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Décembre 2017 | n° 338 | Comment prévenir le radicalisme violent ? Des questions derrière la question
Prévenir une menace ou faire "le pari de l’autre"?
Alexandre Ansay Imprimer Réagir
Dans le contexte de prévention du "radicalisme violent", que peuvent les pratiques associatives ? Que ne peuvent-elles pas ? Quelques réponses à travers une lecture qui emprunte principalement à la clinique de l’ethnopsychiatrie selon Tobie Nathan, l’un de ses principaux représentants.
Si les événements tragiques que nous avons connus ces dernières années ont fait apparaître de façon spectaculaire une déchirure du corps social – déjà mis à mal par d’autres forces, plus discrètes celles-là – ils ont également produit, sur les métiers du social et de la santé (et sur d’autres encore), des " effets de contexte ". Ces derniers ne se déploient pas dans quelques recoins de l’espace social. Ils s’invitent bel et bien dans le texte de nos pratiques pour jouer les trouble-fêtes. Ainsi, au nom de la lutte contre le " radicalisme violent ", il est de plus en plus question pour les travailleurs sociaux au contact avec des populations dites " à risque ", d’effectuer des " signalements ". Nous voilà sommés de répondre à l’urgence d’une nouvelle forme d’arraisonnement : face aux abîmes qui nous cernent, il faut serrer les rangs et qu’importent les frontières déontologiques de nos métiers respectifs.

Alors qu’en est-il des pratiques associatives, notamment lorsqu’elles sont priées de s’aligner sur des objectifs de politique publique dédiés tantôt à la " prévention de la criminalité ", tantôt à des finalités purement sécuritaires ? Devront-elles également livrer bataille et viser certains " individus menaçants " ? Que peuvent-elles ? Que ne peuvent-elles pas ? Quels sont les éléments (singularités du parcours de vie, stratégies individuelles, structure familiale, contexte social, problématique juridique, pratique religieuse, nature de la divinité) qui apparaissent lorsque nous avons affaire à ces individus ? Comment définir celles et ceux auxquels nous adressons nos propositions thérapeutiques, éducatives et sociales ? Des " aliens " effrayants ? Des individus effectivement dangereux qu’il nous revient d’identifier ? Des êtres en péril auxquels il s’agit d’adresser des propositions de reconstruction ? Et, si tel est le cas, pour quels types de forces et de groupes ces âmes damnées constituent-elles une prise ? Comment expliquer que ces individus ou groupes d’individus soient autant perméables à ces captures que nous comprenons comme un maléfice de l’appartenance ?
 
Plutôt comprendre que juger

Devant ces actes de destruction et d’anéantissement, nous pouvons évidemment ressentir de l’effroi et de l’indignation et nous situer sur le registre du jugement et de la condamnation. Cependant, tout citoyen que nous sommes, en tant que travailleur social ou thérapeute, il faut approcher celles et ceux qui se présentent à nous dans le local de formation ou dans le colloque singulier d’une consultation, dotés d’une grille de lecture et d’outils de compréhension. Cette distinction entre le " juger " et le " comprendre " a souvent été mise à mal par certains responsables politiques lesquels, dans les médias (sociaux), en ont appelé à la sauvegarde de nos droits et libertés fondamentales. Point n’était besoin de nuancer, l’heure était à la condamnation !

Si comprendre, c’est avancer sur des chemins incertains en ouvrant des questionnements et, tout au long de ce cheminement, construire des hypothèses, alors oui nous avons bien l’intention de comprendre ce qui se joue dans le passage du mot d’ordre de lutte contre le " radicalisme violent " aux questions que soulève le travail visant à la formation, par des acteurs sociaux aux prises avec des enjeux de reconnaissance, d’" images du monde ".

