#359 - novembre/decembre 2021

Who’s Who

Sur la ligne du temps entre 1981 et aujourd’hui, nous avons replacé les directeurs et directrices, présidentes et présidents, plus quelques figures qui ont marqué de leur empreinte la diversité des missions du CBAI. Autant vous dire que la galerie de portraits est largement incomplète. Les 15 courts portraits qui suivent ressemblent à une construction Lego où chaque pièce s’emboite l’une dans l’autre, illustrant une cohésion intrinsèque autour des valeurs qui nous rassemblent.

 

Nous tenions également à citer les noms de tous celles et tous ceux  qui se sont impliqué·es dans l’aventure du CBAI depuis 40 ans, en tant que membres de l’équipe, dans le conseil d’administration ou à l’assemblée générale de l’association.

 

 

PORTRAITS

 

René De Schutter est un personnage fondamental dans la préhistoire du CSCIB. Economiste de formation, élu secrétaire régional de la FGTB de Bruxelles-Hal-Vilvorde en 1966, il se soucia d’emblée des droits des travailleurs étrangers. 

 

Non seulement il s’entoura de militants issus de l’immigration pour atteindre ses objectifs, mais il impulsa de nouvelles structures, dont le CLOTI, Comité de liaison des organisations des travailleurs immigrés. Il conduisit les sections professionnelles du syndicat à accueillir les immigrés comme affiliés mais aussi comme personnes à défendre. Un tour de force dans un contexte où le débat de quasi toute la classe politique autour des immigrés était pollué par les propos et actes racistes de Roger Nols, bourgmestre de Schaerbeek.

 

Il négocia également la mise sur pied du Conseil consultatif des immigrés de la Communauté française, qui démarra la même année que le CSCIB.

 

Les convictions et visions du militant permirent de gagner des batailles en faveur des droits sociaux et politiques des immigrés et de fédérer des solidarités, traçant ainsi un sillage qu’a pu suivre, entre autres, le CSCIB.

 

Ce puissant stratège politique mais piètre gestionnaire fut contraint de démissionner de la FGTB. Il retrouva sa vocation d’économiste et fonda en 1978, avec des syndicalistes et tiers-mondistes, le GRESEA, Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative – plus nécessaire que jamais aujourd’hui. Il s’est éteint en 2005 et repose au bord d’un lac en Italie. 

 

Nathalie Caprioli

Ordonné prêtre franciscain à Milan en 1961, diplômé en littérature et philosophie, Bruno Ducoli s’installa à Louvain pour étudier la sociologie. Après un crochet par la Somalie, il reviendra à Bruxelles où il “trébuchera”, au hasard d’une rencontre, sur l’immigration populaire italienne en butte aux discriminations.

 

En 1971, il co-fonda le Centro d’azione sociale italiano-università operaia, le CASI-UO, qui mènera un travail à la fois de définition d’identité et d’insertion des immigrés dans la société. Là et dans bien d’autres projets, il n’eut de cesse d’encourager le développement d’intellectuels provenant de la classe ouvrière immigrée.

 

Sur base de ses expériences, il prôna un Centre “de deuxième ligne” ayant pour tâche “de renforcer le tissu associatif issu des immigrations et surtout de s’appuyer sur les éléments culturels des communautés pour permettre la rencontre avec la société globale dans un rapport égalitaire (…). D’emblée, le Centre essayera de réaliser un équilibre entre l’insertion socioculturelle des personnes issues de l’immigration et la reconnaissance et le soutien à l’expression de leur identité culturelle”. Avec l’appui d’associations migrantes, des deux syndicats et de l’ancêtre de la COCOF, il fonda et dirigea ainsi le Centre Socio-Culturel des Immigrés de Bruxelles (CSCIB) à partir de 1981, tant pour former des cadres interculturels que pour valoriser et diffuser le patrimoine et la création culturelle des immigrés.

 

Visionnaire sur les politiques d’intégration à mener, Bruno fut l’auteur de nombreuses publications sur l’immigration en français, allemand, anglais, espagnol et italien. “Ils vont rester”, titra Le Soir lorsqu’il lança le CSCIB. C’est aussi lui qui popularisa la formule “Unir sans confondre, distinguer sans séparer”. Elle signifie que, dans le cadre de problématiques générales liées aux inégalités socio économiques, il faut, quand on parle d’immigration, évoquer aussi les discriminations et stigmatisations culturelles, ethniques et religieuses vécues par les populations de manière particulière. 

 

Grâce à un projet pilote européen, Bruno lança, avec l’aide de Javier Leunda et de Christine Kulakowski, la première formation d’animateurs et de cadres associatifs dans l’immigration en Belgique, basée sur l’affirmation d’une “spécificité” et d’une “fierté” culturelles à reconnaître et à défendre.

