fil rss

Janvier 2007 | n° 249
Aux pays des Alévis

Nous sommes partis aux pays des Alévis pour faire leur connaissance. En Turquie ou en Belgique, ils se sont toujours montrés ravis, parfois même exaltés, à évoquer leur communauté, leurs spécificités religieuse, culturelle, et politique. Nous avons recueilli leurs témoignages face à la politique d’assimilation en Turquie, leurs revendications politiques (en particulier la suppression du cours de religion islamique obligatoire à l’école), leurs motivations à animer et fédérer leurs associations ici et là-bas, leur volonté à s’ouvrir vers l’extérieur, leurs regrets d’avoir si mauvaise réputation auprès de musulmans sunnites qui les taxent de s’être détourné de l’islam (le fait de devoir vivre leur culture dans le secret a bien sûr renforcé les clichés), mais aussi les stéréotypes qu’ils véhiculent contre ces mêmes sunnites.


Sommaire
[Édito] Aux pays des Alévis
Nathalie Caprioli
Tentez l’expérience : demandez parmi votre entourage qui connaît un Alévi. Je suis prête à parier mon bonnet et mes moufles que vous ne recevrez que peu, voire pas de réponse positive.
Entre diversité et recomposition
Pierre Vanrie
Les Alévis de Turquie épousent la diversité de la riche mosaïque ethnolinguistique anatolienne. Au-delà précisément de leur diversité ethnique, régionale ou linguistique, les Alévis ont tendance à d’abord se définir en tant que tels. L’appartenance à l’alévisme prime ainsi souvent sur tout autre forme d’identité.
Les Alévis au grand jour
Nathalie Caprioli
Après l’attentat de Sivas en 1993 [1] perpétré par des fondamentalistes, les Alévis de Turquie semblent avoir dépassé leurs peurs : ils s’organisent en association, font circuler des pétitions, manifestent en rue pour défendre leurs droits et leur identité cultuelle et culturelle.
Boom associatif en Belgique
Nathalie Caprioli
Les Alévis sont arrivés en Belgique suite à la convention bilatérale relative à l’occupation des travailleurs turcs signée le 16 juillet 1964 par la Belgique et la Turquie. Ils étaient embauchés pour la plupart dans nos mines de charbon. Aujourd’hui, ils sont entre 35 et 38000 répartis dans tous le pays, et organisés depuis peu en associations dont la diversité reflète les multiples branches de cette croyance.
Vivacité européenne
Nathalie Caprioli
La Confédération des Unions des Alévis d’Europe (CUAE) exige qu’un statut légal soit accordé aux cems, centres de leur croyance, au même titre que les lois de la République turque qui reconnaissent les mosquées, églises, temples et synagogues comme lieux de culte.
Frère de l’Au-delà
Nathalie Caprioli
Irène Mélikoff est l’une des spécialistes avérés de la communauté alévie qu’elle a étudiée pendant quelque quarante années. Avec son aimable autorisation ainsi que l’accord de la maison d’édition Isis à Istanbul, nous reproduisons des extraits de sa recherche sur la coutume Musahip ou "Frères de l’Au-delà", un rituel très ancien qui puise ses racines dans les sociétés nomades d’Asie centrale avant d’être repris par les Alévis.
Chanter, c’est prier
Nathalie Caprioli
Les Alévis et la musique, c’est une longue histoire d’amour. Ils ont d’ailleurs choisi le saz comme signe de ralliement identitaire. Pas un djem (rituel religieux de l’islam alévi) ni un festival ne pourrait avoir lieu sans un saz ! Deux artistes d’Ankara et de Bruxelles nous racontent la substance de leur musique.
Trois Nevruz à Tunceli !
Nathalie Caprioli
Le Nevruz est aujourd’hui vidé de son sens car on s’en sert plus qu’on n’y croit. Mais s’il n’y avait pas les enjeux politiques antagonistes, cette fête aux racines anciennes aurait-elle pu faire un tel retour en force ? Peut-être traverse-t-elle une étape avant de regagner sa signification première harmonisée au monde moderne…
Dédés adoubés
Nathalie Caprioli
Dédé – grand-père en turc – est le titre porté par les guides spirituels des Alévis. On est dédé de père en fils. Mais suite aux exodes ruraux et aux migrations qui ont modifié la structure de la communauté et parfois provoqué des ruptures culturelles, ses membres ont instauré des élections de dédés, où la prérogative masculine perd quelque peu du terrain.
Sivas en scène
Entretien avec Paul Pourveur
Paul Pourveur est dramaturge et scénariste belge, un des rares écrivant en flamand et en français, entre autres "Décontamination", pièce déchirante sur la guerre en ex-Yougoslavie. Il termine juste une commande pour un metteur en scène hollandais d’origine turque sur le drame de Sivas. Un drame qui ouvre des questions complexes sur la reconnaissance des Alévis dans la société, sur le fondamentalisme, sur les relations entre l’Europe et la Turquie.
débutprécédent12suivant fin