Car, aussi légitime et prégnante que soit cette préoccupation sécuritaire, les travailleurs sociaux qui œuvrent par exemple dans le cadre de projets de cohésion sociale sont aux prises avec d’autres enjeux qui les situent sur un autre terrain. C’est en tout cas ce que révèle un travail d’écoute et d’exploration des pratiques associatives. Plus précisément d’images, que nous avons désignées comme des " images du monde ". Les pratiques associatives peuvent être lues en tant que ce qui s’y joue renvoie à la production d’images / textes, c’est-à-dire d’images qui en disent beaucoup sur celles et ceux qui les fabriquent, sur le monde qui est le leur, le monde qu’ils souhaitent voir advenir ou le monde dans lequel ils essayent de surnager.
 
Un phénomène à plusieurs composantes

Il ne s’agit pas ici de refaire une énième exploration des processus qui entraînent des âmes perdues dans le délire totalisant des pulsions mortifères. Cependant, il est utile de rappeler un ensemble d’observations pour nous aider à comprendre ce que peut le travail social et ce qu’il ne peut pas.

Tout d’abord, le phénomène que recouvre l’expression " radicalisme violent " renvoie à une réalité complexe dont les composantes doivent être distinguées pour bien comprendre ce sur quoi nous pouvons avoir prise et ce qui dépasse la portée de nos pratiques. Pour effectuer ce travail, nous pouvons nous appuyer sur les travaux de l’islamologue Younous Lamghari1 lequel décrit les différentes sphères constitutives du processus de radicalisation violente. Selon son analyse, ces sphères sont de quatre ordres : identitaire, religieuse, géopolitique, socioéconomique et politique. L’individu, capturé par l’emprise sectaire, est pris sous l’influence de ces différents éléments qui interagissent à des degrés divers selon les situations.

En tant que travailleur social, je considère que c’est plus sur le champ identitaire que nous sommes en mesure d’intervenir. En tout cas, plus sur ce champ-là que sur les autres, vis-à-vis desquels il me semble bien moins évident de produire des effets. C’est en ce sens qu’il nous faut reconnaître l’existence d’une " butée ", laquelle me semble nécessaire dans la mesure où elle doit nous permettre de pouvoir dire " non " à ce qui nous est de plus en plus demandé, lorsque nous sommes " pris " sous l’effet d’un arraisonnement à des objectifs de nature préventive et/ou sécuritaire.
 
Le proche et le lointain

Ensuite, si l’on se situe dans le cadre de la perspective géostratégique, le phénomène qui nous affecte ici apparaît comme la partie externe d’un " corps " qui se débat ailleurs. Nous sommes face à une réalité qui dépasse évidemment les frontières de l’Etat belge. Ce qui se joue ici, et que les travailleurs sociaux observent dans les interactions qui les mettent aux prises avec les publics auxquels ils adressent leur proposition, c’est un processus de " politisation " des identités qui inclut de façon croissante des enjeux de politique internationale (pas seulement les conflits syrien et libyen : il y a aussi la situation que connaît le peuple palestinien). Qu’ils aient tort ou raison, que l’on s’en désole ou que l’on s’en félicite, celles et ceux auxquels les travailleurs sociaux ont affaire, notamment dans ces dispositifs " socio préventifs ", mobilisent ces éléments dans la définition de leur subjectivité. Ils se définissent au regard des indignations qu’ils ressentent. Pour le dire d’un mot : ce qui apparaît aux yeux de certains, à l’exemple d’un parlementaire exerçant un mandat au sein d’une assemblée démocratique de notre Royaume, comme étant de l’ordre de l’" effrayant lointain " se révèle pour d’autres, issus des quartiers populaires, " éminemment proche ". Et le lointain s’invite dans l’" ici " des travailleurs sociaux.
 
Sur la ligne de crête

C’est ici qu’intervient à mon sens une distinction fondamentale et que nous devons avoir à l’esprit pour comprendre les limites et la portée des dispositifs que nous manipulons. Nous savons par exemple qu’il est un public que nous avons du mal à toucher, constitué par des adolescents et des jeunes adultes qui déclinent, pour différents motifs, les propositions associatives qui leur sont adressées. Ils se retrouvent en marge des sillons de la socialisation légitime, acceptée, attendue.

