprètes – entre le patient et le personnel médical. Ce sont toutes et tous des « agents du monde vécu » qui avancent sur un fil. Leur mission est d’expliquer la différence entre le monde tel que vu par la personne soignée et le monde tel que balisé par l’institution. Parce que souvent méconnus ou invisibles, parce que quasi absents des débats sur les politiques de santé publique, nous avons voulu valoriser ces métiers indispensables.

Sommaire
La reconnaissance des uns, le déni des autres
Mélody NENZi
À y regarder de plus près, il existe différents niveaux d’enfer en cette période difficile où chacun y va de son « ras-le-bol». Par exemple, dans mon enfer particulier, il m’est loisible de me balader au parc avec ma grand-mère et lui faire profiter de mes filles. Je m’organise pour faire quelques courses pour ma mère. Et si mes filles sont en « teams » à la maison, je télétravaille aussi.
Médiation interculturelle au CHR de Liège Un outil pour les patients et l’institution
Annie CORNET, Christine TOMAT et Aysel Uzun
Pour gérer la diversité culturelle des patients et usagers, l’hôpital public CHR de Liège a été parmi les premiers à mettre en place un service
de médiateurs interculturels : personnel de la même nationalité et culture que les patients qui sert d’interprète, mais aussi d’intermédiaire culturel, entre le patient et le personnel soignant. La plus-value de la médiation
se mesure par un gain de temps pour le personnel soignant, des séjours
plus courts pour le patient, une diminution des ré-hospitalisations,
une meilleure participation au traitement et un travail plus confortable, sécurisant et serein pour le personnel soignant. Si, initialement,
la médiation est conçue comme un service aux usagers,
elle s’avère également être un outil pour l’institution1.
Réparer les liens de confiance abîmés
Entretien avec Reza Kazemzadeh
Reza Kazemzadeh dirige depuis six ans le Centre Exil, association bruxelloise de santé mentale spécialisée dans la réhabilitation de réfugiés ayant été victimes de violence et/ou de torture.
Le Centre travaille en réseau et en multidisciplinarité afin de prendre en compte les dimensions juridiques, sociales, médicales et psychologiques de ses patients. Quand il exerce comme psychothérapeute, Reza puise – au-delà de sa formation universitaire – dans ses racines iraniennes et son propre exil.
« Ne suis-je pas HUMAIN ? »
Jonathan HERMAN et Rachel HUSSON
Quand nous étions encore étudiants, nous discutions souvent des enjeux de santé mentale d’une part, et migratoires d’autre part. Ainsi, fin 2020, au milieu d’une pandémie mondiale, nous avons voulu prendre contact avec des personnes en transit pour voir comment elles allaient, vraiment, et comment elles évoquaient les violences dont elles ont été – ou sont toujours – témoins. Pour ce faire, nous avons contacté des anciens collègues bénévoles présents à Lesbos. Ils nous ont mis en contact avec des migrants qui sont passés par le camp de Moria ou qui y sont toujours. Nous aspirons dans cette contribution à revenir sur certains moments forts de nos entretiens avec six des témoins que nous avons rencontrés, pour mettre en lumière à quel point la santé mentale des migrants peut être soumise à rude épreuve, sans avoir accès en général à un soutien adapté.
La résilience psychosociale en 5 QUESTIONS
Danièle CRUTZEN
Le Centre MENA Les Hirondelles1 accueille 29 mineurs étrangers non accompagnés, pour la plupart affectés par des stress intenses et des insomnies chroniques ; un grand nombre d’entre eux souffre de stress post-traumatique. Ces dernières années, l’augmentation des violences aggravées sur le trajet d’exil oriente l’accueil vers des profils de moins en moins réceptifs à nos stratégies psychothérapeutiques. Guidés par l’intention d’écouter les jeunes qui secouent nos évidences, nous remettons l’ouvrage sur le métier.
À leurs corps DEFENDANT
Anaïs CARTON & Pauline FONSNY
À travers nos pratiques professionnelles et nos réseaux de militances, nous sommes engagées dans la lutte contre les centres fermés.
Dans cette perspective nous souhaitions mettre en place, l’an dernier, un atelier de création radiophonique collective, avec une dizaine de personnes qui ont transité par ces centres, sur la question des impacts psychologiques de l’enfermement. De ce projet est finalement né le documentaire radiophonique, À leurs corps défendant. Arrêt sur notre méthodologie.
Les sentinelles de l’ONE
Nadera CHILAH & Françoise DUBOIS
L’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) est un service universel gratuit offert à toutes les familles de la Fédération Wallonie-Bruxelles,
laquelle a enregistré 50.258 naissances en 2019. Largement implanté dans les quartiers pour se rendre accessible, l’ONE a pour mission de favoriser le bien-être de l’enfant de 0 à 6 ans, à la maison et dans les milieux d’accueil. Sur son site, il présente ses 3 priorités en ces termes : soutien à la parentalité, inclusion et réduction des inégalités sociales. C’est dans un cadre de médecine préventive et non curative que l’ONE travaille.
Nadera Chilah et Françoise Dubois, deux collaboratrices d’une consultation pour enfants de Berchem-Sainte-Agathe, racontent leurs pratiques.
 
Rendre les soins plus Inclusifs
Anne-Claire ORBAN
À l’heure où la pandémie braque les projecteurs sur les institutions de soins de santé, il est intéressant de se rappeler des constats qui persistent : le secteur des soins de santé présente malaises et crises latentes, notamment liés au racisme. Ces violences racistes n’épargnent ni les patients,
ni les soignants. Quels sont les mécanismes qui reproduisent un accès différencié aux soins et un traitement inégal entre les membres du personnel ? Les institutions ont-elles tendance à faire passer le bien-être de leur personnel au second plan ?
Interprètes dans les hôpitaux se faire une place
Nicolas BRUWIER
Depuis près de 30 ans, des interprètes professionnels sillonnent Bruxelles au quotidien pour intervenir dans les différents secteurs du non-marchand. Historiquement, le secteur de la santé reste très demandeur. Quelle reconnaissance et quelle place ces interprètes reçoivent-ils de la part des patients et du corps soignant ? Témoignages sur comment installer sa fonction au sein d’une équipe déjà existante.
[Migration] De nouveaux immigrés espagnols en Belgique
Anne MORELLI
L’exemple espagnol nous montre qu’un pays n’est pas éternellement à classer dans les pays d’émigration ou d’immigration. Au gré de la situation sociale et économique (voire politique), il peut être alternativement l’un puis l’autre. L’ouvrage d’Ana Fernández Asperilla et de Susana Alba sur la « croissance économique et la nouvelle émigration espagnole » nous en apporte une preuve convaincante.