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Mars 2017 | n° 335 | Quelle politique culturelle voulons-nous ?
Saupoudrage culturel ?
Entretiens avec Fadila Laanan et Rachid Madrane Imprimer Réagir
Deux mêmes questions posées à Fadila Laanan, ministre-présidente de la Cocof chargée de la Culture, et Rachid Madrane, ministre de la Promotion de Bruxelles à la Fédération Wallonie-Bruxelles.
AI : La diversité culturelle est une matière transversale en politique en ce sens qu’on la retrouve chez les ministres responsables de la Culture, de la Cohésion sociale, et même de la Promotion de Bruxelles. Cette transversalité peut entraîner des effets pervers : variation des définitions et des perceptions en fonction du ministre, risque d’instrumentalisation politique de la diversité culturelle, saupoudrage... Que répondez-vous à ces critiques ?

Fadila Laanan : Je relativiserais ces critiques, en ce sens qu’elles pourraient s’appliquer à l’ensemble des compétences qui se trouvent réparties entre différents niveaux de pouvoirs. La complexité de notre système institutionnel peut en effet engendrer un manque de cohérence dans les dispositifs mis en place. C’est la raison pour laquelle la concertation est à mon sens un mécanisme indispensable qui doit être systématisé autant que possible.

Les exemples que vous évoquez ne me semblent peut-être pas les plus adéquats pour illustrer le propos. Au niveau du gouvernement bruxellois et de la Cocof, nous nous sommes précisément entendus pour déployer conjointement des dispositifs de grande envergure, tels que l’année thématique Diversité, ou encore l’appel à projet pour la promotion du dialogue interculturel et du vivre ensemble. Ces initiatives procèdent d’une même vision de la cohésion sociale et de la culture, basée sur la participation culturelle et le travail de médiation en direction de tous les publics.

Rachid Madrane : C’est vrai, le fait d’être une matière transversale a des effets pervers. Cette situation tient à la complexité institutionnelle de notre pays. Mais il y a moyen de dépasser ces obstacles, en lançant des ponts, en étant transversal. C’est comme cela que je veux travailler. Je l’ai fait quand j’étais ministre de la Culture à la Cocof sous la législature précédente, lorsque j’ai présenté le Plan Culturel que j’avais développé pour Bruxelles.

Aujourd’hui encore, en tant que ministre de la Promotion de Bruxelles, cette vision reste mon fil rouge. A côté de la diversité et de la francophonie, la transversalité est le troisième axe que j’ai défini pour construire cette nouvelle compétence qu’était la Promotion de Bruxelles lorsqu’elle m’a été confiée. Mon objectif est de créer des synergies avec toutes les compétences de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en collaboration avec tous les ministres du gouvernement.

La transversalité, c’est aussi toute la philosophie d’un projet comme Mixity[1]. Sven Gatz, le ministre flamand de Bruxelles, qui est donc mon homologue, et Rudi Vervoort et Guy Vanhengel, en charge du Tourisme et de l’Image de Bruxelles au gouvernement bruxellois, ont tout de suite répondu « oui » quand je leur ai proposé de s’associer à l’organisation de l’année thématique. La Cocof pour les Bruxellois francophones a également suivi. Il n’y a pas d’accord de coopération. Juste l’envie d’avancer tous ensemble pour faire rayonner Bruxelles.

Vu le thème, il était important de trouver un maximum de collaborations. Sur un territoire comme celui de notre Région, il faut unir nos forces et maintenir le dialogue entre Bruxellois au-delà de nos appartenances communautaires et des différents niveaux de pouvoir. Ce que nous mettons en place n’aurait pas été possible il y a encore quelques années. Mais la vision des responsables politiques bruxellois a changé.
 
AI : La diversité culturelle est une richesse à promouvoir, notamment à travers la politique culturelle. Cependant cette évidence n’est pas partagée par tous... Comment faites-vous pour la défendre malgré tout ?

Fadila Laanan : Il est vrai que des tendances idéologiques contraires s’affrontent de manière forte en Région bruxelloise. Le discours ambiant favorise les simplismes, les préjugés de tous bords et le rejet de la différence. Or, ce discours de type populiste est d’une efficacité redoutable, parce qu’il joue sur les peurs et les réflexes de base. Le travail que nous devons mener pour promouvoir cette culture de la Diversité suppose donc une vigilance de chaque instant et un effort dans la durée. Nos meilleures armes sont l’éducation et la culture, mais il s’agit bien sûr d’un projet sur le long terme.

Rachid Madrane : J’ai fait de la diversité un axe fort de la politique en Promotion de Bruxelles. Bruxelles est une ville laboratoire, où peut se vivre une diversité positive, même si elle n’est pas sans tensions – je ne vais pas les nier. Mais l’identité bruxelloise est faite de multiples facettes que je veux mettre en lumière pour en montrer la richesse.

Mixity est un plaidoyer pour la défense de la diversité. C’est une fenêtre ouverte sur une diversité positive, heureuse. Ma volonté, c’est d’intéresser à la fois le touriste, le fonctionnaire européen, le Flamand, le Wallon, le Bruxellois, pour le convaincre de cette richesse.
 
Entretien avec Fadila Laanan et Rachid Madrane
 
Note
[1] Voir le programme 2017 sur www.mixity.brussels