Il nous faut discerner entre ceux qui hésitent et cherchent, et ceux qui sont passés du " côté obscur de la force ", comme dirait Maître Yoda, personnage d’une mythologie actuelle bien connue. Nous ne devons pas prendre les uns pour les autres et avoir conscience que, parmi eux, il en est qui adoptent des conduites violentes, visant l’anéantissement de tout ce qui figure l’altérité.

Ceux-là ont franchi la ligne de démarcation qui sépare, d’un côté, l’accès à la parole et à l’ordre symbolique et, de l’autre, le passage à l’acte, animé par la haine de la vie. En ce qui concerne ces derniers, nous devons avoir la modestie de reconnaître notre impuissance : nos pratiques de " cohésion sociale " n’ont pas ou peu de prise sur les trajectoires de ces personnes. Ces problématiques nécessitent une forme de prise en charge qui relèvent de segments spécialisés de la santé mentale.
 
Différencier les radicalités

Mais ne les confondons pas avec ceux qui expriment, au regard de situations criantes d’injustice, leur indignation radicale et leur refus d’un monde qu’ils considèrent comme un monde de fous. Ceux-là évoluent sur une ligne de crête, ils cheminent avec d’un côté la béance de tout ce qui avilit l’homme, de tout ce que cette créature est digne de devenir. De cette béance provient un chant de mort qui attire certains et qui attise la curiosité de ces âmes damnées. De l’autre côté, sur des pentes moins abruptes, demeure leur attachement à la vie ici-bas, avec ses écueils et ses difficultés, avec ses opportunités aussi.

En somme, cela revient à différencier deux formes de radicalité. La première m’apparaît aussi nécessaire que légitime. Elle procède d’une indignation devant la folie des hommes ou lorsque les puissants qui président aux destinées de nos communautés politiques délirent, tout simplement. La seconde est animée par des pulsions totalitaires d’anéantissement de toutes les altérités qui conjuguent l’humanisation. Cette dernière renvoie aux divers procédés de fabrication de l’humain en tant qu’être de culture. Nous verrons que dans la lecture ethnopsychiatrique, ces procédés permettent à des groupes d’humains de répondre à la question : qu’est-ce qui fait de nous et de nos descendants des hommes et des femmes capables de construire une vie de paix et de dignité ?

Toutefois, pour beaucoup des personnes qui évoluent sur ces endroits escarpés, l’horizon n’offre pas beaucoup de perspectives d’accomplissement. Le séjour sur cette ligne de crête les expose à la tentation de faire le " grand pas ", d’effectuer le " grand départ " : il les fragilise et les rend perméables à des offres de nature sectaire. A ces êtres en péril, nous pouvons adresser des propositions qui ne pourront accrocher qu’à la condition de satisfaire à certaines prémisses.

Le premier écueil consiste à ne pas convertir ces êtres vulnérables en individus menaçants. Car le registre de la menace alimente une circularité du soupçon : " Nous te soupçonnons parce que tu nous apparais comme menaçant, ce qui t’amène à ton tour à nous soupçonner de n’avoir de l’intérêt pour toi que dans la mesure où nous considérons que tu constitues un danger potentiel pour la sécurité et l’ordre public ". Comment de telles prémisses ont-elles des chances d’aboutir à des propositions éducatives qui font sens pour celles et ceux qui les mettent en œuvre et pour celles et ceux qui trouveraient un intérêt à y participer ?

Envoyer au cœur des quartiers qui suscitent l’inquiétude des éducateurs ou animateurs, sous la bannière " lutte contre le radicalisme ", c’est la meilleure manière de les condamner à l’échec ! Au contraire, il ne s’agit pas d’aller " contre " mais de venir " pour ", c’est-à-dire habités par une force de proposition. Et si nous sommes disposés à venir " pour ", nous devons aussi nous situer dans des " en dehors ". Pourquoi ? Parce que ces personnes se mettent " en dehors " : en dehors de la normalité attendue, en dehors des institutions légitimes de socialisation. C’est-à-dire que nous devons les rencontrer là où ils se trouvent, et non là où nous souhaiterions qu’ils soient déjà arrivés. Pour des travailleurs sociaux, se mettre " en dehors " renvoie à un exercice difficile car il s’agit de prendre des risques et d’effectuer un travail complexe qui allie le souci et le respect des cadres et des limites inhérents à leur profession ainsi que des efforts d’aménagement qui impliquent de négocier avec ces derniers. Les pratiques de supervision dans ce contexte se révèlent particulièrement essentielles.

