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Septembre 2012 | n° 305 | Un monde pour tous
[+] Handicapé clandestin
Xavière Remacle Imprimer Réagir
 
SUPPLÉMENT AU DOSSIER
 
A l’heure où la majorité des handicapés veulent faire oublier leur différence pour être traités le plus possible "comme tout le monde", il est une catégorie qui souhaite ardemment le contraire : les handicapés dits invisibles. Ils ont tous en commun de susciter l’incompréhension, voire le déni, parce que leur handicap n’est pas apparent. Beaucoup d’entre nous ont entendu parler des douleurs chroniques ou des désordres psychiatriques comme les troubles bipolaires, les TOC, les phobies. Mais qui pense à cette catégorie encore plus clandestine, qualifiée par la nosographie d’handicap "léger" et qu’on appelle "les troubles de l’apprentissage" ? Ce qualificatif de léger qui se veut rassurant désespère pourtant celui qui en est atteint. Car léger ne veut pas dire sans lourdes conséquences, en particulier sur la scolarité et l’avenir professionnel.
Article en supplément au dossier
L’enfant dyslexique est déroutant. Il se plaint de difficultés, il entend mal, il voit mal ce qui est écrit au tableau et pourtant l’ophtalmologue ne détecte rien d’anormal, il a de bons yeux et de bonnes oreilles. En réalité, il n’en dispose pas de façon performante parce que son cerveau ne traite pas les informations sensorielles de manière assez rapide et adéquate, c’est ainsi que l’on parle aussi de "trouble instrumental" : difficulté à percevoir les différences entre sons proches, à distinguer des signes proches (a et e, d et b), perceptions tactiles fines, à suivre un rythme rapide, etc.
 
Cette déficience entraîne son cortège de diagnostics : dyslexie (difficulté pour lire et maîtriser la grammaire), dysorthographie (difficulté pour automatiser l’orthographe), dyscalculie (difficulté pour jongler avec le calcul), dyspraxie (difficulté pour automatiser les gestes appris), dysgraphie (difficultés pour écrire), dysphasie (difficulté pour comprendre le langage parlé ou pour utiliser les mots)… et de rééducations diverses (orthophonie, orthoptie, ergothérapie, graphothérapie…).
 
Difficile mais pas impossible
 
Le choix de la préposition DYS n’est pas anodin : il s’agit bien d’une difficulté, pas d’une impossibilité totale. C’est ce qui rend le handicap encore plus déroutant. Certains jours, l’enfant réussit et voilà l’entourage rassuré, mais le lendemain il n’y arrive plus et tous de se plaindre : si seulement il faisait un effort, s’il était plus concentré ! Ce trouble est donc classé au rang des handicaps légers, le plus invisible de tous mais le plus invalidant dans un parcours scolaire. Car pour réussir à l’école, il est plus important d’avoir tout son cerveau que ses deux jambes ! Pour ne parler que du dyslexique par exemple (parmi tous les "dys" existant), celui-ci réussira finalement à lire et à écrire, au prix de lourdes rééducations, mais il ne parviendra jamais à automatiser suffisamment ces activités pour s’atteler à une autre tâche en même temps. Impossible de prendre note tout en écoutant le cours, impossible de lire dans un environnement bruyant. Et surtout, impossible d’exécuter ces tâches rapidement et dans le stress. Or la pédagogie scolaire met l’élève en situation permanente de double, voire triple tâche instrumentale : écouter tout en écrivant, tout en rangeant son classeur, tout en réfléchissant à la question suivante, tout en répondant à son voisin de banc qui essaye de le perturber, etc… Le dys est toujours dépassé. Les professeurs le trouvent lent, distrait, le croient peu intelligent, ou pire : fainéant. Il doit travailler trois ou quatre fois plus pour un résultat souvent (pas toujours) médiocre. C’est un unijambiste dans un club d’athlétisme, traité " comme les autres " par souci d’impartialité.
 
