#353 - septembre/octobre 2020

Top & Flop

LES TOPS

 

Louise Michel

Le street artiste Banksy a financé l’affrètement d’un navire – baptisé Louise Michel – pour porter secours aux personnes tentant la traverser de la Méditerranée vers l’Europe. L’Union européenne pourrait réaliser ces sauvetages, ou mieux décider d’une politique migratoire et organiser les allées et venues de ces personnes sans qu’elles mettent leur vie en danger. Ce n’est pas le cas (voir Imag sur “L’asile en lambeaux”, paru en juin dernier), la priorité étant d’empêcher toute arrivée, quitte à déléguer la gestion de ces frontières extérieures à la Libye et à la Turquie. Et quitte à fermer les yeux sur la violence et la brutalité dont ces Etats peuvent faire preuve.

 

Attention, pépite!

Vous avez bien 5 minutes ? Juste le temps que dure la vidéo Mes mots/maux réalisée par des jeunes filles de l’AJM, Association des Jeunes Marocains, avec le soutien du Centre vidéo de Bruxelles. Leurs mots et leurs maux ont créé la vidéo : « Elle ressemble à un porte-manteau sur lequel on vient accrocher nos peurs, nos angoisses, et tout ce qui ne va pas dans nos vies. Si elle est démon, c’est que nous sommes des anges. Si elle est soumise, c’est que nous sommes libres,… enfermés dans nos préjugés. » Dans nos préjugés sur la femme voilée, car c’est de cela qu’il s’agit. Des préjugés qui continuent à exclure des femmes de l’enseignement supérieur, du monde du travail, de la politique.

Voir la vidéo ici : https://vimeo.com/394935672

 

Ne rien lâcher

Bon à savoir : entre le 10 avril et le 14 mai 2020 (en plein confinement donc – si besoin était de le rappeler), Myria a visité les centres fermés de Merksplas, Bruges et Vottem. Ensuite, en juillet dernier, le Centre fédéral Migration a publié un rapport (disponible en ligne) transmis à la direction des centres fermés et à l’Office des étrangers. Dans ses constats et recommandations, il relève notamment un retard dans l’approvisionnement en matériel de protection contre la pandémie, des installations médicales inadéquates, une communication insuffisante, toujours pas de mécanisme de contrôle externe des centres, une procédure de plainte inadaptée. Peu de surprises, somme toute. Mais l’intérêt est de disposer de ce rapport qui objectivise la situation sur cette période. Un outil utile pour les ONG qui n’ont pu reprendre leur droit de visite qu’à partir du 15 juillet.

 

 

LES FLOPS

 

Frontières intérieures

Alors que la suppression des frontières est considérée comme un des acquis essentiels de l’aventure européenne, la Belgique… enfin non, la Flandre… enfin non, quelques communes côtières – Blankenberge, Oostende, Knokke –, suite à une bagarre sur une plage de Blankenberge, ont décidé de les rétablir à leurs entrées. En tout cas, pour tout ce qui, de près ou de loin, ressemblerait à un jeune Bruxellois pas tout à fait blanc et champion du lancer de parasol, et accessoirement pour tous les gueux, de Bruxelles ou d’ailleurs, à qui il viendrait à l’idée de venir faire profiter à leur frigobox de l’air de la mer, décidément de plus en plus nauséabond.

 

Bandes de…

Ce fait divers caniculaire et épidémique à Blankenberge fut l’occasion de voir le ministre de l’Intérieur rappelé en urgence pour répondre aux questions de parlementaires en commission de l’Intérieur ! Sans doute estimait-on que le pays étant au bord de la catastrophe pour une affaire de parasols et de sable qui volent, et de coups qui se perdent pendant une vingtaine de minutes. Ce fut aussi l’occasion d’entendre certains de ces parlementaires parler « des bandes criminelles de jeunes allochtones venus de Bruxelles »… Des mots qui rappellent le mépris et la méconnaissance de Bruxelles de la part de certains Flamands, mais aussi l’évidence que des jeunes nés en Belgique, de parents nés en Belgique, ne sont toujours pas considérés comme composantes de la Belgique.

 

Vérité et Réconciliation, mais…

Le passé colonial de la Belgique, enfoui sous des tonnes de bonnes excuses pour ne pas l’affronter, a été ramené à la surface avec les manifestations qui ont secoué les Etats-Unis après la mort de George Floyd. Manifestations, statues déboulonnées ou dégradées, demandes d’excuses, … Différents collectifs ont fait entendre leurs voix pour réclamer que ce passé colonial soit enfin dénoncé et que des excuses, voire des réparations, soient faites. La Chambre des représentants a proposé qu’une commission – Vérité et Réconciliation – soit mise sur pied, et ce sera le cas. Dès cette annonce s’est posé la question de sa composition… Des historiens, certes, mais lesquels ? Belges ou Congolais ? D’ici ou de là-bas ? Institutionnels ou issus de la société civile ? Depuis, dissensions et querelles se sont multipliées sur la légitimité de qui la composera… Vérité et Réconciliation, mais pas tout de suite et pas avec tout le monde.


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