Il est deux autres prémisses nécessaires pour que ces propositions soient en prise avec les situations vécues par ces individus. Tout d’abord, il faut prendre acte que beaucoup d’entre eux ressentent la nécessité de vivre des expériences limites, de frayer avec l’effrayant, d’éprouver des grands frissons. Ils développent un goût particulier pour les conduites à risque, une " appétence traumatophile ", dira Tobie Nathan. Dans ce contexte, il ne s’agit pas d’offrir du Coca light à des personnes qui cherchent à s’éclater, au sens propre comme au sens figuré. Les dispositifs doivent donc être construits de façon à prendre en charge ce type d’attente et, selon mon point de vue, c’est peu ou pas assez le cas aujourd’hui.
 
Travailler sur les objets de la transmission

Ensuite, il convient de mettre, au centre du travail éducatif, la question de la transmission. Ce faisant, il s’agit d’inviter les participants à un travail au centre duquel se déploient des questionnements qui n’excluent pas les dimensions identitaires, politiques, culturelles, voire spirituelles : " Qu’est-ce qui te fait être et qui te met dans le mouvement de la vie ? Qu’as-tu reçu que tu veuilles transmettre à ton tour à celles et ceux qui viendront après toi ? " Voilà quelques-unes des questions que la manipulation de ces dispositifs doit pouvoir faire émerger. Et chaque fois que règne la tentation du recours à l’Un et la quête de la simplicité, y substituer du multiple et de la complexité.

Je suis intimement convaincu que nous gagnerions beaucoup à construire des dispositifs d’inspiration initiatique car ces derniers permettent, sous le contrôle étroit d’une supervision, de prendre en considération ces composantes qui sont au cœur du " radicalisme violent ".
 
Etre figé >< être fixé

Ce n’est pas exonérer la société de ses responsabilités que d’avancer cette hypothèse : si ces individus mettent à l’épreuve leur environnement familial et social, c’est aussi (et le aussi est important car il indique qu’il ne s’agit pas que ça) parce que le travail d’inscription dans la culture du groupe d’appartenance n’a pas pu être correctement mené à bien pour des raisons complexes (intra familiales et sociétales). Fort de ses observations cliniques, Tobie Nathan soutient que c’est parce que des individus sont fixés (et pas figés), c’est-à-dire inscrits dans une appartenance à un groupe, qu’ils peuvent ensuite s’épanouir dans un système d’échange généralisé avec leur environnement social et culturel. L’ouverture à d’autres groupes et à d’autres univers culturels serait conditionnée par cette clôture culturelle de l’enveloppe psychique2 qui inscrit le sujet dans une appartenance à un groupe social déterminé.
 
Les objets actifs

L’ethnospsychiatrie pratiquée par Tobie Nathan et l’équipe du Centre Georges Devereux nous apprend que la culture, la langue, les multiples rituels, les objets thérapeutiques, les récits cosmogoniques ou fondateurs d’une ethnie, les procédures d’attribution des noms, les techniques divinatoires, constituent des objets actifs qui produisent la transformation des humains (d’êtres sains en malades, de malades en personnes guéries, d’enfants en adultes, de morts en ancêtres). Ces éléments constituent des objets actifs, c’est-à-dire des objets fabriqués par des groupes, qui, en retour, permettent la construction des humains. Si tel est le cas, ne s’agit-il pas, au lieu de faire la guerre à ces attachements, de déterminer si les divinités assoient mieux ceux qui les construisent ?
 
