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octobre 2010 | n° 286 | L’homosexualité à l’épreuve des cultures
L’homophobie : comment la contrer ?
Daniel Borrillo Imprimer Réagir
 "Vice italien", "mœurs arabes", ou encore "vice grec", l’homosexualité est forcément un mal venu d’ailleurs. À l’instar du racisme, de la xénophobie, l’homophobie résulte d’une impossibilité d’accepter et de respecter la différence. Comment la nommer? Comment la contrer?
Outre le fait d’avoir cumulé plusieurs formes de stigmatisation (péché, maladie, crime), les gays et les lesbiennes subissent les discriminations d’une manière particulièrement insidieuse. Chaque homosexuel vit individuellement l’homophobie. L’historien Boswell a raison d’affirmer que chez les juifs, par exemple, les valeurs sont transmises par les ascendants aux plus jeunes dans le cadre d’une communauté dans laquelle ses préceptes moraux sont légués de génération en génération : conseils pour esquiver ou éviter la persécution d’une majorité éventuellement hostile ou comment se faire oublier au moment opportun. Cette culture “minoritaire” existe aussi dans les communautés d’origine africaine ou chez les Roms, lesquels trouvent au sein de leur famille le réconfort nécessaire pour supporter un monde extérieur hostile. La situation est fort différente pour les gays et les lesbiennes. La plupart d’entre eux ne proviennent pas d’une famille homoparentale et doivent supporter isolément les effets de la discrimination sans avoir nécessairement le soutien des proches. De surcroît, les références homoérotiques dans la littérature et l’histoire ont été systématiquement occultées et ce n’est que très récemment qu’une histoire de l’homosexualité dépourvue de préjugés homophobes commence à être documentée [1]. De plus, comme le souligne Goffman, sociologue canadien, les homosexuels sont une minorité avec un stigmate invisible ou plutôt “invisibilisable”. En effet, jusqu’à la sortie du placard (coming out), chaque gay et chaque lesbienne sont présumés hétérosexuels et, s’il est certain que cela peut constituer un élément favorable pour échapper à la discrimination en se confondant avec la majorité, le prix à payer est souvent très douloureux.
 
Comment la nommer ?
 
L’homophobie est l’attitude d’hostilité à l’égard des homosexuels. Le terme a été utilisé pour la première fois aux États-Unis en 1971, mais ce n’est qu’à la fin des années 1990 qu’il apparaît dans les dictionnaires de langue française. Si la composante première de l’homophobie est un refus irrationnel, une haine envers les gays et les lesbiennes, elle ne peut pas néanmoins être réduite à sa seule dimension phobique [2].

De même que la xénophobie, le racisme, ou l’antisémitisme, l’homophobie est une manifestation arbitraire qui consiste à désigner l’autre comme contraire, inférieur ou anormal. Sa différence irréductible le place ailleurs, hors de l’univers commun des humains. “Crime abominable”, “amour honteux”, “goût dépravé”, “mœurs infâmes”, “passion d’ignominie”, “péché contre nature”, “vice de Sodome”, autant de désignations qui, pendant des siècles, ont servi à (dis)qualifier le désir et les relations sexuelles ou affectives entre personnes de même sexe. Enfermé dans le rôle du marginal ou de l’excentrique, l’homosexuel est désigné par la norme sociale comme bizarre, étrange ou fantasque. Et le mal venant toujours d’ailleurs, en France par exemple on a qualifié l’homosexualité de “vice italien”, de “mœurs arabes”, de “vice grec”, ou encore de “coutumes coloniales”. L’homosexuel comme le Noir, le Juif ou l’Étranger est toujours l’autre, le différent, l’opposé à nous.
 
Le problème est l’homophobie, pas l’homosexualité !

