fil rss

Février 2010 | n° 280 | Migrants de l'Est
Roms et gens du voyage, acteurs du dialogue interculturel
Ivan Ivanov Imprimer Réagir

Fin septembre 2009, le Bureau d’information des Roms européens (ERIO), avec le soutien du ministre de l’Emploi et de l’Égalité des chances et dans le cadre des Assises de l’interculturalité (*), a tenu un séminaire sur les “Roms, Sintis et gens du voyage: partenaires du dialogue interculturel en Belgique”. Les recommandations concrètes d’ERIO interpellent non seulement les pouvoirs publics, mais aussi les associations et les écoles.

Les suggestions et recommandations qui ont résulté de notre séminaire de septembre seront transmises aux autorités belges. Elles sont le fruit d’une discussion intensive entre les participants du séminaire, Roms et non Roms. En tant que ERIO [1], nous sommes convaincus que le dialogue interculturel dépend beaucoup de l’engagement de la société civile ainsi que des autorités publiques, de l’amélioration de l’éducation, de l’accès général aux ressources, de la reconnaissance du rôle joué par les médias et par les associations.

Ces vingt dernières années, les Roms qui ont immigré en Belgique viennent de Roumanie, de Bulgarie, de Macédoine et de Serbie. Les questions spécifiques à la communauté Rom en Belgique sont en lien avec le manque d’information et de communication au sein de la société [2]. Par ailleurs, par manque d’éducation, les Roms sont privés d’une égalité des chances.

Écoles et médiateurs scolaires

À nos yeux, le dialogue interculturel est intrinsèquement lié à une meilleure éducation. C’est pourquoi nous trouvons important que des ressources soient allouées à l’amélioration de ce poste. En effet, l’éducation semble être le domaine principal où le dialogue interculturel doit être encouragé, à travers tous les réseaux confondus, formels et informels, en direction des jeunes et des moins jeunes. Le dialogue interculturel doit commencer au plus tôt: les écoles primaires en Europe devraient ainsi s’ouvrir au dialogue interculturel afin de changer les attitudes et les valeurs. C’est particulièrement important d’encourager la curiosité interculturelle parmi les jeunes parce qu’ils sont au stade de la création de leur propre vision du monde et du développement de capacités et de connaissances pour leur avenir. Encourager les jeunes à interagir avec d’autres cultures développera leur curiosité générale et leur tolérance envers “l’autre”. Une bonne éducation devrait former ainsi des citoyens ayant les capacités et les connaissances pour participer aux sociétés diversifiées culturellement. En augmentant la connaissance des autres cultures et langues, on contribue ainsi au dialogue interculturel dans une compréhension et un respect mutuels.

À l’école, la ségrégation des minorités, tels que les Roms, représente un autre problème. Il s’agit de promouvoir l’éducation et la formation interculturelles auprès des enseignants. Même si la ségrégation ne frappe pas, des discriminations directes ou indirectes contre les minorités existent au quotidien dans les écoles. Des campagnes de conscientisation pourraient donner un relief à ce problème. Le dialogue interculturel doit être appliqué dans les cours en particulier, et dans l’éducation en général. Le dialogue interculturel doit être compris dans le sens où des minorités, tels les Roms, contribuent au développement de toute la société belge grâce à leurs capacités et à leurs talents– un message qui doit être répandu à travers l’éducation. Les perceptions de la société sur les Roms sont extrêmement négatives à cause du manque d’information et de communication. C’est l’éducation qui pourra changer ces perceptions et représentations.

Des médiateurs existent en Flandre pour faire de la médiation et améliorer la communication entre les parents Roms et les écoles. Cette mesure a progressivement démontré son succès parce qu’elle permet aux écoles de mieux comprendre les Roms. Les médiateurs ont largement amélioré les relations entre les communautés roms et les écoles en Flandre. Cependant les médiateurs à Bruxelles ont toujours un statut temporaire et sont sous payés alors que leur travail est capital. Nous recommandons donc les médiateurs comme solution aux problèmes de communication dont font face à la fois les parents de Roms et les écoles. Nous suggérons le lancement d’un projet pilote à Bruxelles pour évaluer et déterminer l’efficacité de médiateurs comme moyen pour construire un pont de communication entre parents roms et enseignants.

