
#373 - septembre/octobre 2024
Grosse fatigue
Dans les services sociaux et de santé
Souffrances psychiques dans l’exil
Des outils pour en parler
À l’heure où les politiques migratoires belges ne cessent de se durcir et jettent des milliers de personnes à la rue au mépris des décisions de justice, plaider et s’outiller pour un meilleur accueil des personnes exilées ne relèvent plus seulement d’un acte de soin en faveur de leur santé mentale, mais aussi d’un acte de résistance politique en faveur de leur dignité.
La visibilité des questions de santé mentale dans le débat public s’est accrue ces dernières années, notamment à la suite de la crise due au Covid. Malgré ce regain d’intérêt, tous les publics ne sont pas pour autant logés à la même enseigne et les inégalités en matière d’accès aux soins de santé mentale demeurent importantes. Or, si cet enjeu ne va déjà pas de soi pour des personnes relativement bien insérées socialement, il devient particulièrement aigu pour les catégories les plus précarisées de la population. Parmi celles-ci, on retrouve les personnes exilées (quel que soit le motif de migration) récemment arrivées en Belgique, et notamment celles ne possédant pas de titre de séjour valide. Sans accès à des droits essentiels (travailler, se loger, se former, etc.), dépourvus de nombreuses ressources (économiques, sociales, culturelles, etc.), ce public fragilisé bénéficie certes d’aides mises en place par des acteurs associatifs – bénévoles comme professionnel·les – particulièrement impliqués. Ce soutien dissimule cependant mal l’insuffisance générale des structures d’accueil en Belgique, traduisant la frilosité des pouvoirs publics qui, s’agissant du niveau fédéral, se manifeste même sous la forme d’une franche hostilité à l’égard des migrant·es.
La limitation des places dans les structures gérées par Fedasil a par exemple engendré la suspension de l’accueil des hommes seuls en demande de protection internationale, les jetant par milliers dans la rue. Cette mesure a fait l’objet de près de 10.000 condamnations de l’État belge par les tribunaux nationaux (tribunaux du travail et Conseil d’État) et internationaux (Cour européenne des droits de l’homme et Cour de justice de l’Union européenne). Les autorités publiques fédérales refusent pourtant de se conformer à ces décisions judiciaires, de payer les astreintes afférentes et empêchent leur exécution forcée. Cette situation constitue de fait une remise en question inédite de l’État de droit en Belgique. Plus largement, c’est l’ensemble des politiques d’asile et migration qui se durcissent sensiblement avec la volonté de « réduire l’attractivité de la Belgique », et rendre plus difficile l’accès au territoire belge. Cette évolution s’inscrit dans une tendance plus large qui voient les idées ultraconservatrices et d’extrême-droite se propager et servir de socle aux politiques publiques.
Or, un tel contexte politique n’est-il pas de nature à engendrer un environnement très anxiogène pour les personnes exilées qui vivent en Belgique ? Si l’État de droit ne constitue plus une sécurité sur laquelle compter, si l’on risque d’être traité·e arbitrairement et renvoyé·e dans son pays d’origine malgré les risques encourus, les effets sur le sentiment d’être accueilli·e dignement ne sont-ils pas désastreux ? Avec toutes les conséquences négatives sur la propagation des troubles psychosociaux parmi cette frange de notre population déjà fragilisée par les traumatismes vécus dans le pays d’origine et/ou lors du voyage pour arriver en Belgique. En tant qu’acteurs (scientifiques, associatifs, psychosociaux, médicaux, etc.), quels types d’outils pouvons-nous développer pour mieux comprendre cette situation et mieux y résister collectivement ?
Venez nombreux·ses en discuter autour d’interventions de chercheur·ses, d’acteu·rices de terrain, et de personnes concernées, et d’extraits du documentaire Le Journal d’Ulysse réalisé par Jacques Borzykowski.
Une rencontre-débat organisée par le Centre Bruxellois d’Action Interculturelle (CBAI), l’asbl Regards Croisés, La Revue nouvelle et le Service de santé mentale Ulysse.
13:00 Accueil
13:30 Introduction
13:50 1er extrait du documentaire Le Journal d’Ulysse (J. Borzykowski)
14:00 État des lieux critique de la politique migratoire belge, par Youri Lou Vertongen (UCLouvain – Saint-Louis Bruxelles)
14:20 2e extrait du documentaire Le Journal d’Ulysse (J. Borzykowski)
14:30 Approche interculturelle, féministe et intersectionnelle de la souffrance psychique des femmes en migration, par Audrey Heine (ULB et réseau RIFI)
14:50 1er échange avec le public
15:10 3e extrait du documentaire Le Journal d’Ulysse (J. Borzykowski)
15:20 Des maux indicibles aux mots partagés, par Alain Vanoeteren (SSM Ulysse)
15:40 S’énoncer, se positionner, débattre, laisser des traces, transmettre… une manière de résister ? Par des participants du Groupe Journal, SSM Ulysse.
16:10 2e échange avec le public
16:45 Clôture et discussion autour d’un verre