La préoccupation récente pour l’hostilité à l’égard des gays et des lesbiennes change la façon dont la question a été problématisée jusqu’ici. En effet, au lieu de se consacrer à l’étude du comportement homosexuel, traité dans le passé comme déviant, l’attention est désormais portée sur les raisons qui ont mené à considérer cette forme de sexualité comme déviante ; de sorte que le déplacement de l’objet d’analyse vers l’homophobie produit un changement aussi bien épistémologique que politique. Épistémologique, car il ne s’agit pas tant de connaître ou de comprendre l’origine et le fonctionnement de l’homosexualité mais d’analyser l’hostilité déclenchée par cette forme spécifique d’orientation sexuelle. Politique, car ce n’est plus la question homosexuelle qui mérite d’être problématisée mais la question homophobe. Qu’il s’agisse d’un choix de vie sexuelle ou qu’il soit question d’une caractéristique structurelle du désir érotique envers les personnes du même sexe, l’homosexualité doit être considérée comme une forme de sexualité aussi légitime que l’hétérosexualité. Elle n’est qu’une variante constante et régulière de la sexualité humaine.

Hétérosexisme et homophobie

Toutefois, la différence homo/hétéro sert encore à ordonner un régime des sexualités dans lequel seuls les comportements hétérosexuels méritent la qualification de modèle social de référence. Ainsi, dans cet ordre sexuel, le sexe biologique (mâle, femelle) détermine un désir sexuel univoque (hétérosexualité) ainsi qu’un comportement social spécifique (masculin/féminin). Sexisme et homophobie apparaissent donc comme les composantes nécessaires du régime binaire des sexualités. L’homophobie devient la gardienne des frontières sexuelles (hétéro/homo) et celles du genre (masculin/féminin). C’est pourquoi les homosexuels ne sont plus les seules victimes de l’homophobie, mais également tous ceux qui n’adhèrent pas à l’ordre classique des genres: travestis, transsexuels, bisexuels, femmes hétérosexuelles avec une forte personnalité, hommes hétérosexuels délicats ou manifestant une grande sensibilité...

L’homophobie est un phénomène complexe et varié que l’on trouve dans les blagues ridiculisant l’efféminé. Elle peut aussi revêtir des formes plus brutales allant jusqu’à la volonté d’extermination, comme ce fut le cas dans l’Allemagne nazie [3]. L’homophobie, comme toute forme d’exclusion, ne se limite pas à constater une différence : elle l’interprète et en tire des conclusions matérielles. Ainsi, si l’homosexuel est coupable du péché, sa condamnation morale apparaît comme nécessaire, et la purification par le feu inquisitorial fut sa conséquence logique. Apparenté au criminel, le lieu naturel des homosexuels demeure, dans le meilleur des cas, l’ostracisme, dans le pire, la peine capitale, comme c’est encore le cas dans certains pays musulmans [4]. Considéré comme malade, il est l’objet du regard médical et doit subir les thérapies que la science lui ordonne, notamment les électrochocs utilisés en Occident jusque dans les années soixante [5].

Acceptée dans la sphère intime de la vie privée, l’homosexualité devient un problème lorsqu’elle revendique l’équivalence avec l’hétérosexualité. L’homophobie est la peur que cette identité de valeur soit reconnue. Elle se manifeste entre autres par l’angoisse de voir disparaître la frontière et la hiérarchie de l’ordre hétérosexuel. L’homophobie est familière et on la perçoit encore comme un phénomène banal : combien de parents s’inquiètent lorsqu’ils découvrent l’homophobie de leur enfant adolescent ? Alors que, dans le même temps, l’homosexualité d’un fils ou d’une fille est encore source d’angoisse au sein des familles et conduit souvent à la consultation d’un thérapeute.
 
Les différents visages de l’homophobie

Une première forme de violence à l’encontre des gays et des lesbiennes se caractérise par le sentiment de peur, de dégoût et de répulsion. Il s’agit d’une véritable manifestation émotive de type phobique comparable à l’appréhension que l’on peut ressentir dans les espaces fermés (claustrophobie) ou vis-à-vis de certains animaux (arachnophobie). Si cela a été le sens originel donné au terme “homophobie”, il est vite apparu comme extrêmement limité, ne recouvrant que très partiellement l’étendue du phénomène. En effet, cette forme brutale de violence répond uniquement à une attitude irrationnelle qui trouve ses origines dans des conflits individuels. D’autres manifestations moins grossières, mais non moins insidieuses, exercent leur violence quotidiennement. Cette autre figure de l’homophobie plus “euphémisée” prend ses racines dans l’attitude de mépris constitutive d’une façon ordinaire de catégoriser l’autre. Si l’homophobie affective (psychologique) se caractérise par la condamnation de l’homosexualité, l’homophobie cognitive (sociale) prétend simplement maintenir la différence homo/hétéro, en prônant à cet égard la tolérance, forme policée de la clémence des orthodoxes envers les hérétiques. Dans ce dernier registre, nul ne rejette les homosexuels mais personne ne trouve choquant qu’ils ne jouissent pas des mêmes droits que les hétérosexuels.