Sans le soutien indéfectible de ses parents, l’échec scolaire est inévitable. Les dys sont unanimes : c’est toujours grâce à leurs parents qu’ils s’en sortent dans le système scolaire: encouragements, cours particuliers, aide à la lecture, adaptation des documents, médiation avec l’école, etc. Les seuls efforts acharnés de l’élève ne suffisent pas, même s’ils sont indispensables. Cette présence constante des parents à leurs côtés, entretient l’idée qu’ils manquent d’autonomie, qu’ils manquent de confiance en eux, qu’ils devraient couper le cordon… alors que les parents ne font que pallier le manque de soutien de l’école elle-même. Oui, ils sont dépendants, pas de leurs parents forcément, mais de la béquille qui va leur permettre de " marcher " comme les autres. Reprocherait-on à un unijambiste de venir à l’école en béquille ? Très souvent, ce sont les parents qui jouent le rôle de la béquille, et c’est dramatique sur le plan du développement de l’estime de soi et de la prise d’indépendance. Beaucoup de jeunes dys sont menacés à l’adolescence par la dépression, voire tentés par la consommation de drogue, persuadés qu’ils sont des bons à rien.
 
Ce déni du handicap est accentué par le sentiment de honte de l’élève dys qui souhaite la clandestinité pour échapper aux quolibets et aux remarques décourageantes. Certains traversent leur scolarité en développant des stratégies d’évitement parfois très efficaces : éviter de lire à voix haute en public, demander les notes du voisin, se mettre au fond de la classe pour ne pas être interrogé, écrire de manière illisible pour masquer les fautes d’orthographe, et ils compensent par un certain " bagout " à l’oral. Ce ne sont pas des resquilleurs ni des glandeurs, ni des tricheurs, mais des élèves en très grande souffrance qui se croient " nuls " et font tout pour donner le change et survivre dans la compétition scolaire.
 
Double pénalité
 
Un handicap invisible fait subir une double pénalité : les désavantages du handicap sans les bénéfices secondaires. En clair : on attribue généralement la réussite de l’handicapé à ses efforts et son échec à sa déficience. Mais pour l’handicapé clandestin, son échec est imputé à son manque de volonté et sa réussite brandie comme une preuve de normalité (tu vois : quand tu veux, tu peux !). Pourtant ce handicap n’est invisible que pour nos yeux de chair. Le développement des techniques d’imagerie médicale qui photographient le cerveau en activité apporte aujourd’hui la preuve irréfutable d’un fonctionnement différent et spécifique aux personnes dys malgré l’absence de lésions, qui persiste à l’âge adulte, même quand le trouble parait surmonté. Il y a donc bien handicap cognitif chronique malgré une intelligence normale ou supérieure. Comment l’expliquer ?
 
Contrairement à la vision traditionnelle du milieu scolaire, les neurosciences nous apprennent que l’intelligence ne forme pas un " tout " : le cerveau assure de nombreuses fonctions différentes réparties dans des zones ultra spécialisées (zone du langage, du calcul, de la musique, etc.). Ces fonctionnalités se divisent en deux familles : celles relatives à la "compréhension" proprement dite (intelligence verbale, raisonnement logique, capacité d’abstraction), et celles relatives à la "vitesse de traitement" des informations sensorielles et cognitives. En cas de trouble dys, par exemple, c’est la vitesse de traitement qui est en dessous de la norme. La topographie du cerveau se décide en fonction de la fréquence d’association des fonctionnalités. Ainsi, pour lire un texte, il faut associer la vue et la mémoire auditive (puisqu’on associe une lettre à un son), les zones de la lecture et du langage seront donc voisines pour se connecter plus rapidement. De même, pour écrire un texte, il faut à la fois automatiser un geste, mais l’associer à la mémoire d’un texte écrit et à son sens verbal. La zone de l’écriture sera donc toute proche de la zone de la lecture et du langage (alors que pour dessiner, on activera une autre zone du cerveau). Un modèle dominant s’est peu à peu dégagé de l’évolution : en devenant droitier pour les activités de précision, l’homme a spécialisé l’hémisphère gauche dans les fonctions d’apprentissage des gestes techniques, ainsi que dans les perceptions fines de proximité : vision de près et focalisation sur les détails indispensables pour lire un alphabet par exemple et distinguer un b d’un d, discrimination fine des sons proches (f et v) indispensable pour comprendre les nuances d’une langue. Il a laissé à l’hémisphère droit le rôle de l’appréhension globale et intuitive du monde.
 