 

Porteur de projets d’éducation interculturelle financés par la Commission européenne, président du Conseil consultatif de la Communauté française pour les personnes d’origine étrangère (CCPOE), vice-président de la Commission mixte de concertation entre les institutions régionales et les populations d’origine étrangère de la Région de Bruxelles-Capitale: Bruno maintint son engagement jusqu’à son retour en Italie en 2001, où il créa – c’est plus fort que lui – le Centre européen de rencontre et de ressourcement à Gargnano, qu’il dirigea jusque fin 2020. Il s’est éteint le 13 avril 2021 à 85 ans.

 

Hamel Puissant

Cher François (Rigaux), Francis pour les amies et amis, et cher Jacques (Zwick),

 

Nous avons partagé notre présence aux destinées du CBAI. Toi Francis, comme président de 1981 à 1991, et toi Jacques en en prenant la relève jusqu’en 1999. Et moi comme vice-présidente depuis le début de cette pétillante institution jusqu’au jour où j’ai passé la main avec Jacques, car c’est bien au même moment que nous avons pris congé de nos respectives fonctions. Te rappelles-tu la belle soirée de remerciement que notre Bruno et toute l’équipe du CBAI nous avaient organisée? 

 

Pour moi donc, cela fait une vice-présidence de 18 années. Qui s’en rappelle encore? Tout s’oublie si la mémoire collective ne l’inscrit pas quelque part. C’est pourquoi j’écris ici des traces de mémoire sans prétention.

 

Mon souvenir le plus poignant? La visite au CBAI du roi Baudouin en 1984. Assise en tant que vice-présidente à ses côtés, comme le protocole l’exigeait, j’ai été impressionnée par sa simplicité et par son écoute attentive des questions de l’immigration. Frappée aussi de sa rencontre avec les jeunes d’origine étrangère de la “deuxième génération”. La phrase “il y a des regards qui tuent” prononcée par un jeune du groupe l’avait à tel point touché qu’il l’avait reprise dans la salutation de départ en s’excusant auprès de ces jeunes “pour tous ces regards qui tuent”.

 

Ma contribution la plus originale ? La rédaction d’une des publications parmi les premières  du CBAI dans laquelle on déconstruisait, à l’aide de données objectives, les principaux stéréotypes collés sur la peau des migrants. Son titre était  “Stéréotypes et opinion publique”. Et puis d’une deuxième sur “Comment venir séjourner, résider, rester en Belgique”.

 

Ma joie la plus durable? Avoir côtoyé et collaboré avec des personnes de grande carrure humaine lesquelles, comme moi aujourd’hui, dans tout espace d’ici ou d’au-delà où elles se trouvent, sont certainement fières d’une Bruxelles encore plus multiculturelle que New York elle-même.

 

Silvana Panciera

Elle n’était pas séparable de la militante de gauche “communiste de cœur et socialiste de raison”, fonctionnaire pensante et créatrice de nouveaux dispositifs. Elle a fait histoire par son engagement, à partir du militantisme progressiste juif engagé dans toutes les tentatives de réconciliations. Qu’est-ce donc qu’une personne qui réunit autour d’elle et en elle la beauté, la discrétion, la modestie, la sereine appréciation des rapports de force politiques, l’innovation audacieuse dans le travail de l’administration, le soutien sans faille aux penseurs, aux créateurs, l’engagement militant d’une juive auprès des Palestiniens, la militante laïque et athée en constant débat amical et fraternel avec les communautés catholiques animées par les militants du CEFA-UO et du CASI-UO? 

 

Thérèse aimait et comprenait davantage les devenirs minoritaires que les identités/majorités, les lignes de fuite que les lignes du parti. Je pense à elle comme une Antigone. Toujours à se battre avec Créon en réprouvant l’incivisme de ses frères, dans les murs sur les agoras et au dehors sur les marges. Parfois son sourire légendaire, empreint de tristesse et de fatalité, car on ne naît pas impunément au bout d’un massacre pour persister ensuite malgré les goulags, fussent-ils empreints de freins civilisés. A la suivre, elle persista dans les croisées, on sait les malédictions que la sagesse antique voue aux carrefours, à la jonction de l’associatif et du syndical, de l’Etat administratif et de la citoyenneté civile, du règlement administratif et de l’innovation transgressive, du marxisme en crise et de la psychanalyse ouverte à l’investissement social du désir. Mais surtout, elle se tenait, à la jonction, si rare, de la pensée et de l’action, de la première ligne qui l’a aimée et des états-majors qu’elle agaçait et qui feignaient de la mépriser.