La notion d’homophobie peut s’élargir à des discours et à des comportements qui, dépassant la simple appréhension envers les gays ou les lesbiennes, articulent une forme générale d’hostilité à l’égard des comportements opposés aux rôles socio-sexuels préétablis. Ainsi, l’homophobie apparaît comme une déclinaison du sexisme, c’est-à-dire de la discrimination des personnes en raison de leur genre (féminin/masculin). Cette forme d’homophobie peut être définie comme l’exclusion des personnes qui montrent, ou à qui l’on prête, certaines qualités (ou défauts) attribuées à l’autre genre. Dans nos sociétés profondément marquées par la domination masculine, l’homophobie organise une sorte de “surveillance du genre”, car la virilité doit se structurer non seulement en fonction de la négation du féminin, mais aussi du refus de l’homosexualité. C’est ainsi que l’homophobie permet de dénoncer les dérapages et les glissements du masculin vers le féminin et vice versa, de telle sorte qu’une réactualisation constante s’opère chez les individus en rappelant leur appartenance au “bon genre”. Dès le berceau, les couleurs bleue et rose marquent les territoires de cette summa divisio qui, de façon implacable, assigne l’individu soit à la masculinité, soit à la féminité. Et lorsqu’on lance l’insulte “pédé !”, on dénonce le plus souvent un non respect des attributs masculins “naturels”, plutôt qu’on ne songe à la véritable orientation sexuelle de la personne.
 
Double mépris

La lesbophobie constitue une spécificité au sein d’une autre : la lesbienne souffre en effet d’une violence particulière caractérisée par le double mépris du fait d’être femme et d’être homosexuelle. À la différence du gay, elle cumule la discrimination portée sur le genre et sur la sexualité. Si les lesbiennes furent moins visiblement persécutées que les gays, il ne faut nullement interpréter cela comme une plus grande tolérance à leur égard. Au contraire, cette indifférence n’est autre que le signe d’une attitude bien plus méprisante, reflet d’une pensée misogyne qui, faisant de la sexualité féminine un instrument du désir masculin, rend impensables les relations érotico-affectives entre femmes ou les imagine uniquement comme un fantasme érotique masculin tel que cela apparaît dans la filmographie pornographique hétérosexuelle.
 
Homophobie et identité masculine

L’homophobie est un élément constitutif de l’identité masculine, elle s’attaque non seulement aux gays et aux lesbiennes, mais également à tout individu qui ne se conforme pas aux rôles soi-disant déterminés par le sexe biologique. La logique binaire qui structure la construction de l’identité sexuelle fonctionne par antagonisme. Ainsi, un homme est l’opposé d’une femme, et un hétéro, l’opposé d’un homo. Dans une société androcentrique comme la nôtre, ce sont spécialement les valeurs masculines qui sont cultivées, et leur “trahison” ne peut que déclencher l’opprobre.

