Ali Doğan Gönültaş Trio

Héritier d’une culture musicale ancestrale, Ali Doğan Gönültaş est un musicien kurde à la voix sublime. Il est né à Kiğı, une petite ville d’Anatolie orientale, qui fait partie de Bingöl, près de la région tristement célèbre de Tunceli (Dersim en Kurde). Zone montagneuse difficile d’accès, économiquement sans importance, historiquement improductive, elle est peu peuplée et le tourisme n’y joue aucun rôle. Un mythe entoure pourtant cette région et sa culture : le nom “Dersim”, interdit par les politiciens turcs, devenu un mot de code pour désigner une rébellion latente – présente aussi dans la musique. Une grande partie de la population appartient à l’alévisme, un mouvement islamique répandu en Anatolie, qui trouverait ses origines dans la montagne sacrée de Munzur, culminant à près de 3 500 mètres d’altitude. Deux langues kurdes différentes y sont parlées : le zazaki par la majorité et le kurmanji plus minoritaire. Des Turkmènes et des Arméniens vivaient également dans la région, nombreux y étant assimilés avant le génocide de 1915.

 

Diplômé des départements d’archéologie et de radio-télévision et cinéma de l’université de Kocaeli sur la mer de Marmara, Ali Doğan Gönültaş a débuté sa carrière professionnelle en tant que musicien en 2015 avec le groupe indépendant Ze Tijê. Membre fondateur du groupe, il a sorti deux albums en tant que compositeur, arrangeur et interprète et a collaboré aux bandes originales de films tels que My Own Life (2014) et Seng (2021). En tant que compositeur, il a participé au projet “La voix de la ville comme exemple du patrimoine culturel immatériel (Diyarbakır)”. Depuis 2020, il travaille comme rédacteur musical pour l’émission télévisée “Voix et traces” de la chaîne Can TV. En tant que modérateur de l’émission, il propose une variété de styles et de genres musicaux folkloriques de Turquie.

 

De 2007 à 2017, il a mené des recherches sur le patrimoine musical de Kiğı. Le premier résultat en 2018 a été une série de concerts solo “Xo Bi Xo” avec des chansons en kurmandji, en turc et dans sa langue maternelle zazaki. Il poursuit ce travail musical en 2022 avec l’impressionnant album Kiğı qui porte le nom de sa ville natale. Il y porte un regard personnel sur son trésor musical, vieux de 150 ans, avec des morceaux dans les langues locales : kirmancki (Zazaki), kurmanji et kirdaski (tous deux dialectes kurdes), arménien et turc.

 

Dans ses concerts, il donne la parole à des cultures qui risquent de tomber dans l’oubli et emmène le public dans un voyage intemporel à travers d’innombrables mélodies où vibre toute la beauté de l’Anatolie orientale.