Des murs de silence

Les enfants à travers leurs conduites à risque et les désordres qu’ils provoquent adresseraient un message à leurs parents : " Que n’avez-vous pas fait de nous ? De quoi nous avez-vous coupés ? Quels sont les êtres auxquels vous ne nous avez pas attachés ? " Pour ma part, l’écoute de nombreux récits familiaux dans lesquels raisonne encore l’écho du vécu migratoire m’a appris qu’il existait parfois entre les générations des murs de silence qui mettent à mal ces pierres vivantes que sont la transmission des histoires et des patrimoines familiaux et culturels.
Le mépris social et la perte de fonctionnalité

des contenants culturels

Dans ces situations singulières, les familles et les systèmes d’affiliation culturelle apparaissent comme n’étant plus en mesure d’inscrire ces individus dans des attachements culturels porteurs et dynamiques. Il nous semble que la société et les forces qui la traversent et la constituent participent de cette fragilisation, notamment par le biais des effets de violence symbolique qu’elle produit.

Un des plus puissants vecteurs de violence symbolique a longtemps été, sous nos contrées, le fait des politiques d’intégration, lesquelles furent enfantées par un imaginaire de la disparition : les immigrés et les différences qu’ils transportaient avec eux allaient se diluer dans les masses laborieuses. Leur destinée était de devenir des citoyens universels débarrassés de cette ombre qui les suit, cette ombre3 qui charrie dans son sillon des êtres suspectés d’entraver leur émancipation.

Ce fait m’amène à formuler une proposition qui postule l’existence d’un espace de légitimation symbolique. Que peut-on dire à son propos ? Tout d’abord, qu’il n’est pas périphérique : il est situé dans la centralité du corps social parce que ce qui s’y joue, c’est précisément la distribution des biens de reconnaissance. C’est en ce sens que nous le qualifierons, avec Henri Goldman4, de symbolique. Il s’y déploie le travail de la légitimation instituée et instituante, celui qui nous permet de dire ce que nous sommes, ce que nous avons été, ce que nous voulons être. C’est au sein de cet espace que se définissent des délimitations qui séparent le légitime de l’illégitime, ce qui a droit de cité et ce que nous identifions comme menaçant ou étranger. Les arènes médiatiques, l’école en tant que lieu de transmission des savoirs institués, les dispositifs thérapeutiques constituent autant de scènes où va se déployer ce travail d’établissement de la légitimité politique et culturelle.

Cela étant, en tant qu’il constitue un lieu de lutte et de conflit qui permet à des prétentions d’accéder à des biens de reconnaissance, il en résulte également des formes de rejet et de délégitimation et, dans certains cas, de violence. Ainsi en a-t-il été lorsqu’on a sommé les musulmans de se désolidariser des actes " barbares " commis au nom de leur divinité, les soumettant de façon subtile à une présomption de culpabilité.
La fabrique des contre images du monde

Qu’ils soient volontaires ou professionnels, les travailleurs sociaux qui mettent en œuvre des pratiques associatives, dans les interactions qui les mettent aux prises avec leur public, se frottent aux images, au pouvoir et à la violence qu’elles révèlent parfois : image de ceux qui se vivent comme dominés, comme ceux qui subissent l’histoire, ou au contraire capables de produire un regard sur ce qu’il en est d’eux-mêmes, de leur espoir et de leur force de proposition.

Il y a là rien de moins qu’un enjeu majeur de cohésion sociale : face à la force dominante du regard qui dénigre et stigmatise, comment se réapproprier son propre regard ? Voilà une question qui peut, j’ai la faiblesse de le croire, enrichir le travail de signification de nos pratiques professionnelles et militantes.
 
Alexandre Ansay est coordinateur du CRAcs, Centre régional d’appui à la Cohésion sociale
 
Notes
[1] Younouss Lamghari « Jeunes : comment ils se radicalisent ? », in Revue Politique n° 89, mars-avril 2015.
[2] Tobie Nathan, L’influence qui guérit, éd. Odile Jacob, 1994, p. 212.
[3] Isabelle Stengers, « Le laboratoire de l’ethnopsychiatrie », préface au livre de Tobie Nathan, Nous ne sommes seuls au monde, éd. Les Empêcheurs de penser en rond, 2001.
[4] Henri Goldman, Le rejet français de l’islam. Une souffrance républicaine, Paris, PUF, 2012.