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Mai 2012 | n° 303
C’est pour rire !
Rire et moquerie vont souvent de pair. On se moque de soi, des autres, d’une attitude, d’une situation, d’une croyance. Les limites sont celles que l’on se donne. Ce n’est pas en ne voulant pas voir ou entendre ou comprendre le rire de l’autre, voire en l’interdisant, que l’on supprimera la révolte, la haine, le plaisir qu’il ressent en blaguant, en ironisant ou se moquant. Cela fait partie de la rencontre, de l’échange. C’est aussi une manière de dédramatiser, de prendre du recul, de redevenir acteur. Rire c’est exister.

Sommaire
[Édito] C’est pour rire !
Massimo Bortolini
Début avril, le joueur de basket israélien Ido Kozikaro statufiait sur facebook : "Rien de tel que de fêter Pessah avec du pain azyme assaisonné au sang d’enfants chrétiens et musulmans" [1]. Ramdam chez les uns l’accusant de racisme et de provocation. Contre ramdam chez les autres rappelant que ce n’était là que de l’humour détournant le stéréotype du juif buveur de sang d’enfants. A qui s’adressait-il ? Sans doute un peu à tout le monde. Et sans doute que cela en a fait rire certains, et pas d’autres. C’est que l’humour c’est compliqué, voire sérieux. Mais bon, quand un gars de Schaerbeek rappe "J’épouserai le Maroc, après avoir baisé la Belgique", les mêmes qui contre ramdamaient sont les premiers à le dénoncer [2], alors qu’il ne fait que détourner le stéréotype de l’Arabe violeur et profiteur des largesses de la Belgique. On rit comme on peut.
Peut-on rire de toutes les différences ?
Bernard Mouffe
Le droit à l'humour existe en Belgique. Sa justification légale en est la liberté d’expression. Mais quelles en sont ses limites, au-delà du dommage corporel ? Peut-on invoquer un dommage moral pour blague raciste ou blasphématoire ?
Dieudonné : le choc des conceptions
Entretien avec Dan Van Raemdonck
Linguiste à l’ULB, président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme et vice-président de la Fédération internationale de Ligues des droits de l’Homme (FIDH), Dan Van Raemdonck décode la démarche artistique et politique de Dieudonné, dont l’humour inquiète certains parce qu’antisémite, et en ravit d’autres parce que provocateur sur les tabous de notre société contemporaine. Au-delà de toute diabolisation ou de toute fascination, nous nous penchons sur la complexité du débat qui croise notamment les questions de liberté d’expression, de surenchère victimaire, de cohésion sociale. Et d’art contemporain.
Le rire : miroir social
Safet Kryemadhi
"On peut rire de tout mais pas pour rien", disait Pierre Dac. Cette ligne de conduite empêche de prendre tout en dérision. Elle élimine les indésirables et peut fonder une fraternité du rire. On ne rit donc pas en vain quoique tout le monde ne rie pas des mêmes choses. Sinon, il reste les rires redondants et régressifs, à l’instar de ces rires enregistrés et indéfiniment réutilisés qui ponctuent d’affligeantes comédies de situation en indiquant au spectateur quand il doit s’esclaffer.
Une manière de regarder le monde
Luc de Brabandère
L’auteur de la « Petite Philosophie des histoires drôles » croit en l’humour. A travers son traité parsemé d’exemples, Luc de Brabandère en démontre la force pédagogique et sa puissance cathartique. Un traité essentiel car, pour reprendre la citation de Wittgenstein, qui n’était pas un gai luron, « l’humour n’est pas un état de l’être, mais une manière pour lui de regarder le monde ».
Culture, mon humour !
Entretiens avec Pie Tshibanda, Mohamed Ouachen, Abdelkader Azami
L’humour relativise. Il peut nous conduire à porter un regard nouveau sur les autres. Dans notre société multiculturelle, quelle place et quel rôle l’humour ethnique, s’il existe, détient-il ? Ridiculiser les stéréotypes des autres ou se moquer de sa propre communauté participent-ils à tisser une convivialité entre toutes et tous ? Mais cet humour spécifique ne provoque-il pas un effet pervers d’exclusion, tant pour le public que pour les artistes, piégés dans le cadre prévisible de leurs origines ? Pour en débattre, nous avons questionné séparément trois artistes bruxellois, deux professionnels et un amateur de haute tenue : Pie Tshibanda, auteur et conteur "Du fou noir au Pays des Blancs" et de "Je ne suis pas un sorcier" ; Mohamed Ouachen, comédien ; Abdelkader Azami, réalisateur et interprète du "Mariage de Laïla", spectacle écrit, conçu et joué par les Scouts et guides musulmans de Bruxelles.
Un gros point de beauté
Mirko Popovitch
Dieudonné Kabongo, passeur de cultures et croqueur de clichés, est mort sur scène un soir de l’automne dernier, il y a sept mois. Mirko Popovitch, son ami, son frère, son complice de plus de trente ans, nous brosse sa carrière multifacettes à travers anecdotes, extraits de spectacles et souvenirs de moments forts vécus ensemble.
Je ris donc j’existe
Nathalie Caprioli
Vanessa Rousselot, française arabisante, est partie à la rencontre de Palestiniens à travers leur humour, à Gaza, en Cisjordanie, dans des villes comme Naplouse ou Bethléem, dans le camp de réfugiés de Deheishe, ainsi qu’à Haïfa en Israël. Elle en a fait un film sensible, étonnant, utile. « Blagues à part », c’est aussi « drame à part » car, une fois n’est pas coutume, les Palestiniens y apparaissent sous un jour drôle et facécieux, qui n’a rien à voir avec l’image dictée par un conflit surmédiatisé qui commença à prendre forme il y a 95 ans.
[Mémoire] L’héritage de Fanon
Loubna Ben Yaacoub
Le 5 juillet prochain, l’Algérie commémorera les 50 ans de la proclamation de son indépendance. Cet anniversaire est l’occasion de jeter un regard rétrospectif sur le demi-siècle qui vient de s’écouler et sur les luttes populaires qui ont conduit les Algériens vers la voie à l'indépendance. C'est dans cette optique que cet article s'intéresse à Frantz Fanon une des figures emblématiques dans la lutte de libération algérienne. Psychiatre et essayiste martiniquais, son œuvre littéraire et son combat militant sont intrinsèquement liés à la révolution algérienne. Pourtant, il mourra d'une leucémie, quelques mois avant la libération.
[Du côté associatif] Les droits humains au cœur de la cité
Philippe Hensmans & Julie Robeet
La Cité, quelle que soit sa forme administrative (ville, province, département, région…), est marquée par la proximité du pouvoir et du citoyen. Aussi, on peut espérer que les droits fondamentaux individuels ou collectifs y soient plus facilement accessibles que dans d’autres espaces politiques. Quel sont les responsabilités et le rôle des communes pour appliquer ces droits humains au quotidien ?
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