Ainsi notre cerveau droit va interpréter les intonations et comprendre les émotions de l’interlocuteur, tandis que le gauche va analyser le sens de la phrase. A la lecture d’un magazine, le cerveau gauche va lire le texte écrit, et le cerveau droit va observer la mise en page, les couleurs et les illustrations. Même si, dès la naissance, les hémisphères cérébraux sont déjà préparés à cette future spécialisation, elle ne devient opérante que par l’apprentissage scolaire et culturel qui modifie profondément le cerveau. La preuve en est que le cerveau d’un analphabète ne se configure pas de la même manière que celui d’un lecteur averti. Les dys ont apparemment un hémisphère gauche normal et sans lésion, et pourtant il s’active insuffisamment en situation d’apprentissage. De récentes découvertes montrent encore que le cerveau gauche du dys comporte tout de même certaines anomalies, par exemple il est de la même taille que le droit, alors qu’il devrait être plus petit. Un cerveau légèrement plus petit est plus efficace, puisque les trajets neuronaux sont plus courts. On a décelé un surcroît de neurones dans l’hémisphère gauche des dys, sous forme d’ectopies (genre de verrues) qui se concentrent dans les zones dévolues au langage, à la lecture et au calcul. Il est possible qu’en fonction du nombre et de l’emplacement de ces cellules surnuméraires, les troubles dys varient de type et d’intensité. Durant la gestation, tous les fœtus ont deux cerveaux symétriques, et les cellules du cerveau gauche sont censées migrer et être éliminées à un certaine étape du développement sous l’effet d’un signal hormonal. Chez certains fœtus, cette migration ne se déroule pas comme prévu. Le fait que cela dépende des hormones mâles, expliquerait peut-être que les garçons y sont plus sujets que les filles, même s’il y a des filles dys également mais en moindre proportion. On ne sait encore rien sur la cause de cette anomalie, mais il y a une sérieuse suspicion génétique puisque la plupart des " dys " ont des membres de leur famille qui le sont aussi, au moins un des parents ou grands-parents.
 
Comme la commande cérébrale se fait de manière croisée  (le cerveau droit commande la partie gauche, et le cerveau gauche commande la partie droite de notre corps, y compris les yeux et les oreilles), la coordination des membres droits est perturbée et les dys compensent en utilisant l’hémisphère droit qui fonctionne mieux.
 
Au fond, le dys est un droitier du cerveau (une grande majorité sont d’ailleurs gauchers si pas de la main au moins de l’œil ou de l’oreille). Tous les types d’informations sensorielles transitent d’abord par leur cerveau droit. Ce qui le handicape pour les activités scolaires. N’oublions pas que pour être rapides, les connexions neuronales doivent être les plus courtes possibles. Or le traitement de l’information " utile " à l’école est ralenti par ce détour. Pire : il est parasité par des informations périphériques auxquelles le cerveau droit a été attentif (contexte émotionnel, couleurs, images,…). L’élève dys appréhende le monde de manière différente, il retient d’autres informations, et surtout il ASSOCIE au lieu de dissocier. Par exemple, si le professeur d’histoire cite une date, l’élève dys va retenir en même temps le contexte dans lequel cette date sera mentionnée, il ne l’apprendra pas isolément : l’intonation du professeur, l’illustration qu’il aura montrée, les vêtements qu’il portait ce jour-là. Il retiendra cet ensemble globalement comme un tout. C’est une faiblesse car dans cette profusion d’informations sensorielles, il peut perdre " la date " qu’il fallait mémoriser, mais c’est aussi une force, car il peut utiliser ce " don " pour aider la mémorisation (associer le chiffre de la date à un son, une couleur, une émotion), et il n’oubliera plus jamais cette donnée. Malheureusement à l’école, on va lui demander en permanence de faire abstraction des informations " parasites ", ce qui va épuiser son cerveau et diminuer sa concentration. Les élèves dys apprennent et retiennent beaucoup mieux en situation réelle. Pour reprendre l’exemple du cours d’histoire, ils profiteront davantage d’une visite au musée ou d’un voyage sur les sites historiques parce qu’ils vont mobiliser tous leurs sens en même temps. Dans ces conditions, leur mémoire est étonnante, surtout à long terme. Par contre, en situation de performance scolaire, son attention à l’environnement va le desservir. Il aura besoin de silence, d’un minimum de distracteurs (murs blancs, etc.) et de faire une tâche à la fois (écouter OU écrire).
 
