Cantare l’esilio

80 ans d’immigration italienne en Belgique

Imaginez une soirée où les mélodies et les chants d’Italie résonnent entre les murs du Centre culturel d’Uccle, une soirée où l’histoire et la musique se mêlent pour raconter l’expérience migratoire italienne en Belgique.

 

80 ans se seront écoulés depuis la signature, le 23 juin 1946, des accords entre les gouvernements belge et italien qui allaient lancer l’immigration de travailleurs puis de travailleuses de l’Italie vers la Belgique. Cet événement nous invite à un moment de réflexion, de commémoration et aussi d’hommage à ces femmes et hommes qui ont quitté leur pays pour tenter de se construire une vie meilleure. Guidé par le prochain ouvrage de Marco MartinielloBande sonore de l’immigration italienne en Belgique, le festival BRuMM propose de revenir sur cette longue histoire à travers la musique et les chansons qui l’ont accompagnée.

 

UNE PASSEUSE D’HISTOIRES

Silvia Guerra  accordéon, chant

 

La soirée sera ponctuée par les interventions musicales de Silvia Guerra. Chanteuse, comédienne et accordéoniste « tout terrain », originaire de Bologne, transformée en « ritale » par migration volontaire, Silvia a posé ses valises à Bruxelles en 2011, après plusieurs années d’itinérance. Entre cirques et terrasses, caravanes et cafés, accompagnée par les êtres les plus variés, elle se forme sur place, mais jamais à (ni sur) la même place. Aujourd’hui, elle peut compter à sa décharge : un fils, plusieurs groupes et élèves de musique, plusieurs spectacles (cirque de rue, théâtre, musique). Elle écrit, nourri, joue, dirige, interprète avec ses armes de toujours : l’(auto)dérision, l’ironie et l’humour.

 

UN VOYAGE MUSICAL ET HISTORIQUE

 

Marco Martiniello

Une bande sonore de l’immigration italienne

 

En première partie de soirée, le sociologue Marco Martiniello, directeur honoraire du Centre d’Études de l’Ethnicité et des Migrations (CEDEM) à l’Université de Liège, présentera en avant-première des passages de son livre, à paraître aux Éditions Academia en novembre prochain. Puisant dans les souvenirs personnels et familiaux, le projet se situe au carrefour de l’approche historique et de la démarche sociologique. Il montre l’apport des artistes issu·es de l’immigration italienne à la scène musicale belge, mais aussi l’importance de la chanson italienne dans l’expérience migratoire et sa transmission aux générations suivantes, en perpétuant la mémoire de l’exil. En dialogue avec Silvia Guerra, l’auteur commentera, à l’aide d’extraits audiovisuels, les moments clés de cette histoire.

 

Andrea Gagliardi

La storia siamo anche noi

 

Dans un deuxième temps, Andrea Gagliardi, réalisateur et fondateur de Aria Pagana (une plateforme de promotion et diffusion des traditions musicales du sud de l’Italie), présentera des extraits d’archives sonores et visuelles, fruits d’un travail de recherche dans les campagnes napolitaines, durant les années 2000 et qui feront prochainement l’objet d’une édition sur support audiovisuel.

 

Ceux qui ont émigré dans le nord de l’Europe ont confié aux communautés rurales restées au pays le riche patrimoine culturel et musical de leurs ancêtres. Nous verrons, à travers les images présentées, comment cet héritage est conservé et transmis aux générations suivantes.

 

Né en Belgique, fils de mineur napolitain arrivé en 1948 pour travailler au Bois du Cazier à Marcinelle, Andrea Gagliardi fait partie de la 2e génération des Italiens de Belgique. A 40 ans, il décide de faire le chemin inverse de celui de son père. Enfant d’immigrés, il ressent le besoin de comprendre la raison de sa présence ici et maintenant en retournant à la source, à l’origine du grand voyage que firent ses ancêtres. 

