fil rss

Novembre 2009 | n° 277 | Raconte-moi ta langue
[Édito] Raconte-moi ta langue(*)
Nathalie Caprioli Imprimer Réagir

Madame Jamila donne des cours de Langue et culture d’origine (LCO) dans une école maternelle de Bruxelles qui compte vingt-quatre nationalités. “Par mon travail, je cherche à changer le regard qu’on a l’habitude de porter sur la langue d’origine des enfants. En général, on croit que parler arabe ou turc est un obstacle au bon cheminement scolaire. Mais d’après de nombreuses études en linguistique et en pédagogie, et sur base de mon expérience, j’observe au contraire que la connaissance de sa langue maternelle peut être un atout.”

Pour renforcer ses propos, Madame Jamila a de belles histoires à raconter, notamment celle du petit Hicham. À trois ans et demi, Hicham ne parlait ni français ni même arabe, en tous cas rien d’un arabe structuré. Il articulait juste quelques mots de temps en temps à sa titulaire. D’abord replié sur lui-même, après un an de cours d’arabe, l’enfant a commencé à changer, à s’épanouir et à parler les deux langues. Depuis, dans la classe d’arabe, Hicham participe à tous les jeux, les chants et les comptines.

Cette année scolaire, en Communauté française, le programme LCO implique quelque 190 écoles et une centaine d’enseignants de sept pays partenaires (Italie, Maroc, Turquie, Grèce, Portugal, Roumanie et Espagne). Pas encore assez, aux yeux de Madame Jamila, même si elle se réjouit que ce nombre augmente chaque année. “Des écoles refusent de rallier le programme LCO parce qu’elles considèrent que les élèves ont autre chose à apprendre que leur langue maternelle. Je demande à ces écoles d’essayer un an et puis d’évaluer les résultats. Elles changeront peut-être d’avis…”

Au-delà de ces projets, qui sont perfectibles et loin d’être la solution unique, la langue et la culture d’origine restent à valoriser. Car l’enfant doit pouvoir considérer sa vie à la maison et à l’école comme partie d’un même univers.

Nathalie Caprioli

(*) Plagiat, aimablement autorisé, du titre du film de Mariette Feltin (lire pp. 20-21).