Pédagogie différenciée
 
Les difficultés des dys mettent le doigt sur les failles pédagogiques de nos écoles qui ont été davantage conçues pour évaluer des aptitudes innées que pour enseigner réellement. Pendant des décennies, on a invité des élèves à lire, écrire, calculer par " imitation " de l’adulte, c’est-à-dire " intuitivement ", pour ensuite constater que certains n’y arrivent pas et déclarer forfait. On disait autrefois : " il n’est pas très doué ", " il n’a pas la bosse des maths ", avec un certain fatalisme. Mais quel mérite y a-t-il à enseigner à des élèves doués qui auraient pu aussi bien apprendre tout seuls ? Où est la responsabilité de l’enseignant à part les mettre au travail : " prenez une feuille et écrivez " ? La méthode d’apprentissage des " gestes mentaux " (lire, écrire, calculer) qui est habituelle, c’est-à-dire par immersion et imitation, convient au cerveau gauche fonctionnel qui sait d’emblée ce qu’il faut faire, mais pas au cerveau " dys " qui a un rapport à la langue (pour la dyslexie et la dysphasie) ou au geste (pour la dyspraxie) comme à une langue étrangère. Cela signifie que l’enseignant doit expliquer le fonctionnement sous-jacent de la langue, comme un kinésithérapeute décompose un mouvement du corps étape par étape en rééducation.
 
Prenons quelques exemples. D’abord le geste d’écrire. La plupart des enfants apprennent à écrire en reproduisant le geste de la maîtresse au tableau (" faites comme moi "). Un dyspraxique n’a pas l’intuition du geste, il a besoin qu’on le lui explique étape par étape, oralement et guidé au toucher. Tant que la maîtresse se contentera de dire : "fais comme moi ", il n’y arrivera pas. Un autre exemple, celui de l’orthographe. Un cerveau " normal " retient l’orthographe d’usage à force de lecture, il photographie les mots et les enregistre après quatre ou cinq fois. Ensuite, il SAIT comment s’écrit le mot parce qu’il l’a visualisé définitivement sous forme globale, il a associé pour toujours l’image du mot écrit et sa prononciation. Un dys n’apprend pas en lisant beaucoup, il ne peut pas photographier le mot, sauf peut-être après des milliers de visualisation. Il a donc besoin d’apprendre l’orthographe à l’aide de la logique, et d’une façon méthodique : étymologie (étudier ensemble tous les mots qui viennent du grec), famille de mots qui se ressemblent par sons, etc. Il a besoin d’associer l’orthographe à des images, des couleurs, bref tout ce qui mobilise son cerveau droit. Avec une méthode intuitive (lire et préparer des dictées aléatoires), il sera noyé comme dans le brouhaha d’une langue étrangère aux sons indistincts. Evoquons aussi l’exemple si répandu de ces professeurs de maths qui répètent inlassablement ce que l’élève n’a pas compris dans les mêmes mots, sous prétexte que c’est tellement simple et évident ! La réalité c’est que le professeur de maths n’a jamais pris conscience de la façon dont il réfléchit, il fait des maths intuitivement. Il se trouve donc incapable d’aider le dyscalculique.
 
Si l’enseignant utilise une méthode adéquate pour le dyslexique, c’est-à-dire une méthode beaucoup plus explicite, non seulement il va l’aider mais il va accélérer l’apprentissage des autres élèves qui profiteront  de tous ces outils de soutien et trouveront que " c’est tellement plus clair comme ça !
 
Les troubles dys sont un véritable défi pour un pédagogue car il pose la question du fonctionnement du cerveau en apprentissage et pousse à améliorer les méthodes. Ne dit-on pas que les meilleurs enseignants étaient cancres à l’école ? Aujourd’hui se développe d’ailleurs une nouvelle discipline qui répond au nom d’orthopédagogie et s’intéresse aux pédagogies les plus adéquates pour les élèves en difficulté.
 