 

Thérèse joua un rôle décisif dans la mise sur pied et dans la pensée critique et instauratrice des centres culturels de la Communauté française. Elle a rapidement perçu toute la pertinence des Universités populaires, placées dans les premières lignes du travail social, transversal, unissant la culture d’origine autant que les technologies de pointe, les substrats folkloriques. Et l’histoire des luttes s’origine pour elle et avec ses amis dans la notion et l’activation de la démocratie culturelle. Elle montrait ainsi sa capacité à aller chercher et soutenir les bricoleurs, les innovateurs. Combien d’autres projets encore devraient se lever pour dire les encouragements et les appuis, les critiques sereines qu’elle leur a procurés?

Membre du conseil d’administration du CBAI de 1981 à 2005, Thérèse ne manqua pas de partager son énergie et son militantisme au profit de l’association.

 

Pierre Ansay

Intellectuel engagé guidé par le marxisme, François Rigaux menait une vie professionnelle déjà bien remplie avant de devenir le premier président du CSCIB en 1981. Juriste, juge, professeur de droit à l’UCL, auteur prolifique, membre du Comité de parrainage du Tribunal Russel pour la Palestine, militant de la liberté et du droit des peuples (des Sahraouis aux Tibétains), il n’eut de cesse de défendre les réfugiés et “déshérités du droit international”. Il collabora aussi à la rédaction de la loi relative à l’accès au territoire, le séjour, l’établissement et l’éloignement des étrangers qui fut votée en 1980.

 

Ce juriste aussi singulier que connu et reconnu permit d’asseoir la cause du CSCIB, notamment en organisant en 1984 la visite du roi Baudouin dans les bureaux de l’avenue Stalingrad – ce qui valut à l’association une large couverture médiatique.

 

Charismatique et au service de la cause, François Rigaux fut un empêcheur de penser en rond. Il marqua l’asbl pendant les 10 années de sa présidence, convaincu que les missions du CSCIB concernaient la société dans son ensemble. Il est décédé en 2013 à l’âge de 87 ans.

 

Nathalie Caprioli

C’est un beau jour de juin 1998 que j’ai fait la connaissance de Javier Leunda, dans les locaux fraichement rénovés du Centre espagnol de formation et d’action-Université ouvrière (CEFA-UO). Au sortir de mes études universitaires, avec un mémoire que je portais non sans fierté dans le creux de ma main, je me suis rendu à un entretien que ce monsieur avait bien voulu m’accorder. J’étais loin de me douter que cet homme, au préalable très affable et élégant, allait jeter mon mémoire dans un tiroir de son bureau, devenir mon maître et m’entraîner dans l’aventure extraordinaire qu’a représenté le projet de recherche action Hard, dont il fut l’inventeur1.

 

Après avoir fui l’Espagne franquiste dans la clandestinité à la suite d’une condamnation à mort, Javier arriva en Belgique au terme d’un long périple, où il suivit une formation d’anthropologue à l’ULB. Quelques années plus tard, Javier forma avec Christine Kulakowski, le fameux binôme de formateurs qui posera, au CBAI, les fondements de la pédagogie interculturelle dans le champ de la formation pour adultes.

 

J’ai eu cet immense privilège de le suivre tant bien que mal sur les chemins sinueux et escarpés du projet Hard. Javier a été un de ces maîtres de chemin dont parlent les traditions africaines, toujours en mouvement, comme ces nomades qui franchissent indifféremment les frontières, pour aller vers d’autres espaces, nécessaires au renouvellement et ressourcement des forces de vie.

 

De lui, j’ai appris, ô bien des choses … que je ressens dans mon ventre, comme des traces vivantes. Je retiendrais ceci. Nous gagnons à envisager les travailleurs sociaux et les formateurs que nous sommes comme des sculpteurs qui taillent leurs pierres et se déterminent dans cette création à laquelle ils œuvrent. C’est l’activation et le réaménagement permanent des dispositifs que nous manipulons, habités par une intention transformatrice, ce que Javier appelait le “travail de fabrication de l’objet”, qui permet la construction des humains auxquels nous destinons nos actions.

 

Alexandre Ansay

 

[1] Les autres fondateurs du projet Hard sont Reyes Garcia de Castro, Enrique Leunda, Alberto Maynar, Omar Bergallou, Redouane Zine.

Abdel Fargaoui fut l’un des fondateurs et piliers de ce qu’était le Centre socio-culturel des immigrés de Bruxelles et est le CBAI, ensemble avec Bruno Ducoli, Abderrahmane Cherradi et Acindino Garcia.

 

Arrivé en Belgique fin des années 1960 pour étudier, il s’investit rapidement dans le champ social et les droits des immigrés. C’est tout simplement qu’il entra dans l’aventure de notre association. Au CSCIB/CBAI, c’est lui qui, durant plus de dix ans, a tenu les comptes de l’association. Il ne le fit pas de mauvaise grâce, même s’il n’adorait pas les chiffres, mais en homme de parole, il le fit, parce qu’il bien fallait que quelqu’un le fasse. Il était comme cela Abdel, il aidait.