L’homophobie est un problème aussi pour les hommes hétérosexuels car elle leur empêche d’établir des rapports d’intimité envers les autres hommes. Cette barrière à l’intimité trouve son origine dans la socialisation masculine. La compétition, la forte appréhension envers la vulnérabilité, le contrôle des sentiments et surtout l’homophobie constituent les éléments qui modèlent la façon d’être un homme. Ainsi, le rejet de l’homosexualité apparaît comme le plus puissant de ces éléments dans l’(auto)construction de la masculinité. Selon le processus de socialisation masculine, l’apprentissage du rôle s’effectue en fonction de l’opposition constante à la féminité. La virilité n’est pas donnée d’emblée, elle doit être fabriquée. La défaillance la plus grave de la machinerie virile, c’est la production d’un pédé. Pour un homme hétérosexuel, se confronter à un homme efféminé éveille l’angoisse des caractères féminins de sa propre personnalité. D’autant plus que celle-ci a dû se bâtir en s’opposant à la sensibilité, à la passivité, à la vulnérabilité et à la douceur, en tant qu’attributs du “sexe faible”. C’est pourquoi, beaucoup d’hommes qui assument un rôle actif dans la relation sexuelle avec d’autres hommes ne se considèrent pas homosexuels. C’est en réalité la passivité et non le sexe du partenaire qui détermine pour eux l’appartenance au genre masculin. Être pénétré apparaît ainsi comme le propre du sexe féminin. C’est cette passivité, vécue comme une féminisation, qui est susceptible de rendre le sujet effectivement homosexuel. En revanche, si l’on adopte le rôle actif, on ne trahit pas son genre. Cependant, il ne suffit pas d’être actif, il faut encore que cette pénétration ne soit pas accompagnée d’affection, puisque cela pourrait mettre en danger la masculinité. Voici donc comment, par un effet de dénégation, plusieurs hommes, tout en ayant des rapports homosexuels, peuvent refuser toute identité gay et même ressentir de la haine homophobe. Ce ressentiment sert à la restructuration d’une masculinité fragile, nécessitant constamment de s’affirmer par le mépris de l’autre-non-viril : la “tapette” et la femme.
 
L’homophobie intériorisée

Les gays et les lesbiennes ne sont pas à l’abri des sentiments homophobes. L’animosité de la société envers les homosexuels peut se transformer en haine de soi à la manière du personnage proustien Charlus qui dénigre violemment les autres sodomites. Dans une société où les idéaux sexuels et affectifs sont construits sur la base de la supériorité psychologique et culturelle de l’hétérosexualité, il semble difficile d’esquiver les conflits intérieurs résultant d’une non adéquation à de telles valeurs. De surcroît, les gays et lesbiennes grandissent dans un environnement qui déploie ouvertement son hostilité anti homosexuelle. L’intériorisation de cette violence, manifestée sous la forme d’insultes, d’injures, de propos méprisants, de condamnations morales ou d’attitudes compassionnelles, mène beaucoup d’homosexuels à lutter contre leurs désirs, provoquant parfois des troubles psychologiques graves. Culpabilité, anxiété, honte et dépression sont les principales manifestations d’une telle réaction. Le stéréotype encore répandu de l’homosexuel incapable d’une vie affective épanouie, sans famille ni enfants et finissant ses journées dans une solitude insupportable, soulagée souvent par le suicide, hante l’esprit de nombreux gays qui, pour éviter ce “destin tragique”, se livrent à une entreprise de rejet de leur propre sexualité. L’American Psychiatric Association reconnaît que les principaux agents de prédisposition à l’homophobie intériorisée sont les préjugés individuels et l’intolérance sociale envers l’homosexualité. Dans un tel contexte de violence, il n’est pas étonnant que les jeunes homosexuels soient particulièrement touchés par la dépression, l’hospitalisation psychiatrique et les tentatives de suicide.

L’acceptation de leur homosexualité leur est si difficile qu’un nombre important de gays se trouvent dans une situation d’isolement et d’angoisse particulièrement dure à surmonter. L’éducation sexuelle et affective des gays et des lesbiennes se fait dans la clandestinité, les références littéraires, cinématographiques et culturelles sont presque inexistantes. Face à un tel manque de références culturelles, la détresse dans laquelle se trouvent beaucoup d’adolescents gays et lesbiens semble évidente. La manifestation publique de leur homosexualité constitue, en ce sens, un moment libérateur. Par ce geste, beaucoup de gays et de lesbiennes entendent finir avec une forme de clandestinité dans laquelle ils avaient été confinés. Le coming-out peut ainsi devenir une situation particulièrement salutaire mettant un terme à la socialisation hétérosexiste et permettant, par conséquent, de restaurer l’estime de soi et de ses semblables.

Comment la contrer ?

Une fois le problème cerné, il est nécessaire de mettre en place les dispositifs permettant de prévenir la violence homophobe et de la sanctionner lorsqu’elle se matérialise.
 