Il est clair que moyennant quelques aménagements parfois très simples, l’élève dys peut réussir, même brillamment, à l’école : caractères plus grands et plus espacés, utilisation des couleurs, de la musique,  examens oraux, utilisation de l’ordinateur, plus de temps pour les examens,… il suffit de respecter la façon dont son cerveau fonctionne, plutôt que d’aller contre lui. Mais ces aménagements sont bien souvent refusés sous prétexte que ce ne serait pas juste pour les autres. En réalité, le monde enseignant résiste à reconnaître qu’il s’agit d’un handicap à part entière, par méconnaissance des avancées neurologiques. On pourrait penser que la création de l’enseignement spécial de type 8 (pour les troubles instrumentaux) est une avancée. Mais c’est une solution à double tranchant. Le point faible du type 8 c’est qu’il s’arrête en fin de primaire, laissant croire que le trouble dys " disparaît " avec la rééducation et surtout avec la puberté. Le retour dans l’enseignement et son rythme impitoyable est souvent un choc. L’autre inconvénient de l’existence de l’enseignement spécial c’est qu’il dédouane l’enseignement ordinaire de toute responsabilité d’adaptation, alors qu’il est possible de créer une école pour tous, en particulier pour des handicaps " légers ".
 
C’est un véritable problème de respect des droits de la personne. En 2008, un décret anti discrimination a imposé aux écoles l’obligation de tenir compte de la spécificité dys dans la façon d’enseigner et surtout d’interroger et d’évaluer. Récemment, l’épreuve du CEB a été adaptée à leurs besoins et informatisée. L’Université catholique de Louvain a même mis au point un passeport " dys " qui donne le droit à des aménagements. Malheureusement, en 2012, les moyens ne sont pas encore mis en œuvre pour faire appliquer réellement ce décret, car il est difficile de faire pression sur les écoles. Les élèves dépendent beaucoup de la bonne volonté et de l’esprit d’ouverture des enseignants. En secondaire, il faut négocier avec autant d’enseignants qu’il y a d’options, c’est le parcours du combattant ! Le parcours scolaire des dys est trop souvent chaotique (changement fréquent d’écoles).
 
Neurodiversité : la revanche des dys
 
Les études révèlent un taux constant de 10 % de dys dans toutes les populations, quelle que soit la langue, la culture, la méthode pédagogique utilisée. Cette proportion est trop constante et trop importante pour représenter un " défaut ", et les dys écrasés à l’école sont par ailleurs si talentueux voire géniaux dans d’autres domaines que certains en viennent à penser qu’il s’agit plus d’un don que d’une déficience, un don que notre système scolaire ne veut pas accueillir.
 
Surreprésentés parmi les créatifs, les chercheurs, les artistes, les politiciens, et grâce aux neurosciences, les dys prennent confiance en eux depuis une décennie ou deux, et revendiquent une véritable identité " neurologique " minoritaire. Il n’y a plus de honte à être dys, mais de la fierté à se rattacher à la famille des prestigieux Da Vinci, Rodin, Darwin, Churchill, Einstein… Un nouveau concept est né, celui du respect de la neurodiversité : à chacun son cerveau et sa manière d’apprendre. A l’école de s’y adapter et d’en faire une richesse. Etre dys n’est plus un défaut mais un atout pour la société, et ils intéressent les recruteurs dans certains secteurs (à la NASA notamment).
 
Nous entrons probablement dans une ère nouvelle, car les dys se sont véritablement emparés du secteur informatique (Bill Gates et Steve Jobs sont dys) et ont créé un outil qui convient parfaitement à leur mode de fonctionnement tout en séduisant le reste de l’humanité. Tous les parents de dys le diront : maladroit, mal à l’aise, lent devant un cahier, leur enfant se métamorphose devant un ordinateur. Il excelle en jeux vidéos, il apprend même à lire et à écrire, il organise son bureau, il dactylographie plus vite qu’il n’écrit manuellement. Il aime mettre ses notes en couleurs, il jongle avec Photoshop et PowerPoint. Il a tout découvert tout seul, on n’a pas dû lui expliquer. Il est enfin AUTONOME ! L’école se laisse peu à peu convaincre de la pertinence de cet outil pour les aider en classe et pourquoi pas pour aider tous les élèves sans distinction. Par ce truchement, ils sont même valorisés en classe car ils ont pris un peu d’avance sur la technologie. Pour exemple, cette anecdote récente. Un élève de primaire dysgraphique demande la permission de remettre ses devoirs dactylographiés par traitement de texte. L’institutrice se laisse convaincre. Il remet un texte très bien présenté. Séduite, l’institutrice propose à tous les élèves qui le désirent de faire de même, parce que c’est tout de même drôlement plus agréable à corriger comme ça ! C’est un peu la revanche des " dys ".
 