 

Outre ce travail de gestion des comptes, il fut à l’initiative ou partie prenante de projets qui ont marqué l’histoire de l’association, voire de la société bruxelloise:  le Festival du film arabe qui est devenu le Festival du film méditerranéen (Cinemamed) qui a lieu chaque année. La “fréquence arabe”, pour laquelle il remit un rapport qui portait le projet de la création de radios locales s’adressant aux personnes issues des migrations des pays du Maghreb. Le Conseil consultatif des musulmans de Belgique ; “ancêtre” de l’Exécutif des musulmans de Belgique pour lequel il œuvra sans relâche. Ces deux derniers dossiers qui, pour diverses raisons, le minèrent durablement. Au milieu des années 1990, il quitta le CBAI et devint médiateur scolaire au CERIA.

 

On ne le dira pas suffisamment, chez qui l’a connu, évoquer Abdel Fargaoui fera immédiatement apparaître un sourire et pétiller les yeux. Abdel, c’était un homme bien, un homme bon, un homme chaleureux, un homme bienveillant, empathique, toujours là pour qui le sollicitait, et ils furent nombreux, au CSCIB/CBAI, et plus tard au CERIA, jamais avare de son temps ni de son énergie. Abdel Fargaoui, un collègue, un compagnon de route, un ami nous a quittés en novembre 2020.

 

Massimo Bortolini

 

* Question qu’il posait à qui rejoignait l’équipe. C’est qu’Abdel Fargaoui était aussi un homme drôle.

Jacques Zwick succéda à François Rigaux à la présidence du CSCIB en 1992 et ce pendant 7 années. Tout comme son prédécesseur, Jacques Zwick fit des études de droit mais il abandonna le barreau après quelques années au profit d’un engagement au sein de la société civile. Secrétaire général de la Ligue des familles durant 33 ans, il va, à l’heure de sa pension, poursuivre plusieurs mandats de président dans divers organismes luttant pour plus de justice sociale et de démocratisation de la culture, deux causes qui l’animaient. Rien d’étonnant qu’il ait accepté de présider le CSCIB, devenu CBAI durant son mandat, retrouvant ainsi Thérèse Mangot, compagne de lutte de longue date.

 

Je me souviens de lui comme d’un homme rigoureux mais aussi jovial et ne manquant pas d’humour. Il apporta une certaine légèreté aux réunions du conseil d’administration, tout en considérant avec sérieux les questions qui y étaient abordées. Bon orateur, il défendait bec et ongle ses convictions mais laissait une grande autonomie à l’équipe et à son directeur de l’époque, Bruno Ducoli, en qui il faisait confiance. Je me souviens ainsi de certains désaccords nés à l’occasion de la publication d’articles dans l’Agenda interculturel, mais jamais il ne voulut nous imposer sa vision, quitte à démissionner si  nos divergences avaient heurté ses convictions. Il ne le fit pas.

 

Je retiendrais enfin la bienveillance dont il faisait preuve et que j’ai pu apprécier à de nombreuses reprises et notamment à l’occasion de la première édition du projet “La culture a de la classe” organisé par la COCOF. Président du jury, auquel j’ai pu participer dans les premières années, il trouvait nos jugements trop sévères et milita pour donner une chance à tous les projets présentés, tout en les accompagnant. Donner une chance à tous, voilà sans doute aussi ce qui a été une de ses raisons d’être. Pour terminer ce bref et forcément très lacunaire portrait, je vous livre une phrase que Jacques Zwick aimait répéter: “Le long terme est notre urgence”. 

 

C’était dans les années 1990. Dirait-il la même chose aujourd’hui ?

 

Françoise Berwart

Chercheur à l’ULB, Bruno Vinikas aurait pu continuer sur sa lancée et étudier certains phénomènes géochimiques produits dans les charbonnages belges, Toutefois, il s’engagea aussi graduellement dans le syndicalisme dès les années 1960, d’abord comme délégué syndical du personnel scientifique de l’ULB puis comme militant interprofessionnel aux côtés de René De Schutter pour l’aider à accomplir ses nouvelles fonctions de secrétaire régional de la FGTB de Bruxelles. “J’ai suivi René. C’est grâce à lui et aussi à Thérèse Mangot que je me suis intéressé à la problématique des immigrés.”

 

Dans les années 1980, il siégea comme vice-président au Conseil consultatif des immigrés de la Communauté française, aux côtés d’un second vice-président… un certain Bruno Ducoli. C’est à partir de cette époque que remontent leur collaboration et leur amitié. “Tous les deux, nous avons manœuvré pour que Thérèse Mangot devienne la secrétaire de ce Conseil. Nous nous entendions bien, on nous appelait parfois le trio infernal.”