La répression

Les comportements homophobes sont prohibés. Ainsi, discriminer une personne en raison de son orientation sexuelle peut entraîner jusqu’à une peine de prison. Sont sanctionnés non seulement les actes matériels mais aussi les discours de haine. Ainsi, le droit français [6] punit l’injure, la diffamation et l’incitation à la violence à raison de l’orientation sexuelle de la victime. Le ministère public peut engager des poursuites lorsque les insultes ont été adressées à un groupe de personnes et les associations ont la possibilité de se constituer en partie civile, pour poursuivre ce type de délits. La loi prévoit également une circonstance aggravante en raison de “l’orientation sexuelle” de la victime pour plusieurs infractions. Désormais, le mobile homophobe est considéré aussi odieux que le mobile raciste ou antisémite. Le meurtre est ainsi puni de la réclusion criminelle à perpétuité lorsqu’il a un caractère homophobe. Dans le domaine du travail et de l’emploi, les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle sont lourdement sanctionnées [7] ainsi comme celles relatives à l’accès au logement, à la santé, aux loisirs et aux rapports avec l’administration.
 
La prévention

Au delà de la répression, il est surtout nécessaire de développer des politiques publiques préventives. En s’attaquant, d’une part, aux préjugés et aux stéréotypes homophobes et en permettant, d’autre part, aux gays et aux lesbiennes d’assumer leur propre identité sans contraintes. L’entreprise éducative doit commencer par dénoncer l’ensemble des codes culturels qui renforcent les discriminations envers les homosexuels. C’est tout d’abord aux familles qu’il faut s’adresser afin qu’elles comprennent qu’avoir un fils gay ou une fille lesbienne ne constitue nullement un problème.

L’école a également un rôle capital à jouer dans le combat contre l’intolérance. Elle doit faire comprendre aux élèves que l’égalité des gays, des lesbiennes et des bisexuels est l’affaire de tous. Dans les livres et les manuels scolaires, l’homosexualité devrait être présentée comme une manifestation érotique et affective aussi épanouissante que l’hétérosexualité. Mieux intégrer l’idée de la diversité sexuelle devrait faire partie de la formation des professeurs mais aussi des policiers, des médecins, des juges, des psychologues et de tous ceux qui se trouvent en contact avec le public.

Enfin, les homosexuels ont le droit de s’affirmer en tant que tels. Les sociologues Michel Dorais et Eric Verdier en s’adressant aux jeunes gays soulignent : “Un des meilleurs conseils que l’expérience enseigne est le suivant : tu n’as qu’une vie à vivre, aussi bien ne pas perdre trop de temps avec ces bêtises que sont les préjugés. Ceux qui rejettent ou condamnent l’homosexualité (…) ont un problème, qu’il leur appartient de régler, même si, hélas, leur intolérance fait entre-temps des dégâts. Parce que même si tu réussis à vaincre le poids du conformisme, la pression des autres, tu risques de la voir s’infiltrer dans ta vie au moment où tu t’y attends le moins. Il faut donc te préparer à y faire face avec sérénité et, quand il faut, avec combativité” [8].
 
Daniel Borrillo est professeur de droit privé à l’Université de Paris Ouest
 
Bibliographie
 
  • Borrillo D., L’homophobie, Paris, PUF «Que sais-je» n°3563, 2001.
  • Boswell J., Christianisme, tolérance sociale et homosexualité. Les homosexuels en Europe Occidentale des débuts de l’ère chrétienne au XIVe siècle, Paris, Gallimard, 1985.
  • Dorais M., Mort ou fif, Montréal, Éditions de l’Homme, 2001.
  • Eribon D., Réflexions sur la question gay, Paris, Fayard, 1999.
  • Fassin E., L’Inversion de la question homosexuelle, Paris, Éditions Amsterdam, 2005.
  • Goffman E, Stigmate. Les usages sociaux des handicaps (1963), Paris, Éditions de Minuit, coll. «Le Sens Commun», 1975.
  • Tin L-G. (dir.), Dictionnaire de l’homophobie, Paris, PUF, 2003.
  • Eric Verdier et Jean-Marie Fridion, Homosexualité & suicide, Béziers, H&O, 2003.
 