 

Lors d’un séjour à Naples, il découvre avec étonnement la tammurriata, un répertoire de chants et de danses traditionnelles de Campanie. Depuis plusieurs années, il poursuit un travail documentaire sur les traditions musicales du sud de l’Italie. Il s’intéresse en particulier aux modes de production, de transmission et de partage des savoir-faire populaires. Il réalise en 2010, un long métrage documentaire Aria Tammora, où l’auteur à la recherche de ses racines dans la campagne napolitaine rencontre des paysans chanteurs virtuoses. En 2013, le film choral La storia siamo anche noi (« Nous sommes aussi l’histoire »), produit par le CASi-UO, donne la parole à 9 femmes immigrées italiennes de Bruxelles. Andra Gagliardi a créé l’association Aria Pagana, une plateforme de promotion et diffusion des traditions musicales du sud de l’Italie. 

 

« Renouer avec le monde de mon père, c’est renouer le fil de la culture traditionnelle dans ses aspects les plus vitaux et libérateurs. »

 

EN PISTE !

 

Riso, Patate ‘n’ Folk

 

Entre tarentelles et rythmes entraînants, impossible de rester assis !

 

Au début, c’était une recette où le riz (riso) se mélangeait dans une affaire étrange avec des pommes de terre (patate) et des moules (cozze). La scène se déroule à Bari, une terre célèbre pour sa passion pour la Peroni glacée, à consommer en grandes quantités et de préférence le dimanche à midi.

 

Et puis les Riso Patate ‘n’ Folk se forment à Bruxelles en décembre 2010. Un immense besoin d’un groupe d’amis expatriés italiens a déclenché la naissance de ce projet. La nécessité d’expérimenter l’essence des traditions populaires des Pouilles et de la propager autour d’eux à travers la musique et la nourriture.

 

Le chanteur-compositeur-interprète Matteo Salvatore, originaire de Foggia, joue un rôle clé dans la transmission de ce répertoire, enrichi par la musique de Paolo Conte, Vinicio Capossela, Fabrizio De Andrè, Tonino Carotone, avec quelques incursions dans les chansons populaires espagnoles et latino-américaines.

 

AVEC UNE TOUCHE DE DOLCE VITA

 

Pour compléter l’expérience, vous pourrez goûter aux saveurs italiennes avec un buffet de spécialités gourmandes. Et aux platines, DJ Aria vous fera vibrer sur les sons hypnotiques des musiques du sud de l’Italie.

BRuMM

Bruxelles Musiques Migrantes

 

Depuis 2018, le festival BRuMM est dédié à la promotion des musiques migrantes à Bruxelles. Ville-Monde par excellence, avec plus de 180 nationalités différentes, Bruxelles est le lieu d’existence de répertoires musicaux très riches et d’une grande diversité. Les musiques venues d’ailleurs sont désormais d’ici. Elles se sont perpétuées et réinventées dans un contexte socioculturel bien différent des sociétés qui les ont vues naître. Elles font partie du patrimoine musical bruxellois. Avec le Festival BRuMM – Bruxelles Musiques Migrantes, nous souhaitons participer à leur décloisonnement en créant des espaces de rencontres, de connaissances et d’expériences partagées. Le festival allie concerts, journée d’études, résidence de créations, activités de médiation et productions audiovisuelles.

 

TRANSMISSIONS

Chaque année, les partenaires de BRuMM définissent un thème etmettent en place des dynamiques de médiation culturelle et d’éducation permanent. Constatant la richesse et la vitalité des pratiques de transmission, nous avons choisi de les placer au cœur de cette édition. Comment les musiques venues d’ailleurs se transmettent-elles dans la capitale ? Que signifie pour un.e artiste de transmettre sa culture dans un contexte bien différent de celui qui l’a vue naître ? À qui s’adresse cette transmission ? Dans quels contextes ? En quoi cela transforme-t-il son regard et sa pratique ?

INFOS : www.brummfestival.be

 

BRuMM est un projet coordonné par le Centre Bruxellois d’Action Interculturelle (CBAI), en partenariat avec La Villa (centre culturel de Ganshoren), la Maison de la Création – MC Bockstael (Laeken), Le Senghor (centre culturel d’Etterbeek), le Centre culturel d’Uccle, en partenariat avec le Centre d’Etudes de l’Ethnicité et des Migrations  (CEDEM-ULg).