 

Entre 1989 et 1993, en toute cohérence, il officia comme Commissaire royal adjoint à la politique des immigrés. 

 

C’est en 1999 que son ami Jacques Zwick, affaibli par la maladie, lui céda la présidence du CBAI. “Je me suis réjoui de pouvoir retravailler avec Bruno Ducoli qui m’accueillit… en annonçant qu’il se retirerait dans un an et que je devais donc l’aider à assurer son remplacement.” Ce qu’il fit, en plus d’accompagner plus tard, avec un groupe de travail composé d’Andrea Rea, de Christine Schaut et de Luc Carton, la candidature du CBAI pour la fonction de centre de référence à la politique de cohésion sociale – ce qui deviendra le CRAcs, dans un CBAI en expansion. 

 

Dans un souci de meilleure représentativité, il invita Pol Zimmer (alors directeur de cabinet adjoint au ministre Didier Gosuin, FDF) puis Jacques Debatty (secrétaire fédéral adjoint CSC Bruxelles-Hal-Vilvorde) à le rejoindre en tant que vice-présidents. Trois hommes blancs d’un âge mûr… “C’est vrai, même si une directrice et une directrice adjointe conduisaient effectivement le CBAI. Mais quand j’ai estimé qu’il était temps de passer la main, j’ai trouvé une successeuse.”

 

Nathalie Caprioli

Succéder en 2000 au père-fondateur-directeur eut de quoi provoquer quelque vertige chez Christine Kulakowski, tant la personnalité de Bruno Ducoli fut prégnante. Et en externe, ce fut ni plus ni moins les attentats des Tours jumelles en 2001 et tous les 11 septembre du monde entier qui bousculèrent méchamment son agenda. “Alors que je pensais profiler le CBAI sur la problématique des primo-arrivants, l’actualité nous a imposé de travailler sur la levée des amalgames et stéréotypes contre les musulmans, une posture qui mit à mal la visée plus large de l’interculturel.”

 

Durant les deux décennies de sa direction où l’équipe a doublé en nombre, Christine positionna davantage le CBAI comme acteur de deuxième ligne. “Je n’avais pas l’ancrage politique de Bruno Ducoli, et d’ailleurs je ne le souhaitais pas particulièrement. J’ai continué à développer l’expertise interculturelle du CBAI, en suivant la ligne tracée dès le début : essayer de donner la parole aux collectifs de migrants. Avec un regret, celui de n’avoir pas joué un rôle équivalent au Minderhedenforum (Forum des minorités) en Flandre.”

 

Sa revanche, elle la prit résolument en 2009 au sein de la Plateforme contre le racisme où elle réunit des associations anciennes au même titre que des collectifs récents.

 

Avec la promulgation du décret sur la Cohésion sociale en 2006, Christine travailla à une reconnaissance supplémentaire de l’expertise du CBAI en incorporant les missions portées par le CRAcs, Centre régional d’appui à la cohésion sociale. “Le CBAI a réfléchi avant de déposer sa candidature auprès des pouvoirs publics, car les missions du CRAcs, qui se situent entre le monde associatif et le pouvoir politique, exigent de tenir une position juste, adéquate, critique. Malgré cette difficulté, il s’agissait aussi de saisir l’opportunité de pouvoir peser sur le dossier de la cohésion sociale en tenant compte à la fois des enjeux associatifs et politiques.”

 

Partie à la retraite trop discrètement en mai 2020, crise socio sanitaire oblige, la deuxième directrice du CBAI a continué à soutenir quelques mois le secteur formation du CBAI – une boucle bouclée, puisque ce fut comme formatrice qu’elle débuta au CSCIB à l’âge de 29 ans.

 

Nathalie Caprioli

Amidou n’oublie pas ses racines, et s’il s’en revendique fièrement c’est beaucoup grâce à l’empreinte que le CBAI lui a laissée lorsqu’il était formateur. “Les formations du CBAI m’ont ouvert sur moi-même, moi qui suis issu d’une éducation où tout se passe en sourdine. Mieux se connaître, c’est mieux connaître les autres.”

 

Et donc, pour évoquer son expérience au CBAI entre 1992 et 2004 comme collaborateur, puis formateur puis directeur adjoint, Amidou commence naturellement par ses parents. Son père arrivé en Belgique en 1965, poussé par sa femme qui cherchait à les sortir de la misère. Le travail dans le bâtiment, puis le regroupement familial deux ans plus tard – Amidou avait alors 8 ans et quitta sans regret Beni Makada, bidonville de Tanger. 

 

Il embrassa les études, licence en sciences politiques puis en droit maritime et aérien, faisant ainsi partie des “miraculés” de la classe ouvrière, mais n’échappant pas au racisme. Gamin, il cohabita avec les affiches “Non aux Maghrébins”. 

