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Mars 2017 | n° 335 | Quelle politique culturelle voulons-nous ?
Une politique culturelle résolument jeune  et interculturelle
Nathalie Heusquin Imprimer Réagir
"Ceci n’est pas un jeune" : un cri poussé par des animateurs de jeunes, furieux de l’image négative entretenue par les médias, la classe politique et encore trop souvent colportée dans la population. "Jeunes en décrochage scolaire ", "jeunes chômeurs", et plus récemment "jeunes radicalisés et terroristes"… La volonté de mettre en place des actions culturelles qui déconstruisent ces images mais aussi de donner aux jeunes la parole et un rôle dans la société.
Depuis 2011, des Maisons de jeunes (MJ) de Bruxelles se rassemblent pour développer le projet collectif « Ceci n’est pas un jeune » (CNEPUJ). Un projet qui se déroule en deux phases : la première consiste à mettre en place des dynamiques de réflexion, d’expression et de création avec les jeunes des MJ et autres associations de jeunes sur des thématiques de société différentes pour chaque édition, la seconde à organiser collectivement des moments de diffusion des créations culturelles de jeunes.
 
Coup d’œil dans le rétroviseur

En 2011, XL’J, la MJ Ganshoren, la MJ Vision, la MJ NOH et le CJ du CEDAS appuyés par la Fédération des Maisons de Jeunes en Belgique francophone (FMJ) et la Cie des Nouveaux Disparus organisent le premier festival CNEPUJ sur différentes thématiques liées à la politique d’égalité des chances et de diversité de la Région de Bruxelles-Capitale. 150 jeunes y présentent leurs productions culturelles. Un film et une pièce de théâtre qui parlent d’homosexualité, un reportage sur une aventure théâtrale intergénérationnelle, plusieurs capsules vidéo sur les stéréotypes jeunes, et plein d’expressions jeunes : graff, rap, calligraphie…

En 2013, naît l’envie de recommencer, le partenariat s’étoffe. Des organismes d’éducation permanente, une AMO, un Centre culturel, de nouvelles MJ s’intègrent au collectif CNEPUJ. Un appel à projet de la cellule Egalité des Chances et Diversité permet de soutenir les projets dans les associations, l’entreprise collective et l’organisation du Festival. Une dimension formation des animateurs prend place pour mieux travailler avec les jeunes les questions de discrimination. Le 8 mars 2014, a lieu le festival CNEPUJ #2, place Flagey. Une programmation encore plus variée, l’accueil d’associations communautaires d’Africains de Belgique, néerlandophones et européennes. 200 jeunes créateurs, 400 jeunes européens, plus de 1 000 spectateurs.

Eté 2015, quelques mois avant les attentats de Paris, les principaux protagonistes se retrouvent et émettent l’idée d’un troisième projet pour refaire du lien entre les groupes qui se replient sur eux-mêmes, et y travailler les questions d’identités, de citoyenneté et d’interculturalité.
La dynamique CNEPUJ est ancrée dans une politique culturelle de jeunesse, celle défendue par la FMJ et soutenue par la Fédération Wallonie Bruxelles (FWB) dans le cadre du décret des Maisons de Jeunes[1] : faire des jeunes des citoyens responsables actifs, critiques et solidaires (CRACS) par le développement de pratiques socioculturelles et de création.

Bien évidemment dire aux jeunes qu’on va faire d’eux des CRACS ne marche pas. C’est en leur offrant des expériences de vie et des processus de travail qui les amènent petit à petit à comprendre le monde et à se forger un esprit critique qu’on arrive à les faire avancer dans cette voie. C’est aussi en leur permettant de prendre place et de prendre parole dans l’espace public pour revendiquer un monde plus juste qu’ils peuvent devenir des acteurs à part entière de la société.
 
Ceci n’est pas un jeune #3

C’est de loin le projet le plus ambitieux CNEPUJ qui est en passe de se finaliser. Plus de 18 mois de travail en groupe de coordination[2]. Une cinquantaine d’organisations impliquées, 40 groupes de jeunes en création culturelle, plus de 500 jeunes sur scène… Mais derrière ces chiffres et résultats, il y a des finalités, des objectifs, des valeurs, des processus et des démarches qui relèvent d’une politique culturelle de la jeunesse.
 
