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Février 2019 | n° 345 | Jobs, jobs, jobs : aussi pour les migrants ?
Le cas (par cas) des primo arrivants
Nathalie Caprioli Imprimer Réagir
Parmi les primo arrivants, on rencontre aussi bien le médecin trilingue que l’artisan analphabète. Un public hétérogène aux besoins hétérogènes qui demanderait du cas par cas en matière d’insertion socio professionnelle. Comment les BAPA (Bureaux d’accueil pour les primo arrivants) et Actiris (l’Office régional bruxellois de l’emploi) y répondent-ils ? Prémisses d’un partenariat qui se construit.
Selon le décret relatif au parcours d’accueil pour primo arrivants en Région de Bruxelles-Capitale (2013), les BAPA accompagnent leur public cible en matière de logement, de soins de santé, de formation, de scolarité, et l’orientent pour l’ISP vers des relais que sont par exemple les Missions locales, Bruxelles Formation ou Actiris. Autrement dit, l’ISP ne fait pas partie de leurs missions premières. Janaki Decleire, directrice du BAPA VIA : "Le décret répond à une logique de silo. Une fois le silo "parcours d’accueil" rempli, on le ferme pour ouvrir un autre. Dans la vraie vie, ça ne se passe pas toujours comme ça. Après deux ans et demi de fonctionnement, nous avons remarqué que certaines personnes ont avant tout besoin d’être stabilisées dans leurs besoins vitaux et la confiance en elles, et puis seulement elles pourront se lancer dans la recherche d’un emploi, sans quoi elles risqueraient de se griller les ailes. Cependant, d’autres ne veulent pas attendre la fin du parcours d’intégration pour démarrer leur projet professionnel. Dans leur cas, VIA aimerait pouvoir les accompagner." Sur le terrain, le parcours d’accueil n’est donc pas unique pour tous les bénéficiaires. Pour intégrer la guidance ISP en même temps que le parcours d’accueil, VIA ne compte pas réinventer l’eau chaude mais renforcer des synergies, entre autres avec Actiris.

La crise de l’accueil des migrants de 2015 n’est pas passée inaperçue chez Actiris. Alors qu’entre 2014 et 2018, l’Office enregistrait une diminution de 13.100 demandeurs d’emploi indemnisés, le nombre de réfugiés augmentait de 860. C’est dans ce contexte qu’Actiris a complété le dispositif d’ISP dans son contrat de gestion (en application depuis 2017). Il prévoit notamment de fluidifier le parcours vers les formations pour les personnes

"les plus éloignées du marché du travail", dont font partie les primo arrivants, de faciliter la validation de leurs compétences, de déployer davantage des plans de diversité en entreprise. Au principe d’égalité (le même service est offert à tous), Actiris ajoute celui de l’équité : "Nous devons prendre en considération que les primo arrivants n’ont pas tous le même parcours et que certains sont plus vulnérables, vu leur histoire", explique Véronique Royen, gestionnaire de projets de partenariats chez Actiris.

"Or, une partie d’entre eux n’arrive pas jusque chez nous. Nous ignorons si c’est à cause de langue, par méfiance, par méconnaissance… C’est donc à nous d’aller vers eux, d’où notre convention avec les BAPA et Fedasil." Actiris a ainsi démarré des séances d’information pour les primo arrivants, en se mettant à leur niveau, démystifiant ainsi "la tour inaccessible" ou "le labyrinthe" que peut représenter l’Office – une déconstruction qui bénéficie également aux accompagnateurs des BAPA, relève Véronique Royen.

Dans ses solutions adaptées, Actiris prévoit aussi la création d’une cellule de conseillers "experts primo arrivants" et des actions de communication envers les employeurs, sachant que le besoin de main-d’œuvre peu qualifiée a diminué de moitié tandis que la demande de diplômés a doublé.