 

Il fit ses armes à Jeunesse Maghrébine, association phare gérée par des jeunes bruxellois de la deuxième génération d’immigrés, qui portaient un discours par et sur eux-mêmes. En 1992, quand Abdel Fargaoui quitta le CBAI, Amidou y entra. Le souvenir de sa première réunion d’équipe reste gravé: “Bruno Ducoli, le patriarche, parlait devant les ouailles qui écoutaient religieusement. Quel contraste pour moi qui avait connu le brouhaha des réunions de JM!”

 

Avec Hamel Puissant, il soutint les associations immigrées tout en découvrant le style CBAI: un travail de longue haleine qui ne se voit pas toujours, innovant par son approche interculturelle pour faire société, en commençant par la composition même de l’équipe du CBAI qui devait refléter cette diversité sociale dont lui-même faisait partie. “Bruno Ducoli savait que la deuxième génération, scolarisée, allait rester. Il fallait donc former des cadres qui devaient ensuite prendre leur place dans la société.”

 

Après le départ à la retraite de Bruno Ducoli, Amidou termina son parcours au CBAI comme directeur-adjoint. Deux années où le triumvirat (avec Christine Kulakowski et Françoise Berwart) s’est cherché, dans le difficile remplacement du fondateur du CBAI. C’est comme conseiller en éducation permanente au cabinet de la ministre Fadila Laanan, amie depuis l’époque de Jeunesse Maghrébine, qu’Amidou poursuivra sa trajectoire où il a continué à défendre les petites associations d’origine immigrée.

 

Nathalie Caprioli

La sociologie, ça mène peut-être à tout… il n’empêche que Françoise Berwart ne se doutait pas, lorsqu’elle écoutait semi doctement Claude Javeau dans les auditoires de l’ULB, qu’elle commencerait sa carrière professionnelle en mettant sur pied le centre de documentation du CSCIB.

 

Elle a débuté au CSCIB en 1984, via le CASI-UO où elle militait, sur la proposition de Bruno Ducoli, directeur à cette époque. D’abord comme bénévole, puis CST, puis TCT, et enfin en CDI, Françoise Berwart est restée plus de 30 ans dans ce qu’elle identifie comme un outil utile, important, voire essentiel au service des populations migrantes ou issues des migrations et qui, au fil du temps, s’est transformé en une interface entre ces populations et les pouvoirs publics, ou plus largement la société civile. C’est le projet de société que les actions menées par le CSCIB/CBAI sous-tendaient qui l’a motivée à rester aux différents postes qu’elle a occupés.

 

Souplesse incarnée, polyvalente de service… S’il fallait la définir par un objet, le couteau suisse serait le plus indiqué. Après la mise sur pied du centre de documentation, elle fut rédactrice adjointe de l’Agenda culturel (ronéotypé dans les caves) et le fit devenir un magazine plus consistant, avant d’en laisser les rênes à d’autres; elle développa les premiers projets et événements culturels dont les concours Musique sans frontières, de multiples expositions photos et arts plastiques avant d’en remettre les clés à d’autres; elle coordonna la seconde expérience-pilote d’enseignement interculturel, et c’est à cette occasion qu’elle rencontra Margalit Cohen-Emerique dont l’apport reste déterminant dans l’approche interculturelle que développe le CBAI ; enfin, comme directrice administrative et directrice-adjointe, elle accompagna la transition (propre à tout le secteur non marchand) vers une “professionnalisation” concernant tant la gestion d’une équipe de plus en plus nombreuse que celle des subventions et des relations avec les pouvoirs subsidiants.

 

Depuis 2015, Françoise Berwart est fonctionnaire au service de Prévention et de Cohésion sociale de Watermael-Boitsfort. Cependant, les relations avec le CBAI demeurent. La stabilité, la constance et la reconnaissance étant d’autres traits de son caractère. Elle fait ainsi régulièrement appel aux formateurs pour des contenus interculturels ou au CRAcs pour des questions liées au décret Cohésion sociale. Et est bien entendu toujours une lectrice attentive d’Imag.

 

Massimo Bortolini

L’ouverture aux autres cultures fait partie des racines et de l’éducation d’Angela Scillia, elle qui descend d’une lignée d’Italiens qui furent poussés à émigrer. Journaliste pendant plus de 10 ans, elle fut confrontée à son ethnocentrisme au cours de ses voyages. “Je pensais avoir un regard équilibré. Mais une fois sur le terrain, je me suis rendu compte que je devais apprendre à me décentrer.” Pour objectiver ses questionnements à l’aide des outils pédagogiques, Angela suivit une des formations à l’approche interculturelle du CBAI.