 
[1] Borrillo D., Colas D., L’homosexualité de Platon à Foucault. Anthologie critique, Paris, Plon, 2005.
[2] Cette forme d’homophobie est encore présente dans les pays de l’Est. Ainsi, 80 % des Bulgares se sentiraient mal à l’aise d’avoir un voisin homosexuel contre 19% des Français et 18% des Belges. Les manifestations gays ont été interdites en Pologne, Roumanie. 45% des Bulgares et 46% des Roumains ne souhaitent pas voir un homosexuel élu au plus haut poste politique (Eurobaromètre 2010).
[3] Grau G., The Hidden Holocaust: Gay and Lesbian Persecution in Germany 1933-1945, Fitzroy Dearborn Publishers, 1995.
[4] À l’heure où nous écrivons cet article, Ebrahim Hamidi, un jeune iranien de 18 ans, vient d’être condamné à la peine de mort par pendaison, soupçonné d’avoir dormi dans le même lit que son semblable.
[5] En 1985, l’homosexualité a été retirée du manuel diagnostique et statistique des maladies mentales, et a été déclassifiée lors du congrès de 1992, pour tous les États signataires de la Charte de l’OMS.
[6] En Belgique, la discrimination basée sur l’orientation sexuelle est condamnable, aussi bien en matière d’emploi qu’en matière de fourniture ou de mise à disposition du public de biens et de services. Le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme est habilité à recueillir et à accompagner les plaintes qui ont pour objet ces discriminations.
[7] Cependant, une étude de l’INSEE montre qu’en France les homosexuels hommes gagnent 6% de moins que les salariés hétérosexuels.
[8] Michel Dorais et Eric Verdier, Petit manuel de Gayrilla à l’usage des jeunes: Ou comment lutter contre l’homophobie au quotidien, Béziers, H&O, 2005.
 
 
 
 
Quand les amours prennent des couleurs
 
En Belgique, depuis 2001, deux personnes du même sexe ont le droit de se marier, et un couple légalement marié, quels que soient les sexes, a accès à l’adoption et à l’insémination artificielle pour fonder une famille. C’est loin d’être le cas partout ailleurs. Dans certaines régions du monde, l’homosexualité, au mieux, ne bénéficie d’aucune reconnaissance, au pire, est passible de peines de prison (allant jusqu’à la perpétuité) et même de peine de mort.

Les droits des homosexuels et les actes de répression sont deux thèmes qu’aborde « Quand les amours prennent des couleurs. Vivre ses différences dans une société multiculturelle ». Cette brochure bilingue a pour objectif d’attirer l’attention des professionnels sur les différents problèmes que peuvent rencontrer les personnes « homosexuelles étrangères ou d’origine étrangère ». Car si l’homosexualité est mieux acceptée de nos jours, elle reste un tabou dans de nombreux pays, et beaucoup d’homosexuel-le-s sont contraints de mener une double vie. Une série de témoignages révèlent des tranches de vie et des situations dont certains des aspects sont communs aux personnes partageant la même origine, même si chaque histoire reste unique.

Cette brochure de 64 pages, réalisée par les associations Alliàge et Merhaba en collaboration avec le Cripel, se veut avant tout un outil d’information pour un meilleur accompagnement des personnes étrangères ou d’origine étrangère qui n’osent pas vivre leur homosexualité ou qui la vivent mal et qui ne sont pas toujours informées de leurs droits. Elle reprend des recommandations utiles sur la manière d’aborder avec elles ces difficultés.

Un documentaire accompagne la brochure. Outre les témoignages de personnes qui ont subi des problèmes liés à leur orientation sexuelle, celui-ci présente également des entretiens de professionnels qui, au travers de leur activité ou de leur militantisme, rencontrent ces mêmes personnes et les aident dans leur parcours.
 
Pour obtenir une brochure et/ou le DVD
Asbl Alliàge: tél. 04 223 65 89 ou courrier@alliage.be
 
Pour vous former ou organiser des séances d’information sur cette thématique
Asbl Merhaba: 0488 572 574 ou info@merhaba.be