Les lieux de travail et médias

Le lieu de travail est un autre endroit important où le dialogue interculturel doit être amélioré. En réalité, la diversité culturelle sur les lieux de travail est en train de devenir la règle et non l’exception, et représente souvent un formidable atout de succès, qu’il faut encourager à la fois dans les secteurs privés et publics.

Les médias sont également des acteurs majeurs quand ils produisent des images sur l’Autre. Ils jouent un rôle essentiel dans le développement des perceptions du monde et des autres, et influencent ainsi les représentations individuelles, qu’elles soient négatives ou positives. C’est pourquoi nous plaidons pour que les journalistes reçoivent une formation interculturelle pour éviter qu’ils propagent des stéréotypes sur les minorités. Une formation sur les relations avec les médias est aussi nécessaire pour les associations de Roms

Centres communautaires

Nous recommandons la création de centres communautaires pour la minorité Rom à travers la Belgique. Ces centres permettraient aux Roms de se retrouver ensemble, de célébrer leur culture, musique et langues. Ils ne seraient pas exclusivement réservés à la communauté mais serviraient de lien entre les Roms et le reste de la société belge. S’y tiendraient régulièrement des événements avec l’objectif de promouvoir la culture rom en Belgique, où toute à la société belge sera    it invitée à y participer. Le dialogue interculturel est d’abord et surtout une question de communication et les centres pourraient y contribuer.

Un besoin de statistiques

Les associations et les pouvoirs publics doivent combler le fossé entre les politiques et les pratiques. Il s’agit de développer la quantité et la qualité d’information en la matière et de donner une définition claire et précise au dialogue interculturel. Particulièrement dans le cas de la communauté rom, la récolte de données est de la plus haute importance. La communauté semble presque invisible aujourd’hui en Belgique à cause d’un manque évident de données et de statistiques sur la présence des Roms. Les pouvoirs publics ne peuvent prendre des mesures et décider de politiques s’ils ne disposent pas d’informations précises et complètes.

Le dialogue interculturel doit aussi être promu à travers des secteurs et différents acteurs. D’où, une coopération transversale dans les associations doit être couplée avec une coopération entre les départements d’État. Il s’agit de lier les politiques à la fois aux niveaux communal, régional et fédéral, lesquels doivent travailler à la fois séparément et ensemble, pour améliorer le dialogue interculturel.

Enfin, le dialogue interculturel ne pourra se réaliser sans ressources propres et sans fonds. Les pouvoirs publics doivent comprendre qu’investir aujourd’hui dans le dialogue interculturel et l’amélioration de la situation de la communauté rom en Belgique portera ses fruits pour l’avenir.

Ivan Ivanov est directeur de ERIO, European Roma Information Office


(*) Lors de la conclusion de l’accord du gouvernement fédéral du 18 mars 2008, il a été prévu de lancer des “Assises de l’Interculturalité“. L’accord de gouvernement précise, en effet, que “dans le cadre du développement d’une société ouverte et tolérante, le gouvernement favorisera le respect de nos valeurs démocratiques communes et organisera des “ Assises de l’Interculturalité “ composées de l’ensemble des représentants concernés et chargées de formuler des recommandations au gouvernement en vue de renforcer la réussite d’une société basée sur la diversité, le respect des spécificités culturelles, la non-discrimination, l’insertion et le partage des valeurs communes.“
www.interculturalite.be

Notes

[1] ERIO est une organisation de lobbying qui promeut la discussion politique et publique sur les questions des Roms en forunisant une information factuelle et de fond sur des questions politiques larges aux institutions européennes, aux organisations civiles de Roms, aux autorités gouvernementales et intergouvernementales. ERIO coopère avec un large réseau d’associations et agit pour combattre les discriminations raciales et l’exclusion sociale.
[2] Pour plus d’informations, voir le dossier “Cent frontières”, in l’Agenda interculturel n° 264, juin 2008, pp.