 

Déconstruire la vision patriarcale et colonialiste de la société, donner la place aux Afrodescendants font partie du credo d’Angela Scillia. Comme journaliste, dans un syndicat puis à la Fédération Wallonie-Bruxelles, sa trajectoire professionnelle se dessine en toute cohérence au rythme de ses convictions. “Où en est la diversité? Il nous faut constater que la société et les institutions lui laissent peu de place et l’écoutent encore trop peu. Les missions du CBAI ont plus que jamais leur raison d’être aujourd’hui.”

 

Alors active dans le conseil d’administration du CBAI depuis 5 ans, Angela Scillia fut élue présidente en octobre 2014 et assura la transition entre Bruno Vinikas et Christine Schaut durant une année.

 

Nathalie Caprioli

Professeure de sociologie à l’ULB, Christine Schaut s’intéresse à l’analyse de l’action publique urbaine et à ses effets sur les populations et les acteurs chargés de la mettre en œuvre, entre autres le secteur associatif. En croisant architecture et sciences sociales, elle étudie les rapports entre cultures, espace et société. De quoi séduire le CBAI qui, dans un premier temps, fit appel à son expertise pour assister et soutenir les premiers pas du CRAcs. L’aventure continua de plus belle lorsqu’elle accepta d’occuper la présidence du CBAI en 2017 en plus de ses charges académiques et de son engagement auprès du Rayon Vert, asbl jettoise. 

 

Attentive au fonctionnement démocratique et sensible aux questions de genre, Christine Schaut initie une dynamique de débats et de concertations entre l’assemblée générale, le conseil d’administration et l’équipe sur des questions de société majeures comme l’adhésion du CBAI à la coalition NAPAR (pour un plan d’action interfédéral contre le racisme), ou encore sur les différentes conceptions de la neutralité et de l’intersectionnalité. Alexandre Ansay, le nouveau directeur du CBAI, l’évoque en ces termes: “Christine contribue à rapprocher des regards différents – malgré des écarts parfois prononcés – entre les membres de l’équipe qui œuvrent sur le terrain et l’assemblée générale qui perçoit des réalités. Sa qualité d’écoute participe à ce rapprochement.”

 

Les pieds sur terre, lucide, vigilante. Christine Schaut a saisi que le CBAI a amorcé un tournant. Il se doit de tendre l’oreille aux mouvements qui crient leur indignation face aux discriminations, et de les considérer comme parties prenantes à l’action interculturelle.  

 

Nathalie Caprioli

C’est au CEFA-UO qu’Alexandre Ansay, jeune diplômé en philosophie, a façonné son identité de travailleur social, avec un goût pour la recherche action. En 8 ans, il gravit les échelons un à un : stagiaire puis apprenti puis formateur puis coordinateur du dispositif Hard inventé par Javier Leunda. Le métier exige un engagement total, dans des conditions parfois épuisantes – un mois dans les Pyrénées en plein hiver avec un groupe d’adultes qui n’ont pas grand-chose en commun, ça forge le caractère!

 

Quand il ne sillonne pas les chemins de montagne, il se forme à l’ethnopsychiatrie (1999-2006) au Centre Georges Devereux à Paris 8. Il suit également les formations dispensées par Margalit Cohen-Emerique, une des maîtres à penser majeure du secteur formation du CBAI. Il y apprend les concepts de base de cette méthodologie, dont la décentration, ce qui l’amène à penser que bien des êtres avec lesquels il travaille ne savent pas toujours où se trouve leur “centre”.

 

2006 est l’année où le service public bruxellois francophone se dote d’un décret pour soutenir les projets de cohésion sociale. C’est aussi l’année où Alexandre devient le coordinateur du CRAcs au CBAI. Tout est à inventer: les méthodologies d’évaluation des projets de cohésion sociale, les rapports avec le cabinet, les communes, les asbl, la COCOF. Face à ces défis d’une grande richesse intellectuelle, lui et ses collègues se penchent sur les logiques tantôt de loyauté, tantôt d’allégeance, qui structurent les rapports de force entre acteurs associatifs et pouvoirs publics. “En évaluant le travail des associations soutenues par le décret de Cohésion sociale, nous avons toujours eu à cœur de faire apparaître la complexité du travail social.”

 

Le 1e avril 2020, c’est-à-dire le premier lundi qui suit l’annonce du confinement, Alexandre traverse les rues désertes de Bruxelles, croise des renards sur les grands boulevards, et commence sa première journée comme directeur du CBAI… en compagnie d’une souris qui, tous les jours, traverse le couloir dans les locaux inoccupés. L’homme avide de solitude trouve un confort certain dans cette situation inédite. En revanche, en pleine crise socio sanitaire, il devra répondre avec l’équipe aux difficultés d’adapter les métiers, basés en grande partie sur les contacts humains. Là aussi, tout est à inventer. Mais ce n’est pas tout. Redéfinir l’action interculturelle au regard des interpellations, voire des soupçons adressés au CBAI figure dans ses priorités. “Nous devons construire un lien vivant et souple entre les luttes progressistes traditionnelles et les indignations contemporaines portées par des groupes qui nous interpellent sur les questions de décolonisation, d’intersectionnalité et de criminalisation des solidarités envers les migrants.”