Hermétiques aux formatages
 
D’où vient cette incroyable créativité des dyslexiques, pourquoi sont-ils si nombreux à avoir apporté des changements à la société ? Probablement parce que leur cerveau ne parvient pas à automatiser les acquis culturels, ce qui leur donne une grande capacité à voir les choses d’un œil différent et critique. Ils sont plus difficilement " conditionnables ". Pour s’en sortir dans la vie, ils doivent emprunter des chemins de traverse et trouver leurs propres méthodes.
 
Surreprésentés dans les hautes sphères, ils le sont hélas aussi dans les prisons. L’éclat des génies ne doit pas nous faire oublier la grande majorité qui souffre, cassée par le système scolaire qui a nié leur différence pour les faire rentrer dans le moule. A l’heure actuelle, le monde enseignant ne veut reconnaître le fonctionnement dys ni comme un handicap (plutôt " manque d’effort ") ni comme un don (plutôt manque d’intelligence), malgré que ce handicap soit reconnu par la loi et que des aménagements soient prévus par un décret.
 
Le déni du handicap dans nos écoles est un phénomène éminemment culturel, car les dys ne sont pas dans les mêmes conditions selon les systèmes d’écriture. Certains leur sont plus accessibles que d’autres, par exemple les idéogrammes qui mobilisent le cerveau droit, ou l’italien dont l’orthographe est transparente. Plus une société valorise les fonctions de l’hémisphère gauche (analytique et livresque), et disqualifie les compétences de l’hémisphère droit, plus les dys sont exclus. En cette matière, la francophonie est la plus maltraitante : survalorisation de la pensée linéaire et discursive, de l’expression écrite et d’une orthographe absconse, dévalorisation de la pensée analogique en arborescence.
 
L’enjeu de l’intégration des dys à l’école dépasse la question de la reconnaissance du handicap, elle remet en question la prééminence de la communication écrite qui s’est imposée massivement avec l’obligation scolaire et pose la question de la place de la créativité dans notre société. Cette intégration suppose un véritable changement de paradigme. Mais ce changement a déjà eu lieu dans la société extérieure. Les dys ont beaucoup à apporter pour inciter l’école à se mettre en phase avec l’époque et à sentir les courants futurs.
 
Xavière Remacle
 
Les "dys" célèbres (liste non exhaustive):
Pourquoi cette liste ? D’abord pour convaincre la société qu’un trouble d’apprentissage n’a rien à voir avec l’intelligence et rime parfois avec génie, ensuite pour aider les enfants dys à s’identifier positivement, leur montrer une réussite personnelle et sociale possible dans les moments de découragement.
 
Les scientifiques :
Einstein, Galilée, Edison, Darwin, Pasteur, Stephen Hawking, Graham Bell
 
Les écrivains :
Agatha Christie, Jules Verne, Hemingway, Pennac, Weber, Andersen, Flaubert, Edgard Poe
 
Artistes comédiens:
Whoopi Goldberg, Nathalie Baye, Tom Cruise, Steve Mc Queen, Stallone, Orlando Bloom, Daniel Radcliffe, Elijah Wood, Dujardin, Dustin Hoffman, Robin William, Marlon Brando, Anthony Hopkins, Bill Cosby, Jack Nicholson
 
Musiciens :
Beethoven, Mozart, Richard Strauss, John Lennon, Hughes Aufray,
 
Réalisateurs :
Luc Besson, Spielberg, Walt Disney,
 
Informatique et entreprise :
Bill Gates et Steve Jobs, William Hewlett (Hewlett Packard)
 
Politiciens :
Churchill, Kennedy, Roosevelt, Benjamin Franklin, Edouard VII, le prince Charles d’Angleterre et son fils Harry, Eisenhower, Wilson
 