Le projet poursuit 5 objectifs :
  • Diffuser les créations culturelles des jeunes et promouvoir leur potentiel créatif auprès du grand public.
  • Créer des espaces de débat sur l’acceptation de l’autre, sur l’ouverture à la différence, sur le respect, sur la place des filles et des garçons, mais aussi questionner les identités, les codes culturels et religieux.
  • Créer une rencontre entre des jeunes de différents quartiers bruxellois en allant à l’encontre des dynamiques territoriales cloisonnantes et en favorisant la mobilité des jeunes dans la ville et l’appropriation de lieux et de l’espace public.
  • Permettre à chaque jeune de trouver sa place dans la société, une place reconnue, valorisante et valorisée.
  • Favoriser la déconstruction des stéréotypes sur les jeunes.
  • On peut pointer 3 types de processus mis en place pour ce troisième projet.
  • Des processus de réflexion, expression et création des jeunes encadrés par des animateurs et des artistes, dans chaque organisation partenaire sur des thématiques qui concernent les jeunes (ici, les questions d’identités, de citoyenneté au sens noble du terme et d’interculturalité).
  • Un processus de formation pour les animateurs, donné en grande partie par le CBAI, abordant des thèmes tels que le radicalisme et le terrorisme, l’anthropologie des religions, les enjeux identitaires et interculturels dans le travail avec les ados, la liberté d’expression et le droit à l’humour, le travail de citoyenneté et la pratique du débat avec les ados…
  • Des rencontres de jeunes provenant des organisations partenaires et ce afin de leur permettre de s’ouvrir aux autres et se décentrer dans une démarche interculturelle.
Les jeunes au cœur du festival

La démarche suivie veille à placer les jeunes au centre du projet : ce sont eux les artistes du Festival. Nous accueillons également tout groupe en visant une diversité de jeunes de 12 à 30 ans. Des filles, des garçons, black, blancs, beurs et métis, athées, cathos, musulmans, juifs, bouddhistes… Des jeunes de différentes classes socioéconomiques, de différents quartiers de Bruxelles, de Liège, de Waterloo, de Paris et de St-Brieuc (Bretagne), de différents capitaux culturels mais en s’assurant que chacun soit traité à égalité. Car il s’agit de favoriser des modes d’expression diversifiés et mélangés. Piloter le projet en collectif et de manière démocratique, c’est aussi créer un désir de coopérer chez les animateurs.
 
Confiance et pacification

Par ce projet, les partenaires de CNEPUJ réclament une politique culturelle et de jeunesse qui puisse répondre aux défis que notre société rencontre : égalité entre citoyens, confiance face aux évènements d’actualité et au monde politique, pacification des relations intracommunautaires.

Face à la complexité du monde et à la modification des rapports entre groupes humains, face à la montée des extrémistes et du terrorisme qui gangrènent le vivre ensemble, face à des politiques sécuritaires qui ne produisent pas plus de sécurité mais surtout de l’anxiété, la réponse se doit d’être culturelle.

Assurer l’effectivité des droits culturels des plus jeunes semble une évidence mais ne l’est pas encore. Nous rêvons encore d’une démocratie culturelle où chacun.e puisse être créateur de culture et reconnu pour tel.
 
Nathalie Heusquin
Fédérations des Maisons de Jeunes en Belgique francophone // FMJ asbl
 
Notes
[1] Décret déterminant les conditions d’agrément et de subventionnement des maisons de jeunes, centres de rencontres et d’hébergement et centres d’information des jeunes et de leurs fédérations du 26/08/2000.
[2] Associations à la coordination de CNEPUJ #3 : FMJ, Cie des Nouveaux Disparus, CBAI, Tremplins, CEDAS, MJ Ganshoren, MJ Vision, Foyer des Jeunes de Marolles, Cité des Ecrits. Associations participantes : MJ Antirides, MJ Antichambre, MJ NOH, MJ Forest, MJ Mosaïc, MJ Regard, XL’J, MJ Laïque Juive, Katch Music, MJ de Waterloo, Collectif Mixité (MJ’s de Liège) , Confédération parascolaire, plateforme ça tourne (CFA), FBIA, Loupiote, Centre culturel l’Entrela, Zin TV, La Rue, Solidarcité Schaerbeek, Arthé, Silenzio, Conseil des Jeunes d’Ixelles, Couleurs Jeunes, Dynamo International, Ligue des Droits de l’Homme, Infor Jeunes Schaerbeek, Mentor Escale, Parlons Jeunes, Plateforme NO HATE, Plateforme pour le Service citoyen, PointCulture, Jeunesse Nomade, les 10 Centres de jeunes et communautaires de Bravvo, FDMJC22 (France), Urbant Talent (France)…