ILS ONT FAIT LE CBAI

 

Les anciens de l’équipe du CSCIB et CBAI

 

Driss Abenchikar

Pascaline Adamantidis

Graziella Agro

Aziz Albishari

Annie Amoureux

Soraya Amrani

Marc André

Anne-Marie Arias Canel

Rouguiatou Bah

Nassira Bendach

Loubna Ben Yaacoub

Françoise Berwart

Mourad Boucif

Anaïs Carton

Claudia Cassano

Julie Charles

Abderrahman Cherradi

Françoise Claude

Cynthia Dal

Julie Daliers

Maud Dartois

Simon Debersaques

Delphine D’Elia

Isabelle Deville

Perrine Devleeshouwer

Lynn Dewitte

Bruno Ducoli

Maria Diaz

Mohamed Dico

Abdel Fargaoui

Acindino Garcia

Irène Gilissen

Cathy Harris

Maïté de Hemptinne

Barbara Herman

Pascale Jamoule

Rabah Kaddouri

Patricia Kisoka Mateta

Christine Kulakowski

Gaëlle Lanotte

Juan Latorre

Javier Leunda

Catherine Lievens

Marie-Frédérique Lorant

Sébastien Lo Sardo

Nathalie Lutz

Alberto Maynar

Jacques Meyers

Mario Moro

Elisabeth Moulin

Valérie Mouton

Philémon Mukendi

Estelle Ngendakumana

Leila Opdebeeck

Ani Paitjan

Ilana Pastorino

Céline Remy

Florence Richelle

Carmen Rodrigues

Karim Sarton

Taouffik Semmad

Necded Senkos

Elio Serafini

Hélène Seutin

Amidou Si M’hamed

Selvi Sula

Michelle Tassin

Geneviève Thulliez

Sina Torabi

Jonathan Unger

Sarah Van Doosselaere

Christine Verstegen

Anne-Laure Wibrin

Jamila Zekhnini

 

 

Les membres actuels du CBAI

 

Sana Aalouch

Georgia Adanlété

Julie Aglave

Alexandre Ansay

Paul d’Artet

Alsira Angulo Almeida

Massimo Bortolini

Mohamed Bellafki

Sarah Bellet

Beatriz Carmargo Maghalhaes

Nathalie Caprioli

Graziella Cutaia

Hélène Delaporte

Zoï Dethier

Tanju Goban

Noë Grenier

Judith Hassoun

Valéria Lucera

Ikram Maafi

Pina Manzella

Malika Meftah

Sisi Omasombo Mwete

Pascal Peerboom

Hamel Puissant

Xavière Remacle

Denise Renson

Daniela Salamandra

Mohamed Samadi

Ndelela Sembeleke

Patrick Six

Roberta Stebel

Vanessa Vindreau

 

 

Personnes qui ont siégé au Conseil d’administration et/ou à l’Assemblée générale du CSCIB – CBAI

 

Nadège Alexandre

Aniela Ambrogetti

Suzanne Beer

Saddok Boudoukhane

Beatriz Camargo

Brahim Chkiri

Agnès Degouy

Michel De Herde

Albert Faust

Abdel Fargaoui

Ali Guisse

Fatima Harrougui

José Ledo

Thérèse Mangot

Myriam Monheim

Serge Moureaux

Silvana Panciera

Annette Perdaens

Danille Perrouty

Danielle Pieters

Françoise Pissart

Andrea Rea

Francis Rigaux

Michaël Rime

Fatiha Saidi

Bernadette Smeesters

Michel Taverne

Stéphane Thys

Nathalie de Wergifosse

Oumou Ze

Khalid Zian

Jacques Zwick

 

 

Membres actuels du CA et/ou de l’AG

 

Isabelle Allinckx

Mamadou Saliou Bah

Nicolas Bardos Feltoronyi

Mohamed Boukantar

Ilungu Buyani

Eric Buyssens

Luc Carton

Ali Ciçek

Marc Cools

David Cusatto

Jacques Debatty

André du Bus de Warnaffe

Christos Doulkeridis

André Drouart

Ahmed El Ktibi

Christine Kulakowski

Younous Lamghari

Michel Lemaire

Mélody Nenzi

Daniela Novac

Nouria Ouali

Harun Özdemir

Dogan Ozgüden

François Rinschbergh

Ana Isabel Rodriguez Marin

Roberto Santa Maria

Christine Schaut

Angela Scillia

Gabriel Solbu

Jonathan Unger

Benoît Van Der Meerschen

Bruno Vinikas

Fatima Zibouh

Pol Zimmer