Peintres, sculpteurs :
Da Vinci, Picasso, Rodin, Michel-Ange,
 
Index
  • Orthopédagogie : l'ensemble des méthodes et procédés d'enseignement qui visent à permettre aux enfants, aux adolescents et aux adultes aux prises avec des difficultés ou des troubles d'apprentissage, de pallier ces entraves et de développer au mieux leurs potentialités.
  • Dyslexie : trouble persistant d’automatisation de la lecture et de l’expression écrite.
  • Dysorthographie : trouble persistant de l’acquisition de l’orthographe.
  • Dyscalculie : trouble persistant de l’apprentissage du calcul.
  • Dyspraxie : trouble persistant de coordination et d’automatisation des gestes appris.
  • Dysphasie : trouble persistant d’acquisition du langage oral.
  • Dysgraphie : trouble persistant d’automatisation de l’écriture.
  • Orthophoniste ou logopède : thérapeute des troubles de la communication liés à la voix, à la parole et au langage oral et écrit.
  • Graphothérapie : rééducation des troubles de l’écriture et du graphisme.
  • Orthoptie : rééducation de la motricité oculaire qui  utilise le développement de la motricité, les postures, l’ergonomie, et les exercices physiques afin d’améliorer tous les aspects de votre performance visuelle.
  • Optométrie fonctionnelle : service oculaire et visuel qui inclut la réfraction et la fourniture des équipements optiques  et la réhabilitation du système visuel.
  • L'ergothérapie : profession de santé évaluant et traitant les personnes afin de préserver et développer leur indépendance et leur autonomie dans leur environnement quotidien et social.
  • Neuropsychologue : psychologue spécialisé dans les fonctions mentales supérieures dites cognitives,  dans leurs rapports avec les structures cérébrales.
  • Neuropédiatre : médecin spécialisé dans le traitement de maladies ou d’handicaps d'enfants d'origine neurologique (cérébrale ou vertébrale): troubles d’apprentissage, hyperactivité, mais aussi des maladies plus graves comme l’épilepsie ou le spina bifida.
 
Pour en savoir plus
Les livres
  • Le cerveau atemporel des dyslexiques, Chantal Wyseur, DDB, 2009.
  • Le don de dyslexie, R.D.Davis, La méridienne, DDB, 2009.
  • Les neurones de la lecture, Stanislas Dehaene, Odile Jacob, 2007.
  • Apprendre à lire, Stanislas Dehaene, Odile Jacob, 2011.
  • La bosse des maths, Stanislas Dehaene, Odile Jacob, 2003.
  • La bosse des maths 15 ans après, Stanislas Dehaene, Odile Jacob, 2012.
  • Eduquer un enfant différent, France Hutchinson, Béliveau, Montréal 2010.
  • L’enfant dyspraxique, mieux l’aider à l’école et à la maison, Caroline Huron, Odile Jacob, 2011.
  • Mal à penser, mal à être, Danielle Flagey, Erès, 2007.
  • Dessiner grâce au cerveau droit, Betty Edwards, Mardaga, 2004.
  • L’enfant dyspraxique et les apprentissages, Michèle Mazeau et Claire Le Lostec, Elsevier Masson, 2010.
  • Comprendre et accompagner l’élève gaucher, Michel Galobardes, Hachette éducation, 2007.
  • Mon cerveau ne m’écoute pas, Sylvie Breton et France Léger, Ed. du CHU Sainte-Justine, Montréal, 2007.
  • Dys/10 le parcours de mon enfant dyslexique, Odile Golliet, collection de facto Jacques André éditeur, 2009.
  • L’école des illusionnistes,Elisabeth Nuyts.
  • S’adapter en classe à tous les élèves dys, Alain Pouhet, Scéren, 2011.
  • Dyslexie le cerveau singulier, Michel Habib, Solal éditeur, 1997.
  • La dyslexie à livre ouvert, Michel Habib.
  • Le cerveau sur mesure, Jean-Didier Vincent et Pierre-Marie Lledo, Odile Jacob, 2012.
  • Approche neuropsychologique des troubles d’apprentissage, Solal éditions, 2010.
  • Maladresse et dyspraxies de l’enfant, Serge Della Piazza, L’Harmattan, 2011.
  • Dessiner avec son cerveau droit, Betty Edwards, Mardaga, 2002.
  • Chagrin d’école, Daniel Pennac, Gallimard, 2007.
  • Les étonnants pouvoir de transformation du cerveau, Norman Doidge, Belfond, 2008.
 
Les sites d’information et de soutien 
 
Les documentaires DVD
C’est pas sorcier : les troubles dys (diffusée le 24 juin 2012).
Maux de lettres, mots de l’être (par fondation Dyslexie).
 
Les CD rom
Le mystère des lettres perdues : un jeu sur CD Rom qui aide le dys à mieux se connaître,  guidé par le personnage de Tintin:
 
Les vidéos en ligne 
 
Un film d’animation en anglais qui explique les